Mondialité sur les plateaux

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle dans le cadre du #133: entretien avec Hortense Archambault, directrice de la MC 93 à Bobigny, réalisé par Sylvie Martin-Lahmani

S. M-L : Il est d’usage aujourd’hui de critiquer les théâtres publics au motif de leur incapacité à intégrer la diversité culturelle de nos sociétés multiculturelles ? Existe-t-il, selon toi, un problème spécifique d’accès des artistes issus de l’immigration aux scènes européennes ?

H. A. : Une chose est sûre, la diversité des artistes issus de l’immigration ne se retrouve pas sur la plupart des plateaux. Il y a plutôt des scènes « spécialisées », en France on s’intéresse beaucoup à la francophonie. Continuer la lecture « Mondialité sur les plateaux »

Faire reculer les frontières mentales

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle dans le cadre du #133 : les propos de Denis Mpunga, auteur, acteur et metteur en scène.

La diversité culturelle n’est pas quelque chose qui se trouve en dehors de moi, mais quelque chose que je vis depuis ma tendre enfance, ayant des parents qui ne parlaient pas la même langue. Si la diversité fait partie de mon « génotype » culturel, mon « phénotype » est la recherche d’une certaine universalité dans le langage artistique. Continuer la lecture « Faire reculer les frontières mentales »

Ce fluide impondérable : l’humain

Entretien avec Asmaa Houri par Marjorie Bertin

Avec le spectacle Kharif («Automne», en arabe) présenté au Festival des arts de la scène de Tanger, la metteuse en scène marocaine Asmaa Houri signe une création intime et pudique sur le cancer du sein, où se mêlent théâtre, danse et musique.  

Marjorie Bertin : Kharif a été écrit à partir d’un texte en partie autobiographique…

Asmaa Houri : C’est une fiction qui s’inspire d’une histoire vraie et de souffrances réelles. De nombreuses femmes atteintes du cancer,  au Maroc, sont délaissées par leurs maris et leurs proches dont beaucoup ont tendance à penser, à tort bien sûr, que la maladie risque d’être contagieuse. Continuer la lecture « Ce fluide impondérable : l’humain »

Un second souffle plein d’espoir 

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle dans le cadre du #133 : entretien avec Serge Kakudji réalisé par Laurence Van Goethem 

LVG : Que revêtent selon toi ces termes de « diversité culturelle » devenus usage courant au sein des institutions culturelles et comment définirais-tu ton travail de création artistique envisagé à l’aune de la « diversité culturelle » ?

SK : C’est mon cheval de bataille. Je souhaite amener l’émotion à l’endroit de universel. En ce moment, je reprends la tournée du Stabat Mater de Vivaldi ; j’ai voulu que cette œuvre soit réarrangée pour violoncelle et accordéon. Pour moi, l’accordéon est un instrument populaire, que tout le monde connaît. J’aime ces genres hybrides. La diversité commence là : un opéra avec un accordéon ! Je travaille pour que le public ressente une bulle d’émotion. Je le dis avec humilité. J’essaie d’être le plus vrai possible. Tout cela demande beaucoup de technique, ce n’est pas simple. Continuer la lecture « Un second souffle plein d’espoir « 

Regarder la société par le prisme de la citoyenneté

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle dans le cadre du #133:
Entretien avec Sam Touzani réalisé par Laurence Van Goethem

LVG : Qu’est-ce que le mot « diversité » évoque pour toi ?

ST : Je n’ai pas choisi la diversité, c’est la diversité qui m’a choisi. Il faut dépasser le cadre politique pour véritablement parler de la diversité. Au risque de choquer, à la diversité je préfère l’égalité. Continuer la lecture « Regarder la société par le prisme de la citoyenneté »

Malgré les mesures et la loi, comme un sentiment d’Handiscrimination. Le milieu théâtral en question.

Avoir un travail rémunéré, être respecté pour sa personne, ses diplômes ou son parcours… Voilà une forme de normalité. Mais dans le domaine du théâtre, ce n’est pas toujours le cas, en particulier quand le handicap entre en jeu.

Ostracisme, diffamation, abus de faiblesse, discrimination… Quelque chose ne tourne pas rond au Royaume du Théâtre et il est temps de le faire savoir. Haccusons…

Continuer la lecture « Malgré les mesures et la loi, comme un sentiment d’Handiscrimination. Le milieu théâtral en question. »

Résister aux assignations – Entretien avec Karim Bel Kacem

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie prochaine du #133) : Entretien avec Karim Bel Kacem, auteur et metteur en scène.

L’entretien a eu lieu à Genève, à l’issue des premières représentations du spectacle 23 rue Couperin, créé en mai 2017 au théâtre Saint-Gervais. Le spectacle, présenté comme « point de vue d’un pigeon sur l’architecture » offre un regard fragmentaire et surplombant, sur une des barres d’immeuble du « pigeonnier d’Amiens » dans laquelle Karim Bel Kacem a vécu jusqu’à ses dix-sept ans. Chacune des barres d’immeubles du pigeonnier ayant pour nom un grand compositeur de musique classique, Karim Bel Kacem invente une surface de rencontre improbable entre les airs des grands maîtres dont « les sublimes Leçons de ténèbres composées par Couperin » (interprétés par l’ensemble Ictus), et la mise en scène « d’une jeunesse laissée à son sort à l’ombre du bitume et de la grande musique », pour expérimenter ce que cette confrontation peut nous apprendre.  

Comment définiriez-vous votre travail de création artistique, envisagé à l’aune de la « diversité culturelle » ? Et que revêt selon vous ce terme devenu d’usage courant au sein des institutions culturelles ? 

J’ai le sentiment qu’en tant qu’artiste, cette question de la « diversité culturelle » ne me concerne pas vraiment. Je ne m’envisage pas comme faisant partie d’un « groupe d’artiste » ni en terme d’âge, ni en terme d’origine sociale, ni en terme d’origine tout court. Cette question me concerne en tant que citoyen, mais pas dans mon travail de création. Continuer la lecture « Résister aux assignations – Entretien avec Karim Bel Kacem »

« Identité(s) au pluriel » (entretien avec Hocine Chabira)

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie prochaine du #133) : entretien avec Hocine Chabira, directeur du festival « Passages » (Metz)

OBSTACLES

Il est d’usage aujourd’hui de critiquer les théâtres publics au motif de leur incapacité à intégrer la diversité culturelle de nos sociétés multiculturelles ? Existe-t-il, selon vous, un problème spécifique d’accès des artistes issus de l’immigration aux scènes européennes ?

C’est évident ! J’ai souvent entendu de la part d’artistes issus de l’immigration leur difficulté à sortir de rôles assignés en fonction de leur origine. La couleur de peau ou l’origine ne devrait pas être un critère de sélection lors des castings.

Comment se  traduit  l’injonction  contradictoire des  pouvoirs  publics  sur  ce  qui  est devenu un enjeu politique d’affichage et de visibilité, tout en soulevant des débats de fond au sein d’une société marquée par la fracture coloniale ?

Et pourtant cette « injonction » est assez timide en France. On parle davantage d’identité nationale que de multiculturalisme. On n’en a pas fini avec notre histoire coloniale et en même temps comment dépasser cela quand notre société est malheureusement toujours imprégnée de relents postcoloniaux à tous les niveaux ?

Il semble que le théâtre soit à la traine d’une tendance à la diversification des artistes sensible en particulier dans la danse ou la musique, et à plus forte raison dans l’audiovisuel, depuis des années ? Pourquoi une telle résistance ou réticence ?

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Les arts vivants ont une responsabilité dans la manière dont ils véhiculent des clichés

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie prochaine du #133) : entretien avec Jasmina Douieb, actrice et metteuse en scène.

Comment définirais-tu ton travail de création artistique, envisagé à l’aune de la « diversité culturelle » ? Et que revêt selon toi ce terme devenu d’usage courant au sein des institutions culturelles ? 

Ce terme revêt pour moi un caractère exotique d’une altérité que je ne porte pas tout à fait en moi. J’ai pu sentir, en tant que comédienne, à maintes reprises, que cela s’avérait décevant pour bien des directeurs de castings, de me trouver si peu typée, si peu basanée ou frisée. Et je n’ai finalement jamais été choisie comme comédienne parce que j’étais d’origine marocaine. Parfois à mon grand dam ! Mais c’est tout simplement parce la réalité, ma réalité, qui est celle d’un grand nombre, est bien plus complexe que cette diversité recherchée pour cadrer avec les démarches socio-culturelles bien pensantes… Je suis une « zinneke », mais avec des parts pas tout-à-fait égales. Je suis une Belge avec un père marocain. Et je n’ai reçu ni éducation religieuse, ni culture, ni enseignement de l’arabe. Je suis une dénaturée avec des stigmates d’un là-bas que je connais mal. Et c’est ça mon identité. Continuer la lecture « Les arts vivants ont une responsabilité dans la manière dont ils véhiculent des clichés »

« Oser nommer les choses et sortir du politiquement correct »

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie prochaine du #133) : témoignage de Cathy Min Jung, actrice, autrice, metteuse en scène.

La diversité culturelle est un état de fait, elle existe sans aucune forme de hiérarchie intrinsèque, il devrait en être ainsi sur les scènes.

En ce qui me concerne, par nature, je suis « diverse » pour reprendre un trait d’humour de Carole Thibaut à mon sujet. Je suis une femme, d’origine sud-coréenne de surcroît. On peut dire que je cumule les difficultés dans un univers encore trop souvent régi par l’homme blanc, de plus de cinquante ans en général.

Pourtant, si je suis effectivement née à Séoul et que je suis d’apparence asiatique,  dans le fond, ma culture est très occidentale, j’ai grandi en Belgique, dans une famille belge, j’ai fréquenté l’école publique, ma langue maternelle est le français et je maîtrise très bien l’alexandrin. Ce qu’on appelle diversité dans mon cas, ne tient finalement quasiment qu’à mon apparence physique. Continuer la lecture « « Oser nommer les choses et sortir du politiquement correct » »