Collectif Eudaimonia

Crédit : Christophe Raynaud de Lage

A l’occasion des représentations de DERNIERS REMORDS AVANT L’OUBLI par le Collectif Eudaimonia (21 > 25 janvier 2020  Cratère, scène nationale d’Alès
28 > 31 janvier 2020 MAC de Créteil), nous publions cet entretien conduit dans le cadre de notre dossier sur les collectifs (à lire dans le numéro 139)

Qu’est-ce que vous faites ensemble ?

Le Collectif Eudaimonia a été créé à l’initiative de Guillaume Séverac-Schmitz qui en est le directeur artistique. Nous faisons du théâtre !
L’idée du Collectif naît surtout d’une volonté de partage et de construction chorale des créations artistiques. L’échange, la concertation, le débat d’idée, l’orientation esthétique sont au centre des discussions et constituent sa ligne fondamentale.
Nous avons la volonté de créer des spectacles qui nous ressemblent, c’est-à-dire, qui contient in fine la synthèse de toutes nos discussions.
En ce sens, nous ne nous éloignons pas véritablement d’une forme de travail traditionnelle et représentative de toute Compagnie théâtrale.
Néanmoins, la notion de travail collectif est importante d’un point de vue moral et artistique, c’est un véritable état d’esprit, qui consiste, pour le directeur artistique, à être très à l’écoute, à déléguer les responsabilités, à prendre en considération les avis de chacun, étape par étape. Nous créons des textes du répertoire classique, principalement axés sur l’Elisabéthain (Richard II de Shakespeare et La duchesse d’Amalfi de John Webster), mais aussi du répertoire contemporain (Un obus dans le coeur de Wajdi Mouawad et Derniers remords avant l’oubli de Jean Luc Lagarce).
Le dénominateur commun dans le choix de monter ces oeuvres, c’est tout d’abord le souhait de se confronter à de grandes oeuvres et de grands auteurs. Travailler des textes qui puissent solliciter tous les corps de métier du théâtre, de la conception à l’actorat, à un grand niveau de réflexion et d’exigence artistique ; mais c’est également une véritable démarche sensible. L’oeuvre choisie doit impérativement faire le lien avec nous, notre histoire, nos envies, nos rêves, afin d’avoir véritablement des choses à dire, à partager, à apprendre et à transmettre.

Comment vous êtes-vous trouvés ?

Le Collectif Eudaimonia a vu le jour à l’initiative de Guillaume Séverac-Schmitz.
Au commencement des choses, pour les besoins de la première création qui était un solo, l’équipe était très réduite: Un acteur/musicien/metteur en scène, un assistant collaborateur à la mise en scène, un régisseur et une éclairagiste.
Puis l’équipe s’est nécessairement agrandie à partir de la création de Richard II de Shakespeare. Nous ne nous sommes pas trouvés, car nous nous connaissions déjà avant, nous nous sommes retrouvés pour faire du théâtre ensemble. Nous partagions pour certains (Metteur en scène/ Régisseur son/régisseur plateau/Costumière/Scénographe) une longue expérience de création sur les spectacles de Wajdi Mouawad (Littoral/Forêts et la Trilogie du Sang des Promesses); pour d’autres (les interprètes surtout) nous avons partagé ensemble les bancs des Ecoles Nationales (TNS/CNSAD).

Crédit : Christophe Raynaud de Lage

Que refusez-vous ? Qu’affirmez-vous?

Nous refusons de nous décourager dans cet environnement concurrentiel !!!
Nous refusons de nous plier à des volontés marchandes qui altèreraient notre état d’esprit et nos choix artistiques.
Nous sommes libres, nous sommes vivants, nous avons de l’énergie, nous avons des choses à montrer, à raconter, à transmettre.

Quels sont vos objectifs?

Nous avons le souhait de gagner en maîtrise artistique, de progresser dans l’affirmation de notre
geste théâtral, de continuer à faire un théâtre Populaire exigeant, pour tous, qui rassemble, qui éduque, qui élève.

Comment se prend une décision?

Par la concertation !!!
Les décisions artistiques se prennent avant et pendant les créations, selon les sujets, nous nous concertons en petits groupes représentatifs surtout pour l’aspect technique et la conception.
Pour les décisions au plateau, c’est un travail très choral, des décisions toujours collectives relatives à la dramaturgie, au sens de l’oeuvre et à la lecture commune que nous voulons lui donner.
D’un point de vue de la gestion interne, seul le bureau administratif et de production ainsi que la
direction artistique se concertent pour prendre les décisions.

Peut-on parler de vie organique du groupe?

Il n’y a pas de règles pré-établies. Néanmoins, et bien souvent les collaborations sont reconduites.
Tout dépend de l’oeuvre, des profils à distribuer, des emplois du temps et des disponibilités de chacun. Il reste toujours un noyau dur; des titulaires en quelque sorte. La fidélité se vit très bien. Nous ne sommes pas dupes. Rien ne dure.

Quelle est la durée de vie de l’association ?

En soit, tant que nous aurons le moyen de créer des spectacles, nous nous rassemblerons.
Pour ce qui est de la durée même des collaborations, elle se définit en fonction des reprises, des disponibilités. Notre volonté, c’est que les spectacles se jouent, se reprennent, régulièrement, qu’on se retrouve, qu’on reprenne la route ensemble tant qu’on le peut; cela fait 5 ans déjà.

Quelle appellation/Signature?

Le Collectif apparaît toujours comme étant le premier producteur des spectacles, en collaboration
ensuite avec d’autres lieux et les tutelles. La conception des spectacles est toujours signée par
Guillaume Séverac-Schmitz.!

Quelles sont vos influences ?

Chéreau, Donnellan, la décentralisation, le TNP, Mouawad, Musique Baroque, les arbres, les
sciences, les enfants, Titien, le Tintoret, Monet, Picasso, techno, Scorsese, Coppola, de Palma,
Tarantino, Shakespeare …, que dire que dire que dire !

Constatez-vous un retour du leader?

Disons que non ! Puisque tout le monde peut être leader, puisque chaque personne à son mot à dire, puisque tout le monde et bien conscient des compétences de chacun.
Le tout est de se mettre d’accord, en concertation, pour que chaque décision puisse permettre l’avancée de l’ensemble du travail de groupe.
Celui qui énonce ce choix final est le directeur artistique, on ne peut se départir de cela.
Il faut quelqu’un qui tranche ou bien rien n’avance.

Crédit : Christophe Raynaud de Lage

Y-a-t-il une dimension politique dans votre travail ?

Par les enjeux du théâtre que nous faisons, Oui ! Faire du théâtre pour tous, créer des spectacles exigeants mais accessibles, faire découvrir le répertoire, des pièces peu connues, agir sur le terrain, donner des stages, des Master classes, des ateliers, faire des rencontres après les spectacles, aller dans les Collèges, les Lycées, les Universités; défendre une culture du savoir accessible à tous…
En revanche, pas d’idéologie, pas de prise de position sur tel ou tel courant politique, hormis bien évidemment une totale indignation contre toute forme de racisme, d’homophobie, d’antisémitisme, et d’extrémisme religieux ou politique.
Mais nos spectacles n’ont pas à proprement parler de revendication politique.

Pensez-vous qu’il y a une menace à travailler ensemble?

Toujours, comme partout. Il serait totalement faux de croire que tout se passe idéalement.
Pour l’instant ça va très bien pour nous.
On gère !!!
Merci !!!

Pour aller plus loin

Le Collectif Eudaimonia est née sous l’impulsion de Guillaume Séverac-Schmitz qui en est le directeur artistique. Il est implanté en Région Occitanie. Pour ses créations, il bénéficie du soutien actif des tutelles (Département de l’Aude/Région Occitanie/Direction générale des affaires culturelles-ministère de la culture) ainsi que de lieux qui l’accompagnent en coproduction, résidence de création et en accueil de diffusion.
Nous pourrons citer Le Cratère-Scène Nationale d’Alès, Le Théâtre-Scène Nationale de Narbonne, Le théâtre de l’Archipel-Scène Nationale de Perpignan, Le théâtre Sorano de Toulouse, Le théâtre des trois ponts de Castelnaudary, Le théâtre de Nîmes, Les théâtres AIx-Marseille Jeu de Paume/Bernardines/Gymnase, Le théâtre Montansier de Versailles, La Maison des Arts de Créteil-MAC.

DERNIERS REMORDS AVANT L'OUBLI

de Jean-Luc Lagarce
éd. Les Solitaires Intempestifs
conception et mise en scène Guillaume Séverac-Schmitz
dramaturgie Clément Camar-Mercier
avec Clément Aubert, Jean-Toussaint Bernard, Caroline Fouilhoux, Marie Kauffmann, Adrien Melin, Anne-Laure Tondu
scénographie Angéline Croissant et Guillaume Séverac-Schmitz
création lumières Léo Grosperrin et Guillaume Séverac-Schmitz
réalisation images Collectif Eudaimonia création musique Guillaume Séverac-Schmitz
création costumes Emmanuelle Thomas régisseur général et son Yann France
Sylvie Martin-Lahmani

Auteur : Sylvie Martin-Lahmani

Professeure associée à la Sorbonne Nouvelle, Sylvie Martin-Lahmani s’intéresse à toutes les formes scéniques contemporaines. Particulièrement attentive aux formes d’arts dits mineurs (marionnette, cirque, rue), intéressée par les artistes qui ont « le souci du monde », elle est codirectrice de publication de la revue Alternatives théâtrales depuis janvier 2016.

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