Un héritage sans testament, « Maitres anciens » au Théâtre de la Bastille.

Jean-Marie Hordé, l’inlassable éclaireur du théâtre en France a eu la très bonne idée de reprendre le spectacle Maîtres anciens dans son Théâtre de la Bastille.

Thomas Bernhard n’a eu de cesse dans ses romans et son théâtre de régler ses comptes avec la société autrichienne, son passé nazi, l’empreinte du catholicisme, sa culture petite bourgeoise.

Curieusement, ce sont souvent ses textes non dramatiques portés à la scène qui permettent d’aborder l’univers de l’auteur dans toute sa complexité. Ce fut le cas il y a trente ans déjà dans l’adaptation que Michèle Fabien avait réalisée de Oui dont la mise en scène de Marc Liebens et l’interprétation de Patrick Descamps avaient connus une carrière mémorable.

Aujourd’hui ce sont Nicolas Bouchaud et Eric Didry qui se sont attaqués au roman  Les maîtres anciens  pour en donner une représentation remarquable à tout point de vue…

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Fluff – Emmilou Rößling au Beursschouwburg le 31 janvier 2020

Comment dire la douceur d’une plume ? C’est en cette question en apparence triviale que Fluff, le nouveau seule-en-scène de la jeune artiste Berlinoise Emmilou Rößling, trouve son élan et sa profonde vitalité.

Présenté le 31 janvier 2020 dans la Goudenzaal du Beursschouwburg de Bruxelles dans le cadre du Bâtard festival, cet objet chorégraphique surprenant et énigmatique voit son auteure déployer un microcosme autonome et sculptural avec, tour à tour, la précision désenchantée d’une travailleuse à la chaîne, la dévotion d’une vestale, la candeur d’une enfant. Continuer la lecture « Fluff – Emmilou Rößling au Beursschouwburg le 31 janvier 2020 »

Sur la ligne rouge

Notes sur « Des Arbres à abattre », mise en scène de Krystian Lupa (texte publié dans le #128 d’Alternatives théâtrales).

Avec Wyncinka / Des Arbres à abattre, créé en 2014 à Wroclaw et qui a marqué le Festival d’Avignon 2015, Krystian Lupa retrouve l’écriture de Thomas Bernhard : auteur fétiche avec lequel il dialogue régulièrement depuis main- tenant un quart de siècle¹, par la mise en scène de ses pièces de théâtre mais aussi, et peut-être plus encore, par l’adaptation de ses textes romanesques. Continuer la lecture « Sur la ligne rouge »

Et le corps, alors ?

À propos des « Particules Élémentaires », de Michel Houellebecq, par Julien Gosselin, récemment repris au Théâtre National (Bruxelles).

En 2014, Les Particules élémentaires, adaptation de Houellebecq, révélaient Julien Gosselin, alors âgé de 27 ans, au festival d’Avignon dont il était le benjamin. Continuer la lecture « Et le corps, alors ? »

You better lose yourself in the moment

À propos de Mal de crâne, de Louise Emö

Il y a quelque chose de vertigineux chez Louise Emö. La jeune femme possède une maîtrise de la langue tout à fait hors normes, inventive, ludique, profonde, puisant son énergie folle dans une oralité urbaine à la fois malicieuse et sans compromis. Autrice, assurément. Nous avions lu ses textes précédents, convaincu de son talent inouï ; nous l’avions vue seule en scène, performer ses écrits dans des formes hybrides (mi-théâtre mi-slam) à la radicalité jouissive.

Et voilà qu’elle signe à présent sa première mise en scène, créée sur base d’un de ses textes, sans être elle-même au plateau.  Continuer la lecture « You better lose yourself in the moment »

D’un Cerebrum à l’autre…

À propos de « Cerebrum J.O » de Yvain Juillard.

En 2015, Yvain Juillard, biophysicien spécialisé en plasticité cérébrale, devenu ensuite acteur, créait Cerebrum. Le faiseur de réalités. Une conférence-spectacle qui révélait, à partir des récentes découvertes en neurosciences, que la réalité n’est qu’une fabrication de notre cerveau ! Les ondes lumineuses, par exemple, ne contiennent pas de couleurs, ce sont nos yeux et notre cortex qui les élaborent en mesurant la fréquence des ondes… A travers diverses expériences simples mais troublantes, Yvain Juillard interrogeait notre  perception, notre mémoire, notre libre arbitre et notre conscience… car sur les milliards d’opérations qui se déroulent à chaque seconde en nous, de quelle ridicule fraction sommes-nous conscient.e.s ? Et d’où vient que nous puissions nous poser la question ? Tenter d’y répondre nous concerne tou.te.s. C’était bien l’enjeu de Cerebrum, qui alliait au partage de gai savoir scientifique l’évocation du cheminement personnel de l’acteur dans cette quête neuronale. Son talent théâtral s’y ajoutait pour rendre sa conférence « spectaculaire », captivante et en jouante interaction avec le public. Continuer la lecture « D’un Cerebrum à l’autre… »

Versant sombre de l’Histoire (et de la sienne)

À propos de « Traverser la nuit » (« Durch die Nacht ») par le Théâtre de l’instant / Anne-Marie Storme

Avec ce texte Traverser la nuit (Durch die Nacht) et son adaptation au plateau, Anne-Marie Storme signe une nouvelle partition de l’intime. Tenir le beau rôle, ou pas. Faire semblant, ou tout le problème du théâtre. Dire la vérité, oui mais après ? Continuer la lecture « Versant sombre de l’Histoire (et de la sienne) »

Dérèglement des sens

Retour sur « BUG, quatuor à corps », dernière création d’Ingrid von Wantoch Rekowski

C’était en juin dernier aux Brigittines. Ingrid von Wantoch Rekowski présentait sa nouvelle création, Bug, quatuor à corps, la première depuis la parution du volume hors série qu’avait consacré notre revue aux vingt ans de sa compagnie Lucilia Caesar. Continuer la lecture « Dérèglement des sens »

Un éblouissement

À propos de « Mitten wir im leben sind Bach6Cellosuiten » par Anne Teresa De Keersmaeker et Jean-Guihen Queyras.

 

Les six suites pour violoncelle de Bach sont sans doute un des sommets de l’œuvre de Jean-Sébastien Bach comme de la musique occidentale. Dans leur dénuement, leur minimalisme, leur simplicité et en même temps leurs complexité architecturale, et la profonde humanité qu’elles dégagent, elles ne  devaient pas manquer d’intéresser un jour Anne Teresa De Keersmaeker, familière de l’oeuvre du compositeur (c’est la quatrième fois qu’elle s’y confronte). Continuer la lecture « Un éblouissement »

Un Cosi… inouï ! 

À propos de la création de « COSÌ FAN TUTTE » par Anne Teresa De Keersmaeker à l’Opéra National de Paris

Par la force de l’opinion publique et sous la pression de l’engouement médiatique je regarde des opéras dans des représentations récentes, le plus souvent signées par des metteurs en scène convertis aux représentations lyriques par le chant des sirènes financières que les directeurs d’institutions toujours friands de « chaire fraîche » entonnent avec constance. Il suffit qu’un nom paraisse sur la scène théâtrale pour qu’à leur tour, ils paraissent : d’ailleurs leur présence dans la salle atteste la reconnaissance du succès. Ce fut récemment le cas pour Thomas Jolly en France… et tant d’autres. Et la mission impartie à ces nouveaux venus renvoie toujours au même voeu : « rafraîchir » l’opéra dont on souhaite la mise à jour, le camouflage des rides et l’affiliation agressive au quotidien… comme si, en craignant sa vétusté, on s’employait obstinément à camoufler  son âge, son passé. Chirurgie esthétique flagrante ! Opération fréquente chez ces « vieilles belles » qui se pavanent convaincues de la pérennité de leurs  charmes… restaurés ! Cela explique pourquoi ici les princes deviennent des prolétaires et les ouvriers des… princes. Personne n’est plus à sa place !  Continuer la lecture « Un Cosi… inouï ! «