Sur la ligne rouge

Notes sur « Des Arbres à abattre », mise en scène de Krystian Lupa (texte publié dans le #128 d’Alternatives théâtrales).

Avec Wyncinka / Des Arbres à abattre, créé en 2014 à Wroclaw et qui a marqué le Festival d’Avignon 2015, Krystian Lupa retrouve l’écriture de Thomas Bernhard : auteur fétiche avec lequel il dialogue régulièrement depuis main- tenant un quart de siècle¹, par la mise en scène de ses pièces de théâtre mais aussi, et peut-être plus encore, par l’adaptation de ses textes romanesques. Continuer la lecture « Sur la ligne rouge »

Ce fluide impondérable : l’humain

Entretien avec Asmaa Houri par Marjorie Bertin

Avec le spectacle Kharif («Automne», en arabe) présenté au Festival des arts de la scène de Tanger, la metteuse en scène marocaine Asmaa Houri signe une création intime et pudique sur le cancer du sein, où se mêlent théâtre, danse et musique.  

Marjorie Bertin : Kharif a été écrit à partir d’un texte en partie autobiographique…

Asmaa Houri : C’est une fiction qui s’inspire d’une histoire vraie et de souffrances réelles. De nombreuses femmes atteintes du cancer,  au Maroc, sont délaissées par leurs maris et leurs proches dont beaucoup ont tendance à penser, à tort bien sûr, que la maladie risque d’être contagieuse. Continuer la lecture « Ce fluide impondérable : l’humain »

Et le corps, alors ?

À propos des « Particules Élémentaires », de Michel Houellebecq, par Julien Gosselin, récemment repris au Théâtre National (Bruxelles).

En 2014, Les Particules élémentaires, adaptation de Houellebecq, révélaient Julien Gosselin, alors âgé de 27 ans, au festival d’Avignon dont il était le benjamin. Continuer la lecture « Et le corps, alors ? »

You better lose yourself in the moment

À propos de Mal de crâne, de Louise Emö

Il y a quelque chose de vertigineux chez Louise Emö. La jeune femme possède une maîtrise de la langue tout à fait hors normes, inventive, ludique, profonde, puisant son énergie folle dans une oralité urbaine à la fois malicieuse et sans compromis. Autrice, assurément. Nous avions lu ses textes précédents, convaincu de son talent inouï ; nous l’avions vue seule en scène, performer ses écrits dans des formes hybrides (mi-théâtre mi-slam) à la radicalité jouissive.

Et voilà qu’elle signe à présent sa première mise en scène, créée sur base d’un de ses textes, sans être elle-même au plateau.  Continuer la lecture « You better lose yourself in the moment »

D’un Cerebrum à l’autre…

À propos de « Cerebrum J.O » de Yvain Juillard.

En 2015, Yvain Juillard, biophysicien spécialisé en plasticité cérébrale, devenu ensuite acteur, créait Cerebrum. Le faiseur de réalités. Une conférence-spectacle qui révélait, à partir des récentes découvertes en neurosciences, que la réalité n’est qu’une fabrication de notre cerveau ! Les ondes lumineuses, par exemple, ne contiennent pas de couleurs, ce sont nos yeux et notre cortex qui les élaborent en mesurant la fréquence des ondes… A travers diverses expériences simples mais troublantes, Yvain Juillard interrogeait notre  perception, notre mémoire, notre libre arbitre et notre conscience… car sur les milliards d’opérations qui se déroulent à chaque seconde en nous, de quelle ridicule fraction sommes-nous conscient.e.s ? Et d’où vient que nous puissions nous poser la question ? Tenter d’y répondre nous concerne tou.te.s. C’était bien l’enjeu de Cerebrum, qui alliait au partage de gai savoir scientifique l’évocation du cheminement personnel de l’acteur dans cette quête neuronale. Son talent théâtral s’y ajoutait pour rendre sa conférence « spectaculaire », captivante et en jouante interaction avec le public. Continuer la lecture « D’un Cerebrum à l’autre… »

Versant sombre de l’Histoire (et de la sienne)

À propos de « Traverser la nuit » (« Durch die Nacht ») par le Théâtre de l’instant / Anne-Marie Storme

Avec ce texte Traverser la nuit (Durch die Nacht) et son adaptation au plateau, Anne-Marie Storme signe une nouvelle partition de l’intime. Tenir le beau rôle, ou pas. Faire semblant, ou tout le problème du théâtre. Dire la vérité, oui mais après ? Continuer la lecture « Versant sombre de l’Histoire (et de la sienne) »

Dérèglement des sens

Retour sur « BUG, quatuor à corps », dernière création d’Ingrid von Wantoch Rekowski

C’était en juin dernier aux Brigittines. Ingrid von Wantoch Rekowski présentait sa nouvelle création, Bug, quatuor à corps, la première depuis la parution du volume hors série qu’avait consacré notre revue aux vingt ans de sa compagnie Lucilia Caesar. Continuer la lecture « Dérèglement des sens »

Devoir d’Histoire

À l’occasion de la reprise du spectacle « Ceux qui restent » de David Lescot, nous publions en accès libre un extrait du texte signé par Sylvie Martin-Lahmani à l’occasion de la création du spectacle (2015).

Aujourd’hui en France, il reste seulement une dizaine de personnes qui ont survécu au Ghetto de Varsovie, dont on connaît mal ou peu l’histoire individuelle. À l’approche de la commémoration du soixante-dixième anniversaire du soulèvement du Ghetto, Paul Felenbok et Vlodka Blit-robertson ont consenti à témoigner. Ils étaient de jeunes enfants à cette époque-là mais leur mémoire reste imprégnée de la tragédie. Continuer la lecture « Devoir d’Histoire »

Babetida Sadjo dans « Les murs murmurent » : Masculin/féminin, père/fille, théâtre/cinéma

 Dialogue avec Christian Jade

Babetida Sadjo, née en Guinée Bissau, passée par le Vietnam, a atterri en Belgique… au Conservatoire de Bruxelles, il y a dix-sept ans. Depuis lors elle s’est fait remarquer au théâtre et au cinéma. Nominée dès 2009 « jeune espoir » par les Prix de la Critique pour sa prestation dans Le masque du dragon de Philippe Blasband, elle inspire à Pietro Pizzuti un très beau spectacle sur l’excision en Afrique (L’Initiatrice), lauréat du meilleur texte (2012). En France, elle a joué cette saison aux côtés de Romane Bohringer et Hippolyte Girardot dans Terre noire de Stefano Massini, mise en scène d’Irina Brook, passée par le Théâtre de Namur (janvier 2017). Continuer la lecture « Babetida Sadjo dans « Les murs murmurent » : Masculin/féminin, père/fille, théâtre/cinéma »

« Les temporalités ne sont pas figées » (entretien avec Serge Rangoni)

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie du #133 à l’automne prochain) : entretien avec Serge Rangoni, directeur du Théâtre de Liège.

A. T. : Existe-t-il un problème spécifique d’accès des artistes issus de l’immigration aux scènes européennes ?

S. R. : Oui, il existe un problème spécifique lié en grande partie à la formation. S’il y a énormément d’étudiants français dans nos écoles artistiques, c’est parce que l’enseignement secondaire est plus faible que celui dispensé en France. À ce niveau d’enseignement plus faible en Belgique il faut ajouter que, bien souvent, les personnes issues de l’immigration viennent d’école de niveau moins bon et ont donc de grandes difficultés à entrer dans les écoles artistiques. C’est donc avant tout une question de niveau social et culturel. Continuer la lecture « « Les temporalités ne sont pas figées » (entretien avec Serge Rangoni) »