Captation et spectacle vivant : le regard de Clément Cogitore

Si vous aimez Les Indes Galantes de Rameau, mais aussi les danses urbaines et plus précisément le Krump, on vous invite à découvrir un magnifique film de Clément Cogitore, nommé aux César 2019 dans la catégorie meilleur court-métrage, et à lire ou relire cet entretien avec le réalisateur paru dans le N° 141, Images en scène, Cinéma, art vidéo, numérique/danse, théâtre, opéra, marionnette, juillet 2020.

Sylvie Martin-Lahmani

Entretien avec Clément Cogitore par Marjorie Bertin

En 2017, le cinéaste Clément Cogitore réalisait un court-métrage pour 3e Scène, la plate-forme numérique de l’Opéra de Paris. Des danseurs de krump s’y livraient à une joute sur l’exaltante Danse du grand calumet de la paix des Indes galantes de Jean-Philippe Rameau. Un court-métrage (projeté au CENTQUATRE-PARIS en 2019) qui a permis à Clément Cogitore d’être invité à créer l’intégralité des Indes galantes dans sa propre mise en scène à l’Opéra Bastille en 2019.

Continuer la lecture « Captation et spectacle vivant : le regard de Clément Cogitore »

Diane Arbus s’empare des Plateaux Sauvages

Avec Diane Self Portrait, Paul Desveaux signe le troisième volet de son triptyque américain. Une création sur la photographe new-yorkaise Diane Arbus, écrite par Fabrice Melquiot.

Diane Self Portrait[1]est une histoire qui commence par la fin. Sur le plateau, dans sa baignoire, Diane Arbus (formidable Anne Azoulay) qui vient de se suicider, s’apprête à nous raconter sa vie, en compagnie de son mari (Paul Jeanson), de sa mère (impeccable Catherine Ferran) et de quelques modèles devenus des amis intimes de la photographe. Nous sommes à New-York  en 1971 et la vie de Diane Arbus va se reconstituer sous nos yeux. Pourtant, la pièce n’a rien d’un biopic, ni d’un hommage. Comme pour ses mises en scène sur Jackson Pollock et Janis Joplin, Paul Desvaux s’empare surtout de l’histoire de son personnage principal par les autres pour attraper des fragments impressionnistes de la vie de la photographe de rue new-yorkaise et faire pénétrer le spectateur dans sa chambre noire. En cela le texte dont il a passé commande à Fabrice Melquiot le sert magnifiquement : dialogues familiaux, narration extérieure, énumérations de dates importantes, tant dans la vie de Diane que dans l’Histoire, Des énumérations utiles, mais parfois un peu longues, heureusement soutenues par la guitare de Michaël Felberbaum, qui improvise avec nervosité sur le plateau. L’écriture de Fabrice Melquiot n’est pas seulement réaliste. Elle s’inscrit dans différents genres, évoquant, parfois par exemple, bien sûr le conte dont Fabrice Melquiot affectionne tant les réécritures contemporaines[2]. Ainsi sa Diane Arbus évoque-t-elle une sorte de Belle au Bois Dormant qui, jeune-fille, s’éveille oisive d’une vie totalement aseptisée. Quant à Gertrude, la mère de Diane, inquiétante malgré elle, c’est une évocation de la marâtre de Blanche-Neige ou de la Cruella d’Enfer des 101 Dalmatiens, lorsque la photographe imagine sa mère appuyant sur le couteau d’un chasseur pour l’aider à la dépecer afin d’en faire un manteau de fourrure…

Continuer la lecture « Diane Arbus s’empare des Plateaux Sauvages »

Julien Gosselin : éloge de la tristesse

En quelques années, Julien Gosselin s’est imposé comme une référence majeure de la création européenne. Le metteur en scène lessive autant qu’il captive les spectateurs qui sortent parfois exsangues de ses créations, comme nettoyés par l’attention constante qu’elles demandent. Il revient avec une nouvelle odyssée de neuf heures : Joueurs | Mao II | Les Noms, adaptation de trois romans de Don DeLillo. Continuer la lecture « Julien Gosselin : éloge de la tristesse »

Myriam Tanant, l’art flamboyant

Hommage à une grande dame du théâtre

Myriam Tanant s’est éteinte le 12 février 2018. Universitaire, traductrice, peintre, un temps actrice, metteure en scène d’opéras et de théâtre, auteure de théâtre elle-même et parfois librettiste d’opéras, cette femme talentueuse était dotée d’une humanité profonde qui faisait d’elle une collègue et un maître merveilleux. Continuer la lecture « Myriam Tanant, l’art flamboyant »

Ce fluide impondérable : l’humain

Entretien avec Asmaa Houri par Marjorie Bertin

Avec le spectacle Kharif («Automne», en arabe) présenté au Festival des arts de la scène de Tanger, la metteuse en scène marocaine Asmaa Houri signe une création intime et pudique sur le cancer du sein, où se mêlent théâtre, danse et musique.  

Marjorie Bertin : Kharif a été écrit à partir d’un texte en partie autobiographique…

Asmaa Houri : C’est une fiction qui s’inspire d’une histoire vraie et de souffrances réelles. De nombreuses femmes atteintes du cancer,  au Maroc, sont délaissées par leurs maris et leurs proches dont beaucoup ont tendance à penser, à tort bien sûr, que la maladie risque d’être contagieuse. Continuer la lecture « Ce fluide impondérable : l’humain »

Quand l’espoir s’appelle Esperanza 

À propos d’ « Esperanza » d’Aziz Chouaki, mise en scène d’Hovnatan Avédikian (à voir dès cette semaine dans le Off d’Avignon).

Si les pièces consacrées aux exilés sont de plus en plus nombreuses sur les scènes contemporaines françaises¹, rares sont celles qui, à l’instar d’Esperanza², mise en scène par Hovnatan Avédikian au Théâtre des Halles, sont nées avant ces tragiques mouvements de migration spectaculaires fortement médiatisés. Edward Saïd l’avait déjà analysé, les expériences de l’exil sont un puissant moteur de formes artistiques innovantes³. Pour autant, rares aussi sont les auteurs en France qui, comme Genet jadis ou Chouaki aujourd’hui, s’emparent de ces drames sans tomber dans la bien-pensance ni le pathos.  Continuer la lecture « Quand l’espoir s’appelle Esperanza « 

« Les Français » de Krysztof Warlikowski, une installation proustienne intime et politique 

Retour sur le spectacle présenté actuellement au Théâtre National de Chaillot.

« Proust est immontable¹ » affirmait il y a peu Warlikowski. Nombreux en effet furent les artistes (Visconti d’abord, puis Losey et Pinter, par exemple) qui se passionnèrent pour un projet d’adaptation de la Recherche du temps perdu avant d’y renoncer. Le metteur en scène réalise ici non pas une adaptation de la Recherche du temps perdu mais une installation proustienne. Il insiste sur un point sensible : il s’agit de sa perception de l’œuvre de Marcel Proust, d’où le titre retenu et la langue choisie pour le spectacle. Une expérience personnelle et subjective de lecteur qui rencontre une volonté politique et esthétique audacieuse, se servir d’un texte majeur de la littérature, le circulaire roman du temps dans lequel « Marcel devient écrivain », pour reprendre la formule de Genette, en s’éloignant du thème de l’écriture.

Continuer la lecture « « Les Français » de Krysztof Warlikowski, une installation proustienne intime et politique «