Apprendre à perdre, gagner en puissance

Tiré d’un entretien avec Anne-Cécile Vandalem réalisé par Selma Alaoui en mai 2016.

À l’occasion de la nouvelle création d’Anne-Cécile Vandalem, Arctique, au Théâtre National (Bruxelles), nous publions ici un extrait de l’article que Selma Alaoui lui consacrait, paru dans le #129 Scènes de femmes, écrire et créer au féminin. Continuer la lecture « Apprendre à perdre, gagner en puissance »

Un Ruzzante avec bestiaux

Entretien avec Jacques Lassalle réalisé par Yannic Mancel paru dans le #88 « Les Liaisons singulières », 2006.

YM: Parmi les quelques acteurs que, tout au long de votre carrière de metteur en scène, vous avez retrouvés dans des rôles – je pense à Jean Dautremnay ou Andrzej Seweryn – c’est Olivier Perrier que vous avez choisi pour cet entretien. Pourquoi ? Continuer la lecture « Un Ruzzante avec bestiaux »

« Se souvenir de l’avenir »

En hommage à Jack Ralite, disparu le week-end dernier, nous publions ici un texte qu’il avait signé dans nos colonnes en juillet 2013.

À propos des années 1966 – 1967 du festival d’Avignon

par Jack Ralite

C’était le 3 août 1966, dans la Chambre des Notaires juste au-dessus de l’entrée de la Cour d’Honneur du Palais des Papes où Jean Vilar fonda en 1947 le Festival d’Avignon qui dure toujours.

Dans cette Chambre des Notaires, modeste de superficie, pendant cinq jours, de 10h à 13h, en présence de Vilar, une quinzaine de personnes concernées par le théâtre et ses créations se sont retrouvées derrière une table en fer à cheval. Pilotés par Michel de Beauvais, ils « disputèrent de culture » et de l’art du théâtre. Dans le U de la table, deux ou trois douzaines de passionnés de la scène prenaient des notes. Continuer la lecture « « Se souvenir de l’avenir » »

Ascanio Celestini, subjectif, indirect, libre

À l’occasion de la reprise de Discours à la Nation de David Murgia et Ascanio Celestini au Théâtre National, nous reprenons ici un extrait de ce texte paru dans le #120 « Les théâtres de l’émotion ».

La langue utilisée par Celestini, un italien régional romain, est l’expression de son identité personnelle mais c’est aussi la voix d’une communauté. En Belgique, il est « traduit » en direct par Patrick Bebi. Ensemble, ils ont développé une façon unique de faire passer d’une langue à l’autre, en direct, un texte. Ses spectacles en partie improvisés ne peuvent se plier aux surtitrages :

« Je  n’apprends pas un texte par cœur, je me le remémore à chaque fois. Je le raconte avec mes mots à moi. Je les dis avec ma voix, mon corps, ma barbe. » Continuer la lecture « Ascanio Celestini, subjectif, indirect, libre »

Entretien avec Marguerite Duras (2/2)

En 1983, dans les pages du numéro 14 d’Alternatives théâtrales, Jacqueline Aubenas s’entretenait avec Marguerite Duras. À l’occasion de la création du spectacle « La Musica Deuxième » au Théâtre Océan Nord (mise en scène Guillemette Laurent), nous publions cette archive en deux parties.

J. A. : Vous mettez à nu le cinéma, l’amour, la méchanceté.

M. D. : Je ne les accuse plus. Je permets de les admettre. Voir est déjà intolérable, dur. Alors, le dire ! Continuer la lecture « Entretien avec Marguerite Duras (2/2) »

Entretien avec Marguerite Duras (1/2)

En 1983, à l’occasion du numéro 14 d’Alternatives théâtrales, Jacqueline Aubenas s’entretenait avec Marguerite Duras. À l’occasion de la création du spectacle « La Musica Deuxième » au Théâtre Océan Nord (mise en scène Guillemette Laurent), nous publions cette archive en deux parties.

C’était à Bruxelles. en mars 81. Jacques Ledoux et la Cinémathèque royale de Belgique avaient organisé une rétrospective des films de Marguerite Duras. En sa présence. Elle est venue avec Yann Andréa. Elle est descendue à l’Astoria, rue Royale. Une fin d’après-midi, entre deux films, nous avons parlé. Dans l’atmosphère feutrée du hall et du bar. Dans ce climat ouaté des hôtels de qualité, un peu viscontiens. Des familles silencieuses et bien élevées s’attardaient après les agapes du déjeuner. Des petites filles qui s’ennuyaient d’être trop sages trop longtemps couraient entre les tables sans oser faire du bruit. L’une d’elles a monté ses gammes. D’une manière maladroite et grêle. Nous l’avons regardée et elle est partie, confuse, aussi rose que sa robe. Nous avons commandé du « blanc de blanc » bien frais. Il y avait des fleurs et des maîtres d’hôtel. Le lieu était devenu quelque chose qui ressemblait à Marguerite Duras. À ce qu’elle écrit et dit, transformé par l’alchimie d’une présence. Continuer la lecture « Entretien avec Marguerite Duras (1/2) »

Dramaturges

En 1999, Joseph Danan ouvrait le n°61 d’Alternatives théâtrales « Écrire le théâtre aujourd’hui » avec ce texte. En guise de prélude à la parution du n°131 « Écrire, comment ? » (mars 2017), nous le re-publions aujourd’hui.

On ne le sait que trop, le XXe siècle théâtral est le siècle du metteur en scène… Il ne s’agit pas ici de brandir contre lui l’auteur oublié. Soyons juste, il l’est de moins en moins. Depuis quelque temps il a entamé son retour. Un long retour. Continuer la lecture « Dramaturges »

Des valses données dans un avion

En juillet 2005, à l’occasion du Festival d’Avignon dont Jan Fabre était l’artiste associé, Alternatives théâtrales publiait dans son numéro 85-86 (épuisé depuis) un entretien avec Krzysztof Warlikowski.

Piotr Gruszczynski : Lors de la première de KROUM, tu as donné une interview au cours de laquelle tu as dit : « Je ne sais pas si avec KROUM, je ne me détourne pas de ces feux sacrés dont je brûlais durant ces cinq, six dernières années.» C’est une phrase très forte. Signifie-t-elle la fin de la révolte dans ton théâtre ?

Krzysztof Warlikowski : Le théâtre appartient aux jeunes metteurs en scène, à ceux qui l’abordent pleins d’impétuosité et dont l’énergie emmagasinée s’exprime dans les premières réalisations. L’homme mûr commence un peu plus à calculer, à aller dans le sens de la réflexion, à mettre de l’ordre dans ses pensées. Continuer la lecture « Des valses données dans un avion »

Toute la mer

Antoine habitait le théâtre, y passant le plus clair de son temps, mais le théâtre l’habitait, en comédien qu’il avait si longtemps voulu être, et qu’il était, en fin de compte, en sus, comme quelqu’un qui n’a plus rien à perdre¹. C’est pourquoi il donnait l’impression, il me donnait, à moi, cette impression de désirer tant faire et être que sa seule vie n’y pouvait suffire. Représenter la mer ; voilà tout simplement ce qu’il cherchait, accomplir des miracles, ce qui se traduisait, pour le matérialiste qu’il était, par monter et montrer sur une scène de théâtre ce qui n’est pas représentable².

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Lettre de Romeo Castellucci au Festival d’Avignon

En 2003, Alternatives théâtrales consacrait un numéro rétrospectif aux vingt-cinq précédentes éditions du Festival d’Avignon (directions successives de Bernard Faivre d’Arcier et Alain Crombecque). Romeo Castellucci y revenait sur ses quatre premiers passages au Festival.

Festival,

Je suis venu chez toi avec quatre représentations théâtrales. Avec des hommes, des femmes, des enfants, des animaux et des camions d’objets. J’ai vécu un moment dans ton village. J’y ai occupé trois maisons et un hôtel. Et chaque fois, j’y ai vu la multitude des gens.
Quelle chose étrange que cette multitude. Que faisait-elle là, à chaque nouveau rendez-vous ?

Tous en rang, assis devant une image (lorsqu’il y en avait une). Que voulaient-ils tous ? Manger?

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