Le peuple est un enfant

À propos de « Lutte des classes » d’après Ascanio Celestini, mis en scène par Salomé Crickx et Iacopo Bruno.

Ascanio Celestini continue de faire des émules en Belgique francophone. Cette fois-ci, ce sont deux jeunes acteur et actrice sortis en 2016 du Conservatoire de Mons, Iacopo Bruno et Salomé Crickx, qui s’emparent de ses textes. Continuer la lecture « Le peuple est un enfant »

Le fil des jours pour unique voyage

À propos de «Soleil couchant» d’Alain Moreau (Tof théâtre), vu au théâtre Varia

Un vieil homme, marionnette de taille humaine, unie avec son créateur marionnettiste (Alain Moreau) par les jambes et les bras – jusqu’à ce que la mort les sépare. Ou tout le moins la solitude, non pas contrainte mais désirée, choisie. Continuer la lecture « Le fil des jours pour unique voyage »

Pietro Pizzuti, un traduct-acteur passeur de lumière

Le projet du traducteur,
Un film documentaire réalisé par Gaëlle Courtois produit par Alain Esterzon

Le Projet du traducteur, film de Gaëlle Courtois, 2017.

Pietro Pizzuti, acteur, auteur et metteur en scène belgo-italien, fête cette année ses quarante ans de « scène ». Pierre Mertens, à l’occasion de la remise du Prix Italiques 2016, a écrit de lui : « Pour Pietro, l’autre est toujours fondamental, la rencontre avec celui-ci ».

Peut-être est-ce pour cela qu’il s’est mis aussi à traduire, acte de transmission par excellence de la pensée d’autrui exprimée dans une autre langue. Continuer la lecture « Pietro Pizzuti, un traduct-acteur passeur de lumière »

Un second souffle plein d’espoir 

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle dans le cadre du #133 : entretien avec Serge Kakudji réalisé par Laurence Van Goethem 

LVG : Que revêtent selon toi ces termes de « diversité culturelle » devenus usage courant au sein des institutions culturelles et comment définirais-tu ton travail de création artistique envisagé à l’aune de la « diversité culturelle » ?

SK : C’est mon cheval de bataille. Je souhaite amener l’émotion à l’endroit de universel. En ce moment, je reprends la tournée du Stabat Mater de Vivaldi ; j’ai voulu que cette œuvre soit réarrangée pour violoncelle et accordéon. Pour moi, l’accordéon est un instrument populaire, que tout le monde connaît. J’aime ces genres hybrides. La diversité commence là : un opéra avec un accordéon ! Je travaille pour que le public ressente une bulle d’émotion. Je le dis avec humilité. J’essaie d’être le plus vrai possible. Tout cela demande beaucoup de technique, ce n’est pas simple. Continuer la lecture « Un second souffle plein d’espoir « 

Regarder la société par le prisme de la citoyenneté

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle dans le cadre du #133:
Entretien avec Sam Touzani réalisé par Laurence Van Goethem

LVG : Qu’est-ce que le mot « diversité » évoque pour toi ?

ST : Je n’ai pas choisi la diversité, c’est la diversité qui m’a choisi. Il faut dépasser le cadre politique pour véritablement parler de la diversité. Au risque de choquer, à la diversité je préfère l’égalité. Continuer la lecture « Regarder la société par le prisme de la citoyenneté »

Festival Radikal

La scène contemporaine bruxelloise à Berlin dans les locaux de Sasha Waltz.

À l’initiative du Ministre Bruxellois de la Promotion de Bruxelles, en partenariat avec Visitbrussels et Wallonie-Bruxelles International, quatre curateurs (Tom Bonte du Beursschouwbourg, Patrick Bonté des Brigittines, Christophe Galent des Halles de Schaerbeek et Guy Gypens du Kaaitheater) ont programmé neuf artistes de la scène contemporaine bruxelloise à un public berlinois, dans les locaux de Radialsystem V dirigé par la chorégraphe Sacha Waltz. Continuer la lecture « Festival Radikal »

Les arts vivants ont une responsabilité dans la manière dont ils véhiculent des clichés

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie prochaine du #133) : entretien avec Jasmina Douieb, actrice et metteuse en scène.

Comment définirais-tu ton travail de création artistique, envisagé à l’aune de la « diversité culturelle » ? Et que revêt selon toi ce terme devenu d’usage courant au sein des institutions culturelles ? 

Ce terme revêt pour moi un caractère exotique d’une altérité que je ne porte pas tout à fait en moi. J’ai pu sentir, en tant que comédienne, à maintes reprises, que cela s’avérait décevant pour bien des directeurs de castings, de me trouver si peu typée, si peu basanée ou frisée. Et je n’ai finalement jamais été choisie comme comédienne parce que j’étais d’origine marocaine. Parfois à mon grand dam ! Mais c’est tout simplement parce la réalité, ma réalité, qui est celle d’un grand nombre, est bien plus complexe que cette diversité recherchée pour cadrer avec les démarches socio-culturelles bien pensantes… Je suis une « zinneke », mais avec des parts pas tout-à-fait égales. Je suis une Belge avec un père marocain. Et je n’ai reçu ni éducation religieuse, ni culture, ni enseignement de l’arabe. Je suis une dénaturée avec des stigmates d’un là-bas que je connais mal. Et c’est ça mon identité. Continuer la lecture « Les arts vivants ont une responsabilité dans la manière dont ils véhiculent des clichés »

«Nous avons l’air d’une bande d’intellectuels occidentaux barricadés dans nos châteaux forts» (entretien avec Matthieu Goeury)

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie du #133 à l’automne prochain) : entretien avec Matthieu Goeury, coordinateur artistique et programmateur des arts vivants au Vooruit de Gand.

Laurence Van Goethem : Existe-t-il, selon vous, un problème spécifique d’accès des artistes issus de l’immigration aux scènes européennes ?

Matthieu Goeury : Il existe un problème général dans nos sociétés occidentales d’accès des communautés issues de l’immigration à des postes de représentation. Il n’y a pas, par exemple, d’entraîneur de football noir de peau dans un club majeur en Europe, alors qu’une large partie des joueurs l’est. C’est le même mécanisme qui se reproduit dans les arts de la scène. Un homme blanc aura tendance à choisir un autre homme blanc comme représentant. Tant que nous ne parviendrons pas à diversifier nos conseils d’administration, directions de théâtre, directions d’école, enseignants en arts de la scène, nous ne pourrons pas imaginer un accès aux scènes des artistes issus de l’immigration plus en lien avec la démographie de nos villes ou communautés. Continuer la lecture « «Nous avons l’air d’une bande d’intellectuels occidentaux barricadés dans nos châteaux forts» (entretien avec Matthieu Goeury) »

Éthique de la sollicitude #2

À propos de « Is there life on mars » d’Héloise Meire et « Est-ce que vous pouvez laisser la porte ouverte en sortant » d’Antoine Lemaire et Sophie Rousseau

De quelle réalité doit-on rendre compte sur scène et comment ?

Deux pièces du Festival d’Avignon « Off » s’emparent d’un sujet délicat – la maladie mentale, respectivement l’autisme et l’Alzheimer – pour explorer les potentialités d’un théâtre du réel à mille lieues d’un réalisme artificiel et trompeur. Continuer la lecture « Éthique de la sollicitude #2 »

« On pourrait être surpris » (entretien avec Serge Aimé Coulibaly)

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie du #133 à l’automne prochain) : entretien avec Serge Aimé Coulibaly, dont le spectacle « Kalakuta Republik » est présenté au Festival d’Avignon et en tournée estivale.

Comment définiriez-vous votre travail de création artistique, envisagé à l’aune de la « diversité culturelle » ? Et que revêt selon vous ce terme devenu d’usage courant au sein des institutions culturelles ? 

Dans le cadre de la création artistique, le terme diversité culturelle met plus en lumière le conservatisme des institutions culturelles, la complexe gestion de l’héritage colonial, et la déconnexion qu’il y a entre la réalité des grandes villes belges par exemple (Bruxelles, Anvers, Liège etc.) et la fixation passéiste que les institutions culturelles se font de ces villes. Continuer la lecture « « On pourrait être surpris » (entretien avec Serge Aimé Coulibaly) »