Parution du #133

Le #133 «Quelle diversité culturelle sur les scènes européennes?» vient de paraitre !

Rencontre publique au Théâtre Varia (Bruxelles), en collaboration avec le Théâtre de Liège


Samedi 25 novembre 2017 de 15h à 18h30

Déroulé

Modération : Sylvie Martin-Lahmani (codirectrice de publication d’Alternatives théâtrales) et Martial Poirson (professeur Paris 8)
15h-15h30: Introduction
15h30-17h: Quelle image de l’altérité sur scène ?
* Bernard Foccroulle, directeur du festival d’Aix-en-Provence et Mohamed Ikoubaân, directeur du Moussem, centre nomade des arts, en dialogue avec Christian Jade (Alternatives théâtrales)
* Manuel Antonio Pereira, auteur, acteur et metteur en scène, et Soufian El Boubsi, acteur, en dialogue avec Martial Poirson
* Bwanga Pilipili et Cathy Min Jung, autrices, actrices et metteuses en scène, en dialogue avec Laurence Van Goethem (Alternatives théâtrales)
17h15-18h30 : Quelle promotion de la diversité : sur scène, dans les salles et au sein des équipes ?
* Marco Martiniello, sociologue
* Sylvie Somen, directrice du Théâtre Varia, Serge Rangoni, directeur du Théâtre de Liège, Fredo Lubansu et Gaetan Kondzot représentants d’Afropeanproject
* Serge Saada (Alternatives théâtrales) sur la mixité des publics
Questions du public suivies du verre de l’amitié
20h:  Spectacle Hymne à l’imperfection | Maky (Matthieu d’Angelo) | Manuel Antonio Pereira
Théâtre Varia, rue du Sceptre 78, 1050 Bruxelles:  reservation@varia.be
En partenariat avec le Centquatre-Paris, le Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis, la Comédie de Reims, le Festival d’Avignon, le Théâtre Varia à Bruxelles, le Théâtre de Liège, le Centre Wallonie-Bruxelles.

Une deuxième rencontre aura lieu au Centquatre-Paris le 1er décembre.

Piemme à Paris !

Après les présentations avignonnaise et limousine, notre livre « Accents toniques. Journal de théâtre (1973-2017) » sera présenté prochainement deux fois à Paris, en présence de son auteur Jean-Marie Piemme.

  • Au Théâtre Paris-Villette ce samedi 18 à 17h00, dans le cadre des représentations du spectacle Eddy Merckx a marché sur la lune, mis en scène par Armel Roussel. Lecture d’extraits par l’équipe du spectacle, suivi d’un entretien avec Jean-Marie Piemme et Armel Roussel animé par Antoine Laubin (co-directeur de publication d’Alternatives théâtrales).
  • Au Centre Wallonie-Bruxelles ce mercredi 22 à 12h30, dans le cadre des représentations du spectacle J’habitais une petite maison sans grâce, j’aimais le boudin, mis en scène par Virginie Thirion. Bistrot littéraire autour de Jean-Marie Piemme, en présence de l’équipe du spectacle (Virginie Thirion, Philippe Jeusette, Claire Bodson et Eric Ronsse).
phpThumb_generated_thumbnailjpgLe livre est disponible à la vente, en formats papier et numérique, sur notre site.
Des exemplaires sont également disponibles à la Librairie du Parc, à deux pas du Théâtre Paris-Villette, et à la Librairie Wallonie-Bruxelles.

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« Se souvenir de l’avenir »

En hommage à Jack Ralite, disparu le week-end dernier, nous publions ici un texte qu’il avait signé dans nos colonnes en juillet 2013.

À propos des années 1966 – 1967 du festival d’Avignon

par Jack Ralite

C’était le 3 août 1966, dans la Chambre des Notaires juste au-dessus de l’entrée de la Cour d’Honneur du Palais des Papes où Jean Vilar fonda en 1947 le Festival d’Avignon qui dure toujours.

Dans cette Chambre des Notaires, modeste de superficie, pendant cinq jours, de 10h à 13h, en présence de Vilar, une quinzaine de personnes concernées par le théâtre et ses créations se sont retrouvées derrière une table en fer à cheval. Pilotés par Michel de Beauvais, ils « disputèrent de culture » et de l’art du théâtre. Dans le U de la table, deux ou trois douzaines de passionnés de la scène prenaient des notes. Continuer la lecture « « Se souvenir de l’avenir » »

Festival Radikal

La scène contemporaine bruxelloise à Berlin dans les locaux de Sasha Waltz.

À l’initiative du Ministre Bruxellois de la Promotion de Bruxelles, en partenariat avec Visitbrussels et Wallonie-Bruxelles International, quatre curateurs (Tom Bonte du Beursschouwbourg, Patrick Bonté des Brigittines, Christophe Galent des Halles de Schaerbeek et Guy Gypens du Kaaitheater) ont programmé neuf artistes de la scène contemporaine bruxelloise à un public berlinois, dans les locaux de Radialsystem V dirigé par la chorégraphe Sacha Waltz. Continuer la lecture « Festival Radikal »

Résister aux assignations – Entretien avec Karim Bel Kacem

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie prochaine du #133) : Entretien avec Karim Bel Kacem, auteur et metteur en scène.

L’entretien a eu lieu à Genève, à l’issue des premières représentations du spectacle 23 rue Couperin, créé en mai 2017 au théâtre Saint-Gervais. Le spectacle, présenté comme « point de vue d’un pigeon sur l’architecture » offre un regard fragmentaire et surplombant, sur une des barres d’immeuble du « pigeonnier d’Amiens » dans laquelle Karim Bel Kacem a vécu jusqu’à ses dix-sept ans. Chacune des barres d’immeubles du pigeonnier ayant pour nom un grand compositeur de musique classique, Karim Bel Kacem invente une surface de rencontre improbable entre les airs des grands maîtres dont « les sublimes Leçons de ténèbres composées par Couperin » (interprétés par l’ensemble Ictus), et la mise en scène « d’une jeunesse laissée à son sort à l’ombre du bitume et de la grande musique », pour expérimenter ce que cette confrontation peut nous apprendre.  

Comment définiriez-vous votre travail de création artistique, envisagé à l’aune de la « diversité culturelle » ? Et que revêt selon vous ce terme devenu d’usage courant au sein des institutions culturelles ? 

J’ai le sentiment qu’en tant qu’artiste, cette question de la « diversité culturelle » ne me concerne pas vraiment. Je ne m’envisage pas comme faisant partie d’un « groupe d’artiste » ni en terme d’âge, ni en terme d’origine sociale, ni en terme d’origine tout court. Cette question me concerne en tant que citoyen, mais pas dans mon travail de création. Continuer la lecture « Résister aux assignations – Entretien avec Karim Bel Kacem »

« Identité(s) au pluriel » (entretien avec Hocine Chabira)

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie prochaine du #133) : entretien avec Hocine Chabira, directeur du festival « Passages » (Metz)

OBSTACLES

Il est d’usage aujourd’hui de critiquer les théâtres publics au motif de leur incapacité à intégrer la diversité culturelle de nos sociétés multiculturelles ? Existe-t-il, selon vous, un problème spécifique d’accès des artistes issus de l’immigration aux scènes européennes ?

C’est évident ! J’ai souvent entendu de la part d’artistes issus de l’immigration leur difficulté à sortir de rôles assignés en fonction de leur origine. La couleur de peau ou l’origine ne devrait pas être un critère de sélection lors des castings.

Comment se  traduit  l’injonction  contradictoire des  pouvoirs  publics  sur  ce  qui  est devenu un enjeu politique d’affichage et de visibilité, tout en soulevant des débats de fond au sein d’une société marquée par la fracture coloniale ?

Et pourtant cette « injonction » est assez timide en France. On parle davantage d’identité nationale que de multiculturalisme. On n’en a pas fini avec notre histoire coloniale et en même temps comment dépasser cela quand notre société est malheureusement toujours imprégnée de relents postcoloniaux à tous les niveaux ?

Il semble que le théâtre soit à la traine d’une tendance à la diversification des artistes sensible en particulier dans la danse ou la musique, et à plus forte raison dans l’audiovisuel, depuis des années ? Pourquoi une telle résistance ou réticence ?

Il y a d’un côté des metteurs en scène et des directeurs de lieux qui n’ont pas pris la mesure  et  l’importance  de  la  diversification  des  artistes.  Combien  de  fois  ai-je entendu que l’Avare ne pouvait pas être joué par un noir ou que choisir un arabe pour interpréter Sganarelle était un acte politique ? Il faut changer ces mentalités d’un autre âge. Et d’un autre côté trop peu de jeunes issus de l’immigration choisissent le théâtre comme voies professionnelles et comment pourrait-il en être autrement quand ce même théâtre ne leur ressemble pas et va même jusqu’à les exclure.

Peut-on dire que le spectacle vivant en France est encore prisonnier d’un « système d’emplois » d’autant plus efficace qu’il ne se déclare pas comme tel, voire qu’il n’a pas conscience  de  lui-même ?  Peut-on  y  voir  la  résurgence  d’une  histoire  du  théâtre marquée par les spectacles exotiques, freaks shows ou encore slide shows, dont Sarah Baartman la « vénus hottentote » ou « vénus noire »,  le clown Chocolat et la danseuse Joséphine Backer ne sont que les figures saillantes ?

Le spectacle vivant en France et la société française dans son ensemble sont bien entendu enfermés dans des représentations postcoloniales. Il est temps de sortir de ces représentations.

Comment sortir d’un système de distribution où les comédiens issus de l’immigration sont le plus souvent relégués à des rôles subalternes, ou pire, à des rôles les conduisant à surjouer les stéréotypes ethniques ou raciaux imposés par la société ?

Je suis personnellement pour l’interdiction par la loi de castings mettant en avant des critères de couleurs de peau, d’origine ou d’accent… Je suis pour une discrimination positive mais non publique pour ne pas discriminer d’une autre manière les personnes issues de l’immigration. Je suis pour qu’on arrête de dire « issu de la diversité », qu’on appelle un chat un chat et donc si on veut parler de Noirs et d’Arabes, parlons de Noirs et d’arabes. Je suis pour qu’on explique à l’école que l’Identité est à utiliser au pluriel et qu’elle se construit, que c’est une notion dynamique, mouvante et plurielle.

« On ne devient pas ce qu’on est mais on est ce qu’on devient » Jean-Loup Amselle

La couleur de peau ou l’origine ne devrait jamais entrer en ligne de compte dans les recrutements quels qu’ils soient.

LEVIERS

Comment élargir le recrutement des lieux de formation aux métiers de la scène et du plateau, sans pour autant tomber dans les travers et effets pervers d’une politique volontariste ?

J’ai entendu dire par un élève qui se présentait au concours d’une grande école : je n’ai pas beaucoup de chance de réussir à cette école car je ne suis ni noir ni arabe. Même si trop peu d’écoles pratiquent la discrimination positive, il est important qu’elle ne soit pas rendue publique. Les directeurs doivent s’emparer de cette responsabilité afin de changer les mentalités et les représentations. En France, 40 % des personnes nées entre 2006 et 2008 ont au moins un parent ou grand parent immigré il est important de le rappeler !

(…)

La suite de cet entretien sera prochainement en accès libre dans notre dossier "diversité".
BÉRÉNICE, UN RÉSEAU D’ACTEURS CULTURELS ET SOCIAUX EN GRANDE RÉGION POUR LUTTER CONTRE LES DISCRIMINATIONS.

Contact : Anne Voreux
Chargée de projet Bérénice et des relations publiques

Passages 10, rue des Trinitaires 57 000 Metz
 +33 (0)3 87 17 07 06
 +33 (0)6 88 31 33 54

festival-passages.fr

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Les arts vivants ont une responsabilité dans la manière dont ils véhiculent des clichés

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie prochaine du #133) : entretien avec Jasmina Douieb, actrice et metteuse en scène.

Comment définirais-tu ton travail de création artistique, envisagé à l’aune de la « diversité culturelle » ? Et que revêt selon toi ce terme devenu d’usage courant au sein des institutions culturelles ? 

Ce terme revêt pour moi un caractère exotique d’une altérité que je ne porte pas tout à fait en moi. J’ai pu sentir, en tant que comédienne, à maintes reprises, que cela s’avérait décevant pour bien des directeurs de castings, de me trouver si peu typée, si peu basanée ou frisée. Et je n’ai finalement jamais été choisie comme comédienne parce que j’étais d’origine marocaine. Parfois à mon grand dam ! Mais c’est tout simplement parce la réalité, ma réalité, qui est celle d’un grand nombre, est bien plus complexe que cette diversité recherchée pour cadrer avec les démarches socio-culturelles bien pensantes… Je suis une « zinneke », mais avec des parts pas tout-à-fait égales. Je suis une Belge avec un père marocain. Et je n’ai reçu ni éducation religieuse, ni culture, ni enseignement de l’arabe. Je suis une dénaturée avec des stigmates d’un là-bas que je connais mal. Et c’est ça mon identité. Continuer la lecture « Les arts vivants ont une responsabilité dans la manière dont ils véhiculent des clichés »

You better lose yourself in the moment

À propos de Mal de crâne, de Louise Emö

Il y a quelque chose de vertigineux chez Louise Emö. La jeune femme possède une maîtrise de la langue tout à fait hors normes, inventive, ludique, profonde, puisant son énergie folle dans une oralité urbaine à la fois malicieuse et sans compromis. Autrice, assurément. Nous avions lu ses textes précédents, convaincu de son talent inouï ; nous l’avions vue seule en scène, performer ses écrits dans des formes hybrides (mi-théâtre mi-slam) à la radicalité jouissive.

Et voilà qu’elle signe à présent sa première mise en scène, créée sur base d’un de ses textes, sans être elle-même au plateau.  Continuer la lecture « You better lose yourself in the moment »

D’un Cerebrum à l’autre…

À propos de « Cerebrum J.O » de Yvain Juillard.

En 2015, Yvain Juillard, biophysicien spécialisé en plasticité cérébrale, devenu ensuite acteur, créait Cerebrum. Le faiseur de réalités. Une conférence-spectacle qui révélait, à partir des récentes découvertes en neurosciences, que la réalité n’est qu’une fabrication de notre cerveau ! Les ondes lumineuses, par exemple, ne contiennent pas de couleurs, ce sont nos yeux et notre cortex qui les élaborent en mesurant la fréquence des ondes… A travers diverses expériences simples mais troublantes, Yvain Juillard interrogeait notre  perception, notre mémoire, notre libre arbitre et notre conscience… car sur les milliards d’opérations qui se déroulent à chaque seconde en nous, de quelle ridicule fraction sommes-nous conscient.e.s ? Et d’où vient que nous puissions nous poser la question ? Tenter d’y répondre nous concerne tou.te.s. C’était bien l’enjeu de Cerebrum, qui alliait au partage de gai savoir scientifique l’évocation du cheminement personnel de l’acteur dans cette quête neuronale. Son talent théâtral s’y ajoutait pour rendre sa conférence « spectaculaire », captivante et en jouante interaction avec le public. Continuer la lecture « D’un Cerebrum à l’autre… »

Versant sombre de l’Histoire (et de la sienne)

À propos de « Traverser la nuit » (« Durch die Nacht ») par le Théâtre de l’instant / Anne-Marie Storme

Avec ce texte Traverser la nuit (Durch die Nacht) et son adaptation au plateau, Anne-Marie Storme signe une nouvelle partition de l’intime. Tenir le beau rôle, ou pas. Faire semblant, ou tout le problème du théâtre. Dire la vérité, oui mais après ? Continuer la lecture « Versant sombre de l’Histoire (et de la sienne) »