Le masque dans la comédie et la poétique de la survie de Katrien van Beurden du Theatre Hotel Courage

« Un jour j’étais assise à côté d’un homme sur un banc, il faisait très froid. Le vieil homme était ennuyé, il regardait fixement dans le vide. À un moment donné, après environ dix minutes, l’homme a soudainement sauté et, très irrité, a commencé à chercher quelque chose dans sa poche, sous le banc, dans son sac, et il m’a crié : « Je déteste quand cela arrive. Quelqu’un m’appelle et je ne sais pas où est mon téléphone ». Il a continué à chercher son téléphone alors j’ai commencé à l’aider en regardant partout où je pouvais. Et soudainement, à sa droite, il vit sa canette de bière et dit: « Ah, voilà. » Il ramassa sa canette de bière, la pressa et décrocha comme si c’était un téléphone: « Ah Dieu, c’est toi. C’est gentil de m’appeler. Ah, t’as la grippe? C’est dommage. Si je pouvais me charger de la terre pour un moment ? Pas de problème. Bien sûr je peux rendre les pauvres riches, arrêter les guerres, et donner de la bière gratuite pour tout le monde. Considérez-le comme fait ». Il raccrocha son téléphone, se leva et, la tête haute, il dit : « Je suis désolé, je dois partir. Le devoir m’appelle ». Et il s’éloigna à grands pas. Cet incident m’a montré d’une manière très claire comment les gens peuvent utiliser leur imagination et ingéniosité pour survivre dans un monde difficile. À partir de ce moment, je suis devenue obsédée par l’idée de comment réussir à créer quelque chose à partir de rien1. » 

Comment avait fait ce sans-abri pour se transformer en un rien de temps d’un homme exclu de la société en l’homme le plus puissant de la terre correspondant avec Dieu ? C’est cette question qui a poussé la néerlandaise Katrien van Beurden à chercher une typologie de théâtre antinaturaliste capable de donner libre cours à l’imagination des acteurs et des spectateurs. Elle trouve dans les demi-masques de commedia dell’arte cette force nécessaire à l’acteur pour se transformer et créer tout un univers en un seul instant. Un univers rempli de personnages qui utilisent constamment leur ingéniosité pour s’en sortir, qui luttent pour survivre de façon comique, tragique et folle. Directrice artistique et metteure en scène de la compagnie néerlandaise Theatre Hotel Courage, Katrien van Beurden est aussi pédagogue, actrice de cinéma et de télévision. Elle enseigne le jeu masqué dans diverses écoles de théâtre, universités et conservatoires à travers le monde, de l’American School of Dramatic Art de New York, à la Codarts de Rotterdam, au Freedom Theatre de Jénine en Palestine. Elle est aujourd’hui reconnue sur le plan international pour son engagement dans le renouveau de ce style de jeu. En s’inspirant du travail sur l’art de l’acteur mené par Jacques Lecoq et en utilisant les demi-masques en cuir du créateur français Den, Katrien van Beurden a développé au cours des quinze dernières années une méthode de travail particulière, propre à ce qu’elle appelle la « comédie de la survie », afin de questionner le vécu et l’imaginaire des populations dans des zones de conflit. Elle a mis au point une pédagogie et une poétique personnelle du jeu masqué liées à l’urgence de créer des caractères tragicomiques nouveaux en mesure de montrer l’humanité dans toute sa complexité.  

TheatreHotelCourage_Aroomwithaview_© Moon Saris
FILACANAPA 5, TheatreHotelCourage_Aroomwithaview_PPT 5

Sa première rencontre avec les masques de commedia advient pendant ses années de formation au Conservatoire de théâtre d’Utrecht, où, à l’âge de dix-huit ans, elle a la possibilité d’assister à un masterclass de trois jours de commedia dell’arte. Elle découvre un théâtre qui place au centre de la création l’acteur, son imagination et sa virtuosité scénique. Elle explique : « Le masque libère la créativité de l’acteur ; mettre un masque c’est faire parler le corps. Chaque action, pensée, mot et émotion deviennent ainsi immédiatement visibles2 ». À partir du corps, l’acteur peut nourrir son travail d’une réalité viscérale qui émane de la vie. Le masque l’intéresse fondamentalement pour trois aspects : tout d’abord pour la force vitale qu’il dégage, une énergie débordante qui la fait se sentir vivante ; puis, parce qu’ayant vécu son enfance dans un environnement familial très complexe, les personnages de commedia, dans leur extravagance, lui semblent paradoxalement assez réalistes ; et enfin, parce qu’elle arrive à percevoir le côté tragique émanant de leur folie. En Hollande, selon l’artiste, il y a une tendance très forte à séparer le travail textuel de celui corporel, la commedia en revanche lui apparaît comme une forme de théâtre en mesure de faire cohabiter ces deux aspects : un pont pour combiner ensemble l’action et la parole. L’acteur, pour rendre plausible son personnage, doit travailler le masque à trois niveaux différents : imaginatif, émotionnelle et social. Si l’un des trois niveaux n’est pas atteint, le personnage créé ne sera pas crédible. Les demi-masques de commedia sont ainsi considérés comme des outils de formation fondamentaux en raison de leur puissance d’imagination et de représentation. Cette pratique enrichit le bagage de l’acteur par des principes scéniques anciens comme l’improvisation, la stylisation et la typisation des personnages, et enfin la relation directe avec le public, tout en mettant en jeu l’élément fondamental de l’altérité théâtrale et par là la possibilité de représenter cet autre abstrait qui fait partie de notre présent. En effet, comme le soulignait Catherine Mounier à propos du spectacle L’Âge d’ôr d’Ariane Mnouchkine, « seuls des théâtres codés peuvent apporter une aide pour rendre signifiant ce que l’on ne voit plus3 ».  

C’est de ce désir de quête d’une réalité contemporaine, qu’est née la compagnie théâtrale internationale Theatre Hotel Courage dont le nom même est lié au projet de recherche-création à visée anthropologique que Katrien van Beurden a imaginé avec ses collaborateurs, les acteurs Sacha Muller, Anne Fé de Boer et Thomas van Ouwerkerk, encore aujourd’hui les piliers de la compagnie. Elle raconte : 

TheatreHotelCourage_Aroomwithaview_© Moon Saris
TheatreHotelCourage_Aroomwithaview_©Moon Saris

 « Un jour j’étais avec des amis, nous marchions dans un parc, et nous nous sommes demandés quel serait cet endroit où toute sorte de gens pourraient se rencontrer. Nous avons tout de suite pensé à l’hôtel, car c’est là qu’il pourrait y avoir à la fois des réunions entre des hommes politiques, des rendez-vous entre amants secrets, un clochard assis dehors, des refugiés qui travaillent au noir en cuisine. Du coup on s’est dit que l’hôtel était l’endroit du monde où l’on pouvait représenter toutes les hiérarchies et les adversités de la société. Mais dans ce théâtre de la survie, il faut du courage, de ce fait j’ai rajouté le mot « courage » à celui d’ »hôtel ». Puis on a décidé de partir à la recherche des personnes qui auraient pu habiter notre hôtel4 ». 

En 2012, avec sa troupe, Katrien van Beurben commence ainsi un long voyage de recherche et création qui l’amène pendant cinq ans à sillonner le monde avec ses masques à la recherche de nouveaux caractères, afin de collecter des récits portant sur des formes spécifiques d’altérité nouvelles dans le panorama des types fixes de commedia, comme le refugié, le dictateur, le soldat, etc. Dans chaque pays qu’elle visite – Palestine, Inde, Ghana, Iran, USA –, elle travaille avec des acteurs du territoire, des étudiants, des réfugiés, des populations tribales et des citadins d’origines différentes. Avec ces publics, elle crée des performances qui répondent à la question « Si le monde était un hôtel, quelle y serait votre place et votre position ? ». Pour ce faire, les masques de commedia ne sont pas abordés d’un point de vue historique, mais en utilisant les associations archétypales qu’ils évoquent : Pantalon, par exemple, devient l’archétype du vieil homme qui s’accroche à la vie, parce qu’il sait que la mort est proche ; le Docteur, l’homme qui croit tout savoir, mais qui en réalité ne sait rien ; le Capitaine, celui qui prétend être tout ce qu’il n’est pas. Puis, elle travaille aussi le type du jeune garçon impulsif qui veut constamment jouer – l’Arlequin – ou bien de la vieille dame qui erre autour de la maison la nuit à la recherche de son amant.  

TheatreHotelCourage_Aroomwithaview_© Moon Saris
TheatreHotelCourage_Aroomwithaview_© Moon Saris

Chaque groupe développe sa propre vision des différents archétypes à partir de l’observation du contexte social et politique qui les entoure. Il apprend à comprendre le masque à travers des techniques de jeu assez précises et contraignantes, qui leur permettent par la suite de créer ses propres personnages porteurs d’une histoire reliée symboliquement à l’une des pièces de cet hôtel babélique : « Les personnages archétypaux permettent aux histoires de transcender le temps, l’espace et la culture, et révèlent les besoins que nous avons tous en commun, nous dévoilant un endroit où nous pouvons rire et pleurer par rapport à nos capacités à survivre dans le monde d’aujourd’hui5 ». L’utilisation de l’objet masque apporte une plus grande liberté à l’artiste qui résulte du fait même d’être masqué. L’acteur ne se cache jamais derrière un masque, mais garde une position d’une certaine manière privilégiée. L’acteur parle directement au public, créant à travers le rire et sa propagation une « communauté de voisins », pour reprendre l’expression de John Dewey. Condensant la vie avec humour et la rendant plus proche de l’idéal, le masque semble faciliter une scénarisation fictive des conflits et des hiérarchies sociales, au-delà des barrières linguistiques et culturelles. L’idée à la base de cette pratique théâtrale, qui s’apparent à celle du community theatre, c’est que le théâtre est un moyen important pour les communautés de partager des histoires, de participer au dialogue politique et de mettre fin à l’exclusion croissante des groupes de citoyens marginalisés.  

Le premier pays que la troupe visite en 2012 est la Palestine, où elle avait été invitée par le directeur artistique du Freedom Theatre, Juliano Mer-Khamis, peu de temps avant son assassinat. C’est à Jénine que Katrien van Beurden se rend compte que ses intuitions sur le pouvoir cathartique du masque sont exactes. La réaction du public du village qui assiste à la performance réalisée après le mois de répétition est extrêmement vive, voire violente : les spectateurs interagissent avec les personnages, leur crient dessus, montent sur la scène. Ils ne se préoccuent aucunement du fait qu’il s’agisse de masques : ils adhèrent totalement à ce monde fantastique fait d’archétypes de la société. « J’ai retrouvé là, j’en étais convaincue, la fonction que ce théâtre pouvait recouvrir. Une fonction pas du tout intellectuelle, mais une explosion d’énergie6 ». Dans chaque pays visité, Katrien van Beurden ne collecte pas simplement des histoires, mais fédère aussi autour d’elle des comédiens dotés d’une sensibilité particulière pour le jeu masqué. En 2017, à la fin de la première étape de ce long voyage, quinze acteurs7 de tout horizon sont réunis à Amsterdam pour construire et interpréter cet hôtel imaginaire pour le spectacle The room with a view, issu de ce travail de collectage de récits sur les différents terrains. Chaque acteur choisit un masque dans lequel il se reconnaît ou qui représente quelqu’un dont il aimerait raconter l’histoire. En six semaines, en travaillant avec des musiciens professionnels et en n’utilisant rien d’autre que du mime, de la musique et des masques, les acteurs donnent vie, dans un espace complètement vide, aux histoires recueillies. Ces histoires, sous forme de solos ou de contrastes, ont été montées ensemble pour créer cet espace mythique représentatif de l’humanité. Ce qui est frappant, c’est la passion et l’énergie déployées sur scène par ces acteurs, probablement du fait que dans les endroits où les gens sont confrontés à des tragédies, fabriquer quelque chose à partir de rien est le plus grand art qu’ils puissent pratiquer. En jouant, ils peuvent traverser des frontières (physiques et morales), dire tout ce qu’ils veulent, ne plus subir la violence de l’oppresseur.  

Theatre Hotel Courage - A room with a view  © Moon Saris
Theatre Hotel Courage – A room with a view © Moon Saris

« En Palestine, nous avons un dicton : « quand quelqu’un meurt, nous ne pleurons pas parce que le sel de nos larmes sèche l’esprit de ceux qui nous ont quittés ». Mon nom est Sabre Shreim et je viens de Jénine, en Palestine. Mon père a été tué devant mes yeux quand j’avais dix ans. Il y a beaucoup de choses que je ne peux verbaliser, mais le masque m’aide à le communiquer en imagination. En jouant un vieil homme, je rends hommage à tous ceux qui portent des histoires qui doivent être racontées au fil des années8. » 

Depuis 2017, avec son Theatre Hotel Courage, Katrien van Beurden poursuit son voyage à travers le monde avec ses masques en collectant de nouvelles histoires et en continuant à creuser cette voie d’un comique populaire dénonciateur des injustices sociales visant l’émancipation citoyenne. 

Vues sur le mont… Jean-Claude Carrière

Point de reconstitution intégrale de ce paysage au relief varié que fut la vie de Jean-Claude Carrière tant évoquée après sa disparition. Mais, pour paraphraser le titre d’une célèbre toile de Hokusai, Vue sur le mot Fuji, seulement quelques vues sur « la montagne Carrière » obtenues grâce à la proximité, par éclipses, que j’ai entretenue avec lui. L’instant biographique vaut autant que le parcours panoramique : c’est une question de choix. Le myope et le presbyte voient des choses différentes mais l’essence de ce qu’ils parviennent à examiner ne diffère pas.

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De Max, une star est de retour

Parution, Claudette Joannis.
Edouard de Max, Gloire et décadence d’un prince de la scène française (1869 – 1924). 
Collection Saint – Germain des Près Inédit 

Dans ce livre rare Claudette Joannis s’engage sur les traces d’un acteur hors pair, Edouard de Max, venu de Roumanie, plus précisément de Iassy, pour s’imposer à Paris et finir dans son refuge hétéroclite du 66 rue Caumartin. Lui qui a tant aimé clamer les mots et projeter ses passions, assumera sur le ton de l’aveu testamentaire l’association des deux pays entre lesquels son destin se noua : « Vive la France ! Vive la Roumanie ! ».

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« L’autonomie n’est jamais une fin en soi » : le Decoratelier de Jozef Wouters comme centre artistique du futur

Traduit du néerlandais par Caroline Godart. Cet article est paru dans le numéro 162 (décembre 20-mars 21) de la revue Etcetera.

Donner de l’espace, c’est diviser le pouvoir, selon l’adage de Jozef Wouters. Avec Something when it don’t rain, son Decoratelier a réalisé cet été le rêve secret du secteur culturel: la création d’un espace public radicalement inclusif sans programme fixe, que diverses communautés artistiques et de riverains pourraient s’approprier. Un modèle inspirant pour l’avenir?

Le scénographe Jozef Wouters (34 ans) a conçu de nombreux espaces hors du commun ces dernières années, mais son Decoratelier est toujours unique. L’ancienne usine de la rue de Manchester à Molenbeek est bien plus qu’un studio où Wouters et son complice Menno Vandevelde construisent des stands et des décors pour d’autres artistes. C’est aussi un lieu de travail social, un espace de résidence, un abri végétal, une discothèque et un centre artistique décalé tout en un. La fantastique cour intérieure, sur laquelle donnent les bureaux de Recyclart, du Vaartkapoen et de Charleroi Danse, s’est transformée cet été en un espace public pour tou.te.s.

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Mémoire et « Chant du cygne »

Tout artiste est dissocié de son œuvre, à l’exception des artistes du vivant. Ils sont indissociables et, parfois, ils en souffrent comme cet acteur anglais… qui avouait son regret de ne pas pouvoir se trouver dans le public pour se voir sur scène alors que le peintre peut regarder sa toile ou l’écrivain se refugier dans ses appartements avec un de ses livres à la main ! Il y a une souffrance et Max Frisch la confirmait en assimilant l’acteur à un peintre aveugle qui ne parvient pas à voir son œuvre. Il l’engendre et elle lui échappe, ou s’enfuie, dit-on, mais certains la conservent telle une seconde vie dont le corps se souvient et qui, de manière imprévue, s’éveille ou s’anime un instant. Ils ne sont pas nombreux mais bien que rares ils confirment cette persistance mnémonique déposée par bribes dans le coffret de la mémoire la plus secrète, mais jamais perdue ! Cette conviction s’est réactivée un soir lorsqu’une amie chère, Magda Stavischi, m’a envoyé un petit extrait de vidéo que j’ai regardé sans cesse, « à travers les larmes » comme le disait Tchekhov…

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L’archive, la fougère

Nous avons le plaisir de publier la version intégrale de ce texte de Jeannine Dath, publié dans la revue d'Alternatives Théâtrales #142 : Bruxelles, ce qui s'y trame

Lara Barsacq a créé deux chorégraphies autour d’Ida Rubinstein, danseuse, mécène. Dans le solo Lost in Ballets russes, elle prend pour point de départ une peinture de Léon Bakst représentant Ida en mouvement. Lara Barsacq commence le spectacle en imprimant en sérigraphie cette image avec pour fond musical Léonard Bernstein commentant Le prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy. Le spectacle se déploie au fil de la construction d’un autel pour un rite d’adieu. La seconde création, dansée en trio, parcourt l’oeuvre d’Ida Rubinstein et le deuil y apparaît en filigrane. Les deux s’articulent autour d’éléments communs : l’archive, la parole, la danse, le rituel.    

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Première expérience jeune public : transmutation d’un cabinet de curiosités

Sylvie Martin-Lahmani et Caroline Godart, codirectrices d’Alternatives théâtrales, m’ont proposé de relater sur le blog de la revue ma première expérience de spectacle pour le jeune public, en l’occurrence la création d’un cabinet de curiosités pour enfants à partir de ceux que j’ai conçus pour un public adulte. Cette création, qui devait avoir lieu fin novembre au Théâtre La montagne magique à Bruxelles, a été reportée. D’autres dates sont prévues au Centre culturel de Braine-l’Alleud début février – si les théâtres rouvrent…

Le compte rendu de mon expérience ne portera donc que sur l’amont ; l’aval viendra en son temps !

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Léa Drouet : Faire confiance à ce qui nous touche

Nous avons le plaisir de publier la version intégrale de ce texte de Laurie Bellanca, publié dans la revue d'Alternatives Théâtrales #142 : Bruxelles, ce qui s'y trame

En écrivant aujourd’hui cet article au sujet du travail de Léa Drouet*, que j’assiste depuis la création de Boundary Games (2017), je mesure à quel point ses hypothèses de création nourrissent une attention particulière à prendre soin de ce qui l’entoure. Hypothèses organisées par des interprètes agissants dans leurs rapports et sur l’espace dans Boundary Games ou par une parole solitaire, habitée par ses fantômes et son besoin de justice dans Violences ou encore incarnées par la prise de risque d’un groupe de skateurs avec Mais au lieu du péril croit aussi ce qui sauve et par l’occupation errante d’une gare désaffectée dans Déraillement ou depuis peu par le dessin d’un lieu de théâtre au 210, Léa Drouet n’a de cesse de vouloir penser et panser ce qui la travaille intimement. Et ceci se résume – s’il fallait introduire notre dialogue par sa fin car il semblerait depuis quelques mois que prendre les choses à rebours serait sans doute une manière saine d’éviter le piège du confortable lieu de la conclusion aveugle – j’introduirai donc notre échange par cette phrase de Léa : « il s’agit de faire confiance à ce qui nous touche ».

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Sarah Vanhee nous lance des signes que nous pourrions attraper par la main

Après une longue période de recherche théorique et de terrain, le nouveau projet de Sarah Vanhee, Bodies of Knowledge (BOK), qu’elle mène de front avec ses collègues Flore Herman et Nadia Mharzi et en collaboration avec de nombreux·ses acteur·rice·s locaux·les, prendra place à l’intérieur d’une tente nomade qui sera installée les prochains mois dans différents quartiers de Bruxelles, annonçant « this is a place for learning together ». BOK s’attache à l’idée que les circonstances dans lesquelles on partage les savoirs sont aussi importantes que le contenu-même des savoirs qui s’échangent. Sarah Vanhnee fait partie de ces artistes bruxelloises qui questionnent sans cesse le rapport à la domination (patriarcale, coloniale et autres) qui se niche dans chaque mot, relation, situation, qu’elle apparaisse dans un contexte quotidien, artistique ou pédagogique. Elle se/nous demande: “comment nous parlons-nous? comment partageons-nous nos idées, nos connaissances ?” Et puisqu’elle nous invite sans cesse à nous emparer de ses réflexions, en ces temps incertains où nous marchons sur des œufs cassés que nous ne sentons plus car un virus invisible nous a coupé l’odorat et le toucher, je nous invite à prendre les projets que Sarah Vanhee mène depuis 2007 comme des signes psycho-anarcho-magiques en esquissant un horoscope de la saison à venir, comme si une stagiaire en formation chez Rob Brezsny contemplait les états du spectacle vivant pour déboussoler le futur.

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Tropisme, une création de Michel Lestréhan, entre jeu des formes et anamorphose des masques du Tirayattam

Nous avons le plaisir de publier la version intégrale d’un texte de Brigitte Prost publié dans le N° 140, mars 2020 : Les enjeux du masque sur la scène contemporain

Alors qu’il avait suivi l’enseignement de Carolyn Carlson, en 1976, tout en travaillant avec les compagnies de Dominique Boivin et de Karine Saporta, Michel Lestréhan fit en 1980 la rencontre, décisive, d’Elsa Woliaston et d’Hideyuki Yano.[1] Mais il pratiqua également la danse japonaise Bûto avec Min Tanaka et Sankai Juku, avant de faire un stage de Kathak en 1981 : ce fut son premier contact avec la danse indienne. Quatre ans plus tard, en 1984, il obtint une bourse pour étudier un an le Kathak à Ahmedabad avec Arjun Mishra. C’est alors qu’il découvrit le Kathakali [2] dont il fit, de 1987 à 1993, un apprentissage intensif[3], apprit les percussions du Kerala, le kûtiyâttam, mais aussi l’art martial kalaripayatt avec Krishnadas Gurukkal.[4]

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