« Le côté Sysiphe du travail » – Entretien avec Arnaud Meunier

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie prochaine du #133) : entretien avec Arnaud Meunier, directeur de la Comédie de Saint-Etienne.

Comment élargir le recrutement des lieux de formation aux métiers de la scène et du plateau, sans pour autant tomber dans les travers et effets pervers d’une politique volontariste ? 

C’est bien tout le débat entre « discrimination positive » et « égalité des chances ». À L’École de la Comédie, nous avons choisi la seconde option. Vous vous demandez quelle est la différence ? La discrimination positive aurait pu consister par exemple dans le fait de réserver un quota de places dans chaque promotion de l’École pour des jeunes issus de la diversité ; de passer les promotions de 10 à 12 élèves par exemple pour y intégrer un garçon et une fille issus de la diversité. Cela aurait impliqué de travailler sur un principe de concours parallèle. Continuer la lecture « « Le côté Sysiphe du travail » – Entretien avec Arnaud Meunier »

« Si mon travail est déterminé et compris uniquement par mes origines, on est complètement à côté de la plaque. » Entretien avec Mohamed Rouabhi

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie du #133 à l’automne prochain) : entretien avec Mohamed Rouabhi, auteur, acteur et metteur en scène.

Comment définiriez-vous votre travail de création artistique, envisagé à l’aune de la « diversité culturelle » ? Et que revêt selon vous ce terme devenu d’usage courant au sein des institutions culturelles ? 

« À l’aune de la diversité » est une expression étrange, cela suppose que « la diversité » vient de naître, que cela existe depuis quinze jours…  J’ai travaillé en 1995-1996 sur Malcolm X. Ce qui était important pour moi dans ce spectacle, c’était son parcours dans sa globalité. Pendant toute sa vie, Malcolm X a été, avec sa verve, porte-parole d’une organisation : « The Nation of Islam », il ne parlait pas en son nom. Quatre mois avant d’être assassiné, il a fait un pèlerinage à La Mecque, et là, il a découvert que le monde n’était pas blanc ou noir, et que cette chose n’était pas déterminante dans son combat personnel, ni même dans sa foi, ou dans ses croyances. Il écrit, dans une lettre à sa sœur, qu’il croise autour de lui à La Mecque une diversité insoupçonnable de couleur de peau et qui a pour point commun une même foi, la foi en l’Islam. Et, lorsqu’il revient, il est perturbé par cela, il décide d’abandonner son poste de porte-parole de La Nation de l’Islam et il monte sa propre organisation. À partir de là, il ne lui reste plus que trois mois à vivre parce que jusqu’ici, ce qui lui importait c’était de défendre les gens qui habitaient dans son quartier, ou des gens qui vivaient la même chose de par leur histoire commune, à savoir l’esclavage, l’apartheid, les discriminations raciales. Et cela ne posait de problème à personne qu’un Noir défende un autre Noir dans son quartier. Mais à partir du moment où un individu décide, qu’au fond, il partage les mêmes réflexions, la même lutte contre le pouvoir et l’oppression qu’un Viet-Cong, qu’un Congolais, qu’un Péruvien… cela devient un vrai problème. À partir du moment où il commence à considérer que le combat est universel et non plus à l’échelle de sa communauté ou de son quartier, il devient un être incontrôlable. Il est assassiné, par un Noir armé par des Blancs. Continuer la lecture « « Si mon travail est déterminé et compris uniquement par mes origines, on est complètement à côté de la plaque. » Entretien avec Mohamed Rouabhi »

« S’ouvrir à des possibles inenvisageables auparavant » (Caroline Safarian)

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie prochaine du #133) : témoignage de Caroline Safarian, autrice, metteuse en scène, comédienne et pédagogue de théâtre.

La définition qui semble la plus courante concernant la culture est celle reprise sur le site de l’UNESCO¹.

 « La culture est un ensemble complexe qui inclut savoirs, croyances, arts, positions morales, droits, coutumes et toutes autres capacités et habitudes acquis par un être humain en tant que membre d’une société. »

Si elle est définie comme un ensemble « complexe » des différentes choses acquises par un individu, il me semble alors évident de penser combien la « diversité culturelle » doit l’être plus encore ! Et j’ai envie de remettre un peu de nuances dans ce qu’aujourd’hui on souhaite nous imposer comme définition de l’identité culturelle et de la coexistence des cultures au sein d’une société…  Continuer la lecture « « S’ouvrir à des possibles inenvisageables auparavant » (Caroline Safarian) »

Héritière de l’histoire coloniale et de l’histoire ouvrière – Entretien avec Eva Doumbia

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie du #133 à l’automne prochain) : entretien avec Eva Doumbia, metteuse en scène afropéenne.

Comment définiriez-vous votre travail de création artistique, envisagé à l’aune de la « diversité culturelle » ? Et que revêt selon vous ce terme devenu d’usage courant au sein des institutions culturelles ? 

C’est un terme qui me semble hypocrite, car, normalement, la « diversité », c’est le rassemblement ce qui est divers. Mais, aujourd’hui, on appelle « diversité » ceux qui ne sont pas issus du groupe dominant d’origine européenne  et « blancs», si tant est que le « blanc » cela existe. Mais, « diversité », c’est un terme que moi-même je peux utiliser, selon les contextes, parce que cela va plus vite et aussi parce que le terme « racisé » qu’on emploie dans le collectif « décoloniser les arts » dont je fais partie est souvent mal compris. Je pense que si je devais me définir, je dirais plutôt « issue de l’immigration coloniale ». Moi, je suis héritière de l’histoire coloniale et de l’histoire ouvrière.  Continuer la lecture « Héritière de l’histoire coloniale et de l’histoire ouvrière – Entretien avec Eva Doumbia »

Nos anciens numéros à prix (très) réduits

1ère foire du livre d’occasion des arts de la scène, le samedi 16 septembre de 12h à 17h à La Bellone (Bruxelles)

 

Dans le cadre de la brocante de la rue de Flandre,
le Centre SIBMAS de la Fédération Wallonie-Bruxelles invite tous les passionnés de théâtre, de danse, de marionnettes,… à venir chiner dans la cour de la Bellone.

Vous y trouverez livres, revues, vidéos : livres rares
ou de poche provenant des fonds de la Bibliothèque
du Centre d’études théâtrales,
de Contredanse,
des Archives du musée de la littérature,
de la Bellone,
du Musée des arts de la marionnette ,…

Alternatives théâtrales sera présent et les anciens numéros de notre catalogue seront disponibles à prix réduits.

Entrée libre
La Bellone – 46 rue de Flandre – 1000 Bruxelles

« Entre art contestataire et art sclérosé, le théâtre est multiple » (Jean Bellorini)

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie du #133 à l’automne prochain) : le témoignage de Jean Bellorini, directeur du Théâtre Gérard Philippe (Centre Dramatique National de Saint-Denis).

(…)

La Troupe éphémère, qui est composée de jeunes amateurs de 15 à 20 ans vivant à Saint-Denis et issus de cultures et origines diverses, propose la traversée d’une œuvre littéraire, poétique ou théâtrale, et la conception d’un spectacle de théâtre, dans la grande salle du TGP. C’est un temps fort de la programmation du théâtre, car son processus de fabrication, sa qualité et sa proximité avec le territoire en facilitent grandement l’appropriation. Continuer la lecture « « Entre art contestataire et art sclérosé, le théâtre est multiple » (Jean Bellorini) »

La culture, miroir de notre société multiple ?

Quatrième rencontre annuelle culture et RTBF ce vendredi 8 septembre

Invités dans l’atelier intitulé « Mixité culturelle: diversité – créativité – qualité » animé par Safia Kessas et Marco Martiniello, dans le Panel « Les perspectives pour demain », Laurence Van Goethem (pour Alternatives théâtrales), Gerty Dambury (poétesse, dramaturge et metteuse en scène) et Dirk Deblieck (Maison des cultures de Molenbeek) tenteront de dégager des principes généraux pour une charte de la diversité culturelle. Continuer la lecture « La culture, miroir de notre société multiple ? »

« Les uns » derrière « Les autres »

Dans le cadre de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie du #133 à l’automne prochain), un photo-montage de Sophie Sénécaut, actrice.

Les Uns ont été élevés depuis leur naissance dans la croyance, qui fait partie intégrante d’eux puisqu’elle découle de leur position dominante, que rien d’humain ne leur est étranger et ne doit leur être étranger. Ils ont la conviction fortement ancrée qu’ils incarnent toute la condition humaine ; plus, qu’ils sont les seuls à pouvoir l’incarner. Et plus encore, qu’ils peuvent le faire seuls –

Tiré de Christine Delphy, Classer, dominer – qui sont les « autres », La Fabrique éditions, 2008. Continuer la lecture « « Les uns » derrière « Les autres » »

« Il ne faudrait pas que l’histoire cache le présent d’une autre fracture » (entretien avec Paul Rondin)

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie du #133 à l’automne prochain) : entretien avec Paul Rondin, directeur délégué du Festival d’Avignon.

Alternatives théâtrales : Il est d’usage aujourd’hui de critiquer les théâtres publics au motif de leur incapacité à intégrer la diversité culturelle de nos sociétés multiculturelles. Existe-t-il, selon vous, un problème spécifique d’accès des artistes issus de l’immigration aux scènes européennes ? 

Paul Rondin : Il existe sur les scènes un incontestable défaut de représentation de la société comme elle est aujourd’hui : cosmopolite et pluriculturelle. Nos plateaux ne le sont pas assez. Cela exprimé, il est un peu rapide de montrer du doigt les seuls théâtres publics qui sont le reflet de la société française et de certains pays européens restés très conservateurs en matière de cosmopolitisme. Il n’y a qu’à voir le personnel politique actuel. Continuer la lecture « « Il ne faudrait pas que l’histoire cache le présent d’une autre fracture » (entretien avec Paul Rondin) »

Lettres persanes et scènes d’Iran

C’était le 16 juin dernier à La Bellone : le lancement du #132 d’Alternatives théâtrales.

Leyli Daryoush (dramaturge, chercheuse, autrice et membre du comité de rédaction d’Alternatives théâtrales), Maryam Karroubi (directrice artistique d’Artistan) et Amin Zamani (chercheur, doctorant en Arts du Spectacle à l’Université Libre de Bruxelles) se sont entretenus avec Sylvie Martin-Lahmani (codirectrice de publication d’Alternatives théâtrales) et les spectateurs présents à La Bellone.

Alternatives théâtrales #132 Lettres persanes et scènes d'Iran est disponible dans les bonnes librairies et sur notre site132