Les voies sauvages

au Rideau de Bruxelles

© Beata Szparagowska

La réouverture d’un théâtre est toujours un moment d’émotion… et d’espoir! Le Rideau qui a à Bruxelles une longue histoire et des années d’errance a fait peau neuve dans ce quartier particulier d’Ixelles à la croisée des cultures urbaines métissées.
Grâce à la ténacité de Michaël Delaunay et de son équipe, ce lieu destiné principalement à la découverte de nouvelles écritures va pouvoir poursuivre une aventure longue de 75 années !

Une heureuse reprise a ouvert cette saison 2019/2020.

Ecrit et mise scène par Régis Duqué sur base de conversations avec Dominique de Staercke et interprété par Cédric Juliens, Les voies sauvages est une belle leçon de vie et de théâtre.
On sent que le texte est écrit à partir d’un dialogue au plus près du réel exaltant que procure les courses en montagne et en même temps on est au théâtre grâce à l’étrange fusion réussie de trois « personnages » : celui qui raconte son expérience, celui qui la transcrit et la réécrit et celui qui l’interprète.
Aucun artifice : un décor nu, sorte de coque instable dans son incurvation sur laquelle on peut certes se tenir debout, s’accroupir, s’appuyer, se coucher, mais qui rappelle la vigilance qu’on doit avoir lorsqu’on se trouve en montagne…
Quelques livres posés à même le sol qui témoignent des récits d’alpinistes célèbres qui ont fait rêver ceux qui ont approché de près ou de loin cet univers. Cédric Juliens est porté par un très judicieux environnement de lumière et de son qui traduit et ponctue la magie d’un texte qui conjugue le récit documentaire -précision et techniques d’escalade à l’appui -, expérience humaine bouleversante et une dimension poétique que retrouvent celles et ceux qui ont pu goûter au bonheur de la haute montagne mais qui est aussi une invitation à la partager pour tous les autres.
Si le théâtre, dans sa dimension politique, n’a de cesse de nous ramener aux contradictions et aux déchirures de notre monde, il peut aussi, – et ce spectacle en donne avec une économie de moyens la preuve magistrale -, ramener le spectateur à sa vie intérieure, à ses capacités de refuser le conformisme d’une vie engoncée dans les habitudes et la consommation dérisoire.

Merci à Dominique De Staercke, Régis Duqué et Cédric Juliens de nous avoir fait ressentir la certitude de se trouver là où le rêve nous a porté, la sensation de se sentir vivant comme jamais ou presque mort en même temps, la joie que procure l’instant rare où l’on sent son corps et son esprit en fusion totale avec la nature plus grande que soi.

Avec la collaboration de Bianca Lacoste

Les voies sauvages, d’après les récits de Dominique de Staercke, texte et mise en scène Régis Duqué, interprétation Cédric Juliens, scénographie Sylvie Kleiber, Lumière Dimitri Joukovsky, Son guillaume Istace. Texte édité chez Lansman, 2017. Production Rideau de Bruxelles- Théâtre de Poche, Genève.

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