Virginia à la bibliothèque

A l’initiative d’Edith Amsellem, la compagnie ERd’0, créée à Marseille en 2012 a pour projet de faire vivre le théâtre dans des lieux particuliers, en dehors des scènes dédiées aux représentations de spectacle.

Dans l’esprit d’Antoine Vitez pour qui « il faut faire théâtre de tout », elle investit les terrains de sport, les cours de récré, les parcs et jardins publics pour y faire revivre en les adaptant les oeuvres de Choderlos de Laclos, Witold Gombrowicz ou des versions méconnues du Chaperon rouge.

Ce rapport entre espace réel et fiction trouve une très grande pertinence dans le spectacle Virginia à la bibliothèque (1) imaginé par Edith Amsellem et Anne Naudon d’après Un lieu à soi de Virginia Woolf.

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A Philippe

Le décès de Philippe van Kessel a profondément affecté le monde du théâtre en Belgique et au-delà.

Les nombreux hommages parus dans la presse et sur les réseaux sociaux témoignent du rôle éminent que Philippe a joué dans la vie théâtrale belge et internationale, mais aussi de ses profondes qualités humaines.

Il a depuis le début été lié à la vie d’Alternatives théâtrales. Membre du premier comité de rédaction de la revue, celle-ci a rendu compte de son travail, de ses positions, de son engagement tout au long des années où il a exercé les métiers du théâtre comme acteur, metteur en scène, pédagogue, animateur et directeur.

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Koltès toujours vivant

Tabataba de Bernard-Marie Koltès, mise en scène de Stanislas Nordey

Stanislas Nordey aime à rappeler son engagement pour un « théâtre élitaire pour tous » cher à Antoine Vitez.

En reprenant, plus de 20 ans après, sa mise en scène de Tabataba qu’il avait créé dans les quartiers de Seine-Saint-Denis alors qu’il dirigeait là-bas le théâtre Gérard Philippe, il permet à de nouveaux publics éloignés des grandes scènes de théâtre de découvrir ou redécouvrir un texte peu joué et méconnu de Bernard -Marie Koltès ; la revue Alternatives théâtrales avait publié Tabataba en février 1990, alors qu’il était inédit, dans le numéro emblématique (1) consacré à Koltès quelques mois après sa disparition prématurée : il avait 41 ans.

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Delphine Peraya, une nouvelle auteure de théâtre

L’arrivée d’une maison d’édition de textes de théâtre en Belgique francophone est trop rare pour ne pas être saluée et encouragée ! C’est au cœur de la pandémie, en 2020, qu’Aurélie Vauthrin-Ledent a fait le pari un peu fou de soutenir la création théâtrale par l’édition en lançant, dans une démarche coopérative, une collection de petits livres de théâtre au format A5 et au prix de 10 euros (!) sous le joli nom de « les oiseaux de nuit ».

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Loco

d’après le journal d’un fou de Gogol.

Un spectacle de Natacha Belova et Teresita Iacobelli.

Au théâtre avoisinent le grand et le petit. 

En découvrant la remarquable adaptation que Natacha Belova et Teresita Iacobelli ont faite du journal d’un fou  de Gogol (« loco » signifie fou en espagnol) (1), je me suis rappelé l’impressionnant Revizor (l’inspecteur général)  du même Gogol mis en scène par Mathias Langhoff au tournant du siècle que j’avais invité au théâtre National  dans le cadre de Bruxelles 2000, ville européenne de la culture.

Un bondissant Martial di  Fonzo Bo (tiens, un Argentin, pas loin du Chili de Teresita…), mélange de Buster Keaton et de Charlie Chaplin évoluait dans un immense décor en forme de tour de Babel. Langhoff prenait appui sur la fable ( un blanc-bec bien  fringué se fait passer pour l’envoyé du gouvernement et en profite pour s’en mettre plein les poches) pour déployer un comique dur et blessant qui faisait mouche  ; un théâtre de la rage.

Avec Loco, c’est un tout autre Gogol qui est mis à jour  : celui de la tendresse et de la fragilité humaine.

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Éloge de l’altérité

lettre à Isabelle Pousseur (25/10/2021).

Chère Isabelle,

Nous entretenons depuis de longues années une relation de connivence avec l’art, l’écriture et le théâtre qui si elle s’est distendue depuis que je me suis un peu éloigné des soirées théâtrales reste toujours vivante.

C’est comme actrice que tu apparais en couverture du numéro 2 d’Alternatives théâtrales en 1979 en compagnie d’Amid Chakir.

C’est en conférencière, metteure en scène, femme… et actrice — dans ce savoureux mélange des genres — que je t’ai retrouvée hier dans la très stimulante conférence-spectacle théâtrale et musicale : « Éloge de l’altérité » (1) que tu as proposée au théâtre Océan Nord.

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Gravité, par la compagnie Preljocaj au Festival Vaison-Danses (édition 2021)

Depuis 25 ans, chaque été, le théâtre antique de Vaison-la-Romaine accueille une programmation de danse. Empêché de se tenir l’an dernier, il a, cette année, fêté avec bonheur la reprise de ces spectacles en plein air, placés sous le signe de Maurice Béjart dont on voit les portraits photographiés par Marcel Ismand aux quatre coins de la ville.

Du 10 au 26 juillet des spectacles internationaux de haut vol voulaient marquer cette édition : de la Folia  de Mourad Merzouki mêlant danse hip hop et musique classique aux jongleries contemporaines de Sean Gandini et Kati Ylä-Hokkala en passant par les jeunes danseurs del’EcoleAtelier Rudra Béjart de Lausanne, le fandango et le flamenco revisités de David Coria et David Lagos, le mythe de Don Juan ré-imaginé par le chorégraphe suédois Johan Inger et la compagnie italienne Aterbaletto. Plusieurs de ces spectacles ont dû être reportés ou remplacés, mais le festival a tenu bon !

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Vader pour les 20 ans de Peeping Tom

Dirigée par l’argentine Gabriela Carizo et le français Frank Chartier, la compagnie de théâtre belge Peeping Tom fête ses 20 ans cette année par une série de reprises (1) heureusement permises par la réouverture des salles de spectacles.

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Gabriela Carizo et Franck Chartier- Compagnie Peeping Tom

Le KVS a eu la bonne idée de proposer Vader,créé en 2014 – (2).

Spectacle emblématique de la compagnie, il plonge ses racines dans l’univers du cabaret – divertissement où se mêlent chansons populaires, danse , acrobatie, humour déjanté, gags, adresses au public – qui, quand il est réussi, peut aussi aborder les thèmes et les questions qui sont au coeur de la vie en société (ici la fin de vie dans une maison de repos).

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Quand tu es revenu de Geneviève Damas au théâtre des Martyrs, Bruxelles.

« …les soirs de vague à l’âme et de mélancolie n’a-tu jamais en rêve au ciel d’un autre lit compté de nouvelles étoiles… »

Pénélope, Georges Brassens

Geneviève Damas est une artiste protéiforme : actrice, metteure en scène, auteure, nouvelliste, romancière … elle n’hésite pas à prolonger sa passion des mots par des ateliers d’écriture ou en se faisant chroniqueuse occasionnelle pour la presse écrite. On dirait qu’elle a mille vies qui s’entrelacent les unes dans les autres.

Cette propension à mordre dans la réalité et la vie à pleine dents, on la retrouve dans le texte jubilatoire créé au théâtre des Martyrs ce 9 juin. Il vient à point nommé pour nous redonner le goût du théâtre après ces mois de grand manque où nous aspirions à retrouver le spectacle vivant.

« Tu ne m’as pas reconnu » appartient par certains aspects à l’autofiction qui a imprégné la littérature de ces dernières années et  tisse avec brio l’histoire de cinq couples puisés dans l’histoire, la mythologie, la généalogie familiale de l’auteure et bien sûr son imagination. Deux figures tutélaires pour orienter le récit : celle de Pénélope (la femme qui reste) et celle du grand-père de l’auteure (l’homme qui part).

Genevieve Damas_Credit photo Zvonock
Genevieve Damas_Credit photo Zvonock
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Philippe, le bienveillant

Philippe Grombeer, le bienveillant

Le métier d’animateur culturel demande des qualités multiples. Philippe Grombeer avait l’art de les conjuguer avec beaucoup de finesse. Tout d’abord l’indépendance vis à vis des pouvoirs publics. Ce n’est pas une mince affaire, car sans l’aide de l’État, pas de support pour l’action culturelle. Philippe agissait avec souplesse et fermeté, un paradoxe qui lui convenait parfaitement. La confiance dans les artistes ensuite, dont l’animateur est le passeur auprès des publics. Là aussi, il excellait.

La poursuite de projets innovants : sans relâche, durant de nombreuses années, et au début avec de très maigres subventions (le ministère de la culture préférait investir dans le Botanique plus prestigieux), il a à travers vents et marées conduit l’aventure des Halles de Schaerbeek jusqu’à leurs rénovations réussies. Mais bien avant les travaux, on avait pu y voir les spectacles de Peter Brook et d’Ariane Mnouchkine. On y retrouvait le « grand » et le « petit », « l’exigeant » et le « populaire » dans une muliplidisciplinarité heureuse, allant du concert de jazz au spectacle de cirque. Rencontrer les autres au-delà des frontières, c’est ce qu’il fit en créant le réseau « transeuropehalles » et en étant associé dès les premières réunions à l’IETM (International European Theater Meeting).

Enfin, il a osé relever le défi du Théâtre des Doms à Avignon. Peu de professionnels croyaient à la réussite de cette entreprise atypique—vitrine officielle de la Belgique Francophone et liberté de programmation pour choisir d’un œil sûr et d’un goût affirmé des créations et des artistes qui ont pu connaître après leur passage dans ce lieu assez « confiné » des tournées mémorables en France et ailleurs.
Ce lieu était à la mesure de la démarche conviviale et bienveillante de Philippe.

Sa chaleur humaine et son sourire vont nous manquer .

Un hommage de Bernard Debroux.