Philippe, le bienveillant

Philippe Grombeer, le bienveillant

Le métier d’animateur culturel demande des qualités multiples. Philippe Grombeer avait l’art de les conjuguer avec beaucoup de finesse. Tout d’abord l’indépendance vis à vis des pouvoirs publics. Ce n’est pas une mince affaire, car sans l’aide de l’État, pas de support pour l’action culturelle. Philippe agissait avec souplesse et fermeté, un paradoxe qui lui convenait parfaitement. La confiance dans les artistes ensuite, dont l’animateur est le passeur auprès des publics. Là aussi, il excellait.

La poursuite de projets innovants : sans relâche, durant de nombreuses années, et au début avec de très maigres subventions (le ministère de la culture préférait investir dans le Botanique plus prestigieux), il a à travers vents et marées conduit l’aventure des Halles de Schaerbeek jusqu’à leurs rénovations réussies. Mais bien avant les travaux, on avait pu y voir les spectacles de Peter Brook et d’Ariane Mnouchkine. On y retrouvait le « grand » et le « petit », « l’exigeant » et le « populaire » dans une muliplidisciplinarité heureuse, allant du concert de jazz au spectacle de cirque. Rencontrer les autres au-delà des frontières, c’est ce qu’il fit en créant le réseau « transeuropehalles » et en étant associé dès les premières réunions à l’IETM (International European Theater Meeting).

Enfin, il a osé relever le défi du Théâtre des Doms à Avignon. Peu de professionnels croyaient à la réussite de cette entreprise atypique—vitrine officielle de la Belgique Francophone et liberté de programmation pour choisir d’un œil sûr et d’un goût affirmé des créations et des artistes qui ont pu connaître après leur passage dans ce lieu assez « confiné » des tournées mémorables en France et ailleurs.
Ce lieu était à la mesure de la démarche conviviale et bienveillante de Philippe.

Sa chaleur humaine et son sourire vont nous manquer .

Un hommage de Bernard Debroux.

Un héritage sans testament, « Maitres anciens » au Théâtre de la Bastille.

Jean-Marie Hordé, l’inlassable éclaireur du théâtre en France a eu la très bonne idée de reprendre le spectacle Maîtres anciens dans son Théâtre de la Bastille.

Thomas Bernhard n’a eu de cesse dans ses romans et son théâtre de régler ses comptes avec la société autrichienne, son passé nazi, l’empreinte du catholicisme, sa culture petite bourgeoise.

Curieusement, ce sont souvent ses textes non dramatiques portés à la scène qui permettent d’aborder l’univers de l’auteur dans toute sa complexité. Ce fut le cas il y a trente ans déjà dans l’adaptation que Michèle Fabien avait réalisée de Oui dont la mise en scène de Marc Liebens et l’interprétation de Patrick Descamps avaient connus une carrière mémorable.

Aujourd’hui ce sont Nicolas Bouchaud et Eric Didry qui se sont attaqués au roman  Les maîtres anciens  pour en donner une représentation remarquable à tout point de vue…

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Je désire donc je suis

Le spectacle Celle que vous croyez (de Camille Laurens, adaptation de Jessica Gazon), présenté au Théâtre du Rideau à Bruxelles du 14/01 au 01/02/20.

Le virtuel a profondément changé notre rapport au monde . Pour le pire et le meilleur. Les fake news  ont précipité le brexit anglais et assuré l’élection de Donald Trump. Les réseaux sociaux ont aussi permis comme une traînée de poudre l’émergence et la belle solidarité des printemps arabes.

Dans le domaine de l’intime, on peut se dire je t’aime d’un bout à l’autre de la planète comme on peut poster sur internet des images pornographiques qui détruisent une vie et poussent au suicide.

La question du vrai et du faux qui hante depuis la nuit des temps la conscience des femmes et des hommes  en philosophie, en politique comme dans les rapports familiaux et amoureux est aussi au coeur de la création artistique. Je suis en mensonge qui dit toujours la vérité comme l’ écrivait Cocteau.

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Strange fruit / La p. respectueuse et irrespectueuse

m-e-s de Philippe Sireuil / Théâtre des Martyrs du 28 janvier au 15 février 2020

On sait l’importance que Philippe Sireuil accorde à mettre en scène les grands textes du répertoire (Shakespeare, Racine, Molière, Marivaux Tchekhov, Strindberg…) et à défendre les auteurs contemporains (Duras, Koltès, Lagarce, Myniana, Harrower, Louvet…) sans oublier le long compagnonnage qui le lie à Jean-Marie Piemme.

Comme il le rappelle régulièrement, à la différence de nombreux metteurs en scène aujourd’hui qui s’attachent à conjuguer théâtre et réalité au travers d’enquêtes, de témoignages, d’interviews, il se positionne pour un théâtre qui au travers de la fiction, du récit n’a de cesse d’interroger le réel dans sa complexité et ses contradictions.

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Oh les beaux jours

Samuel Beckett – Michael Delaunoy

Même sans l’avoir vue en scène, pour beaucoup d’entre nous, Oh les beaux jours a marqué l’imaginaire collectif du théâtre par l’image de Madeleine Renaud souriante tenant son ombrelle, enfouie jusqu’à la taille dans un tas de sable.

Aujourd’hui, grâce à la mise en scène de Michael Delaunoy, c’est la performance d’Anne Claire dans la célèbre pièce de Samuel Beckett qui sera gravée dans nos mémoires. Continuer la lecture « Oh les beaux jours »

La gioia – La joie

de Pippo Delbono

Dans son dernier spectacle, La joie, Pippo Delbono poursuit l’aventure de sa troupe à l’allure fellinienne, hommes et femmes, fracassés de la vie mais qui ont décidé de l’affronter avec une dignité déchirante. Continuer la lecture « La gioia – La joie »

Nos Trois soeurs d’aujourd’hui

au théâtre des Martyrs

Ouvrir sa saison théâtrale à Bruxelles par un texte contemporain en ces temps de frilosité du public pour la découverte est un acte courageux.
C’est la voie que Philippe Sireuil a choisie en nous proposant de découvrir Villa Dolorosa de Rebekka Kricheldorf , mise en scène par Georges Lini.
Depuis plusieurs années le metteur en scène et sa compagnie « Belle de nuit » travaillent sur l’interaction entre le contemporain et le classique : c’est tout naturellement qu’il s’est emparé de l’adaptation et la réécriture que l’auteure de théâtre allemande Rebekka Kricheldorff a réalisée à partir des Trois Sœurs. Continuer la lecture « Nos Trois soeurs d’aujourd’hui »

Les voies sauvages

au Rideau de Bruxelles

La réouverture d’un théâtre est toujours un moment d’émotion… et d’espoir! Le Rideau qui a à Bruxelles une longue histoire et des années d’errance a fait peau neuve dans ce quartier particulier d’Ixelles à la croisée des cultures urbaines métissées.
Grâce à la ténacité de Michaël Delaunay et de son équipe, ce lieu destiné principalement à la découverte de nouvelles écritures va pouvoir poursuivre une aventure longue de 75 années !

Une heureuse reprise a ouvert cette saison 2019/2020.

Ecrit et mise scène par Régis Duqué sur base de conversations avec Dominique de Staercke et interprété par Cédric Juliens, Les voies sauvages est une belle leçon de vie et de théâtre.
On sent que le texte est écrit à partir d’un dialogue au plus près du réel exaltant que procure les courses en montagne et en même temps on est au théâtre grâce à l’étrange fusion réussie de trois « personnages » : celui qui raconte son expérience, celui qui la transcrit et la réécrit et celui qui l’interprète. Continuer la lecture « Les voies sauvages »

La mémoire des arbres au théâtre National, Bruxelles

Fasciné par les villes fantômes (celles de la fameuse route 66 pour le premier volet de Ghost Road en 2012, puis celle de Chacabuco dans le désert d’Atacama pour children of Nowhere,en 2015), Fabrice Murgia poursuit son trajet d’artiste/voyageur pour nous faire découvrir Oziorsk en Russie, près du complexe nucléaire de Maïak qui en 1957 a vécu la troisième plus importante catastrophe nucléaire au monde. Il en a tiré un monologue puissant inspiré par la rencontre d’un habitant qui vit dans cette ville secrète où vivent toujours des milliers de personnes. Continuer la lecture « La mémoire des arbres au théâtre National, Bruxelles »

Crâne d’après Patrick Declerck

Mise en scène d’Antoine Laubin.

Quand j’aurai du vent dans mon crâne
Quand j’aurai du vert sur mes osses
P’têt qu’on croira que je ricane
mais ça s’ra une impression fosse

Boris Vian

S’emparant une fois encore de l’oeuvre de Patrick Declerck dont il avait adapté avec brio « Démons me turlupinant », Antoine Laubin s’affronte dans « Crâne » au récit autobiographique dans lequel l’auteur et psychanalyste raconte l’opération qu’il a subi pour extraire la tumeur au cerveau qui le menaçait depuis plusieurs années.
Pour un écrivain, et pour nous tous, humains, le bien auquel nous sommes le plus attaché est sans doute la conscience de la vie et son expression, le langage, qui nous permet de communiquer, d’exprimer notre pensée et nos émotions.

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