Sunday – Pierre Droulers, un homme qui danse

À propos du livre « Sunday. Pierre Droulers, Chorégraphie », récemment paru.

J’ai tendu des cordes de clocher à clocher;

des guirlandes de fenêtre à fenêtre;

des chaînes d’or d’étoile à étoile,

et je danse.

Arthur Rimbaud, Illuminations

Voici un livre poème, un livre-danse, un livre-art, un livre-vie ;
qui raconte l’histoire d’un homme et l’Histoire d’une époque vécue les yeux grands ouverts,
construit et mis en scène comme un spectacle, une chorégraphie, une performance, un travail de peintre ;
où tout ce qui est écrit (textes) et présenté (images), l’est  au plus près du réel, sans travestissement,
puisé dans un amoncellement de traces, récits, photographies, carnets,
exposés sur 24 tables un jour de 2017 dans les espaces de La Raffinerie à Bruxelles. Continuer la lecture « Sunday – Pierre Droulers, un homme qui danse »

Une Marie-Madeleine incandescente

À propos de «Marie-Madeleine ou le salut» au Poème 2 (Bruxelles)

«Marie-Madeleine ou le salut» de Marguerite Yourcenar, présenté par le Poème 2 à Bruxelles, m’ a renvoyé, dès son entame, à la qualité d’ une esthétique du théâtre défendue par  des metteurs en scène comme Antoine Vitez ou Marc Liebens : un théâtre de la pensée qui cherche à s’incarner dans les corps des actrices et des acteurs, où on traque les « effets » pour mieux les chasser, où tous les gestes sont maîtrisés car porteurs de significations, où rien de gratuit ne doit venir grossir le trait.

Le spectacle mis en scène par Monique Lenoble (1) s’inscrit dans cette tradition : un spectacle où scintillent la beauté des mots, l’élégance de la langue et l’intelligence de la pensée.   Continuer la lecture « Une Marie-Madeleine incandescente »

Un éblouissement

À propos de « Mitten wir im leben sind Bach6Cellosuiten » par Anne Teresa De Keersmaeker et Jean-Guihen Queyras.

 

Les six suites pour violoncelle de Bach sont sans doute un des sommets de l’œuvre de Jean-Sébastien Bach comme de la musique occidentale. Dans leur dénuement, leur minimalisme, leur simplicité et en même temps leurs complexité architecturale, et la profonde humanité qu’elles dégagent, elles ne  devaient pas manquer d’intéresser un jour Anne Teresa De Keersmaeker, familière de l’oeuvre du compositeur (c’est la quatrième fois qu’elle s’y confronte). Continuer la lecture « Un éblouissement »

L’éclaireur élégant

Hommage à Jo Dekmine

J’ai longtemps pratiqué le métier de programmateur artistique que Jo Dekmine portait à son degré d’excellence.

Lorsque je devais définir cette occupation en répondant à des gens qui me demandaient, sans rire, « vous faites ça à temps plein ? », j’aimais dire qu’il s’agissait d’une passation de passion, une expression que Jo ne reniait pas.

Durant sa longue vie de programmateur, il a eu l’art de proposer des spectacles qui conjuguent l’originalité d’une démarche artistique et la résonance avec cette étrange époque qui est la nôtre où la création peut à la fois bousculer et émouvoir. Continuer la lecture « L’éclaireur élégant »

La beauté d’Antigone entre Orient et Occident

Bernard Debroux a vu le spectacle d’ouverture du 71e Festival d’Avignon.

La cour d’honneur du Palais des Papes au festival d’Avignon n’aura jamais fini de nous révéler ses mystères et ses potentialités artistiques.

À chaque fois, en y pénétrant, on est saisi d’une émotion différente.

Cette fois, en 2017, le metteur en scène Satoshi Miyagi a choisi de couvrir la vaste cour d’honneur d’une eau sombre. Cette eau, c’est l’Achéron, qui sera l’élément central de sa mise en scène d’Antigone. Frontière entre notre monde et l’au-delà, c’est cet élément liquide qui saisit le spectateur ; des acteurs, tout de blanc vêtus s’y meuvent tout en douceur, en faisant résonner à l’aide de leurs doigts qui glissent sur le pourtour de petites bougies de verre, un son qui se déploie imperceptiblement et qui annonce un étirement du temps qui sera au coeur de la représentation. Continuer la lecture « La beauté d’Antigone entre Orient et Occident »

Nicht schlafen, ne pas dormir

Bernard Debroux a vu la nouvelle création des Ballets C de la B, « nicht schlafen », mise en scène par Alain Platel.

Au moment où je partageais la représentation de Nicht Schlafen au KVS (Bruxelles), dernier spectacle d’Alain Platel, l’Angleterre était à nouveau le théâtre d’un acte de violence effroyable sur le « London bridge ».

Concomitance de la violence représentée et de la violence réelle. Continuer la lecture « Nicht schlafen, ne pas dormir »

Lire ou relire les « Lettres à un jeune poète »

Bernard Debroux, fondateur d’Alternatives théâtrales, a relu Rainer Maria Rilke.

Il n’est qu’une seule voie. Entrez en vous-même…  Rilke
Entre 1903 et 1908 , Reiner Maria Rilke écrivit dix lettres¹ en réponse à Franz Kappas qui lui demandait de réagir à ces premiers poèmes.

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