Carnet d’Aix #4: La flûte enchantée – Simon McBurney

La fusion parfaite entre musique et théâtre

La flûte enchantée, mise en scène Simon Mc Burney. Photo Pascal Victor/ArtComArt.

samedi 14 juillet 2018

Pas de festival d’Aix sans un opéra de Mozart… Bernard Foccroulle a eu la bonne idée de réinviter la troupe qui avait créé cette magnifique version lors du festival 2014.
Simon McBurney monte cet opéra comme une pièce de théâtre. Tout au long de la représentation, on a l’impression d’assister à une pièce de Shakespeare.
Comme le relève le metteur en scène, bien des personnages de l’oeuvre sont proches de La Tempête (que Mozart aurait eu l’intention d’adapter en opéra) et l’intrigue qui mêle éléments réalistes et symboliques, approche concrète, triviale et envolées magiques et féériques sont bien dans la veine du maître de Stratford…
Ce qui fait l’engouement toujours renouvelé de La flûte enchantée dont les airs célèbres sont devenus de véritables «standards», même pour un public qui n’est pas féru d’opéra, comme ceux de Papageno ou de La Reine de la nuit, c’est qu’elle révèle des possibilités inépuisables d’invention scéniques.
La réussite de la version de McBurney réside à la fois dans la simplicité et l’humilité de son approche qui permet toutefois d’ouvrir des portes pour aborder les «strates» multiples qui font le mystère de l’oeuvre.
De chaque côté de la scène deux « régisseurs », une femme côté cour, Ruth Sullivan, un homme côté jardin, Robin Beer. L’une, illustratrice sonore maniant à vue les techniques anciennes du théâtre, l’autre, illustrateur vidéo et dessinateur, vont nous accompagner tout au long de la représentation et nous proposer une succession de signes visuels et sonores, célébrations « brechtiennes » du plaisir du théâtre.
La mise en scène de McBurney est en tout point exemplaire dans sa réussite de la fusion entre musique et théâtre. Il a fait hausser la fosse d’orchestre (qui n’en n’est plus une) au maximum pour placer les musiciens presque à hauteur du plateau. Avant le début de la représentation, certains sont d’ailleurs en scène et rejoignent progressivement leurs collègues au sein de l’orchestre. La flûtiste Giorgia Browne et le joueur de Glockenspiel, Arnaud de Pasquale, seront d’ailleurs sollicités pour y revenir au cours de la représentation. C’est Raphaël Pichon qui dirige avec bonheur le choeur et l’orchestre de l’ensemble Pygmalion.
La succession d’épreuves que doivent passer les personnages de la fable font référence aux apprentissages «maçonniques»  imposées au postulant qui demande à être «initié». De manière plus universelle, elles nous renvoient aux épreuves traversées dans nos vies de femmes et d’hommes pour peut-être accéder à une certaine félicité…

Il faudrait citer tous les chanteurs qui ont recueilli une ovation qui ne trompe pas à l’issue du spectacle. Pour les rôles principaux, Dimitry Ivashechenko en Sarastro d’une grandeur majestueuse, Stanislas de Barbeyrac en Tamino d’une jeunesse fougueuse et généreuse, Kathryn Lewek, saisissante en reine de la nuit version sorcière en chaise roulante (!), Mari Eriksmoen, belle et touchante Pamina dans sa candeur amoureuse et l’inoubliable Thomas Oliemans en Papageno qui apporte au personnage un humour contagieux et toute une palette d’émotions poétiques et de sentiments profondément humains.

Car c’est finalement la profonde humanité que l’ensemble des protagonistes font ressortir de cette grande oeuvre. On en ressort bouleversé et heureux avec dans la tête on ne sait trop pourquoi ces vers de Verlaine :
« De la musique avant toute chose
et pour cela préfère l’impair
Plus vague et soluble dans l’air
sans rien en lui qui pèse ou qui pose »

Die Zauberflöte, Amadeus Mozart, livret d’Emmanuel Schikaneder, direction musicale Raphael Pichon, mise en scène Simon McBurney, décors Michael Levine, costumes Nicky Gillibrand, lumière Jean Kalman, Vidéo Finn Ross, Son Gareth Fry, Drei Knaben Knabenchor der Chorakademie Dortmund, Chœur English Voices, Orchestre Freiburger Barockorchester, Festival d'Aix en Provence, du 6 au 24 juillet 2018 au Grand Théâtre de Provence.
Avec : Stanislas de Barbeyrac (Tamino), Mari Eriksmoen (Pamina), Olga Pudova (Die Konigin der Nacht), Thomas Oliemans (Papageno), Regula Mühlemann (Papagena), Christof Fischesser (Sarastro), Andreas Conrad (Monostatos), les Dames Ana-Maria Labin, Silvia de La Muela, Claudia Huckle.
(Reprise de la production du festival d’Aix-en-Provence 2014.)

Jusqu'au 24 juillet à 19h30 au Festival international d'Art lyrique d'Aix-en-Provence.
Bernard Debroux

Auteur : Bernard Debroux

Fondateur et membre du comité de rédaction d'Alternatives théâtrales (directeur de publication de 1979 à 2015).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *