Journal d’une dé-génération

Depuis le 17 mars dernier, Stéphane Arcas (plasticien, auteur et metteur en scène) reprend son spectacle « Bleu Bleu » au Théâtre Varia (Bruxelles) et le déclinera bientôt sous forme d’exposition au Printemps de Septembre (Toulouse).
Journal de création, 20 ans après le début de l’écriture du texte. Épisode 4/4.

Photo © Stéphane Arcas.
Photo © Stéphane Arcas.

Ce soir c’est la dernière représentation de Bleu Bleu de cette reprise au Théâtre Varia.

En toile de fond pendant la première semaine de la reprise, il y a eu la fusillade à Forest puis l’arrestation de Salah Abdeslam.

On a même plaisanté et fait une photo comique de Michel Cloup, le musicien du spectacle, le jour de la sortie des deux pages qui lui étaient consacrées dans Libération.

Puis cette dernière semaine a commencé dans le chaos des attentats de l’aéroport de Zaventem et de la station de métro Maelbeek ce 22 Mars.

Nous avons malgré tout décidé de jouer Bleu Bleu devant une salle, qu’on aurait crue vide, mais qui s’est remplie de courageux qui ont traversé ce Bruxelles paralysé. Le texte prenait une dimension étrange, les énergies étaient étranges et je ne crois pas que c’était mon spectacle… Pas vraiment. Trop d’émotions parasites sur le plateau, dans le public et en moi pour que ce soit Bleu Bleu

C’était un objet qui ne m’appartenait pas.

Mais c’est en gros ce même spectacle qui se jouait dans les autres salles ce soir-là à Bruxelles et partout en Belgique, ce spectacle qui m’a écorché mais que je suis malgré tout heureux d’avoir joué.

Mais je ne vais pas dire qu’il s’agit-là d’une nouvelle génération du projet parce que je refuse de traverser et d’être pénétré par ces énergies.

Parce que Bleu Bleu ces derniers mois, ça a été une reprise au Varia, un exercice pédagogique avec les élèves du Cours Florent de Bruxelles et un workshop avec les étudiants de l’Erg.

Bientôt, il y aura une exposition à Toulouse, cette exposition « de la fiction », dont les personnages parlent mais qu’on ne voit jamais.

Ce sera à Lieu Commun Artist Run Space pendant le Printemps de Septembre à Toulouse. Et cette expo, nous allons y travailler avec les élèves de l’ISDAT (Toulouse) et de l’EBABX (Bordeaux).

160315 BXL208 ©mm

Et puis hier Delphine Noels m’a envoyé ce message :

« Suis tombée sur ça. M’a fait pensé à toi.

Ao – 青 En japonais, « bleu ».
Certains d’entre vous le savent, « ao » désigne la couleur bleue.
Ainsi, on parle par exemple de « aozora » pour dire « le ciel bleu ».
Mais à y réfléchir un peu plus profondément, on peut découvrir une drôle d’équivalence entre le Japon et la France.
En effet, en français, on parle de quelqu’un qui est un peu jeune, (dans le sens neuf, nouveau et pas encore tout à fait au point) en utilisant les termes de « bleu » ou de « bleusaille ».
Et en japonais, l’idéogramme 青 qui signifie donc bleu est aussi utilisé pour désigner quelqu’un qui est encore « jeune » dans une activité. « Kare wa mada sukoshi aoi desu ne »: « il est encore un peu bleu (jeune) »…
Et de façon plus générale, il existe le mot 青春, qui se lit « seishun ». Littéralement, ces deux idéogrammes signifient « le printemps bleu ». En réalité, ce mot désigne la jeunesse, ou plus spécifiquement l’adolescence. Les amateurs de manga savent que ceux qui ont pour cible les ados sont appelés « seinen » (青年). Le bleu est donc la couleur de ce qui est (encore) jeune. »

Il y a eu aussi cette belle interview menée par Sylvia Botella qui commence par cette citation « Lorsque la situation devient désespérée, si on ferme les yeux, qu’on envisage l’affaire autrement, on s’aperçoit qu’elle prête à rire ».»

Et c’est vrai dans Bleu Bleu même si on parle d’un passé disparu, on parle surtout de jeunesse et de fureur de vivre !

Dans les années 90, en France, on a vu apparaître le mot « Vigipirate ».

Et c’est à ce moment là qu’ils ont commencé à parler de couleurs genre « Alerte orange » et moi, inconsciemment, j’avais commencé à me dire « Bleu Bleu ».

IMG_0577

Alors tu peux y aller mon gars, que tu sois de ceux qui veulent nous bomber ou de ceux qui essayent de nous enfermer chez nous « pour notre sécurité », je te le dis, tu n’y arriveras pas.

Parce que… Je mise donc tout sur cet espoir immense que par la résistance politique, la création et le travail au sens large nous continuerons de vivre en restant aux limites de la raison. Là où elles restent encore amusantes la raison et la vie. Et enfin un jour… Une vague immense de peinture d’un bleu entre prusse et typhon viendra recouvrir le monde. La terre changera de forme et nous nous inclurons dans la matière. Atteints par ce sentiment océanique nous ne mourrons jamais car nous l’aurons décidé, de ne pas mourir. Nous serons pire que fous. Nous serons pire que Dieu. Nous serons la matière. Nous vivrons dans un monde où personne ne dit « on » mais toujours « nous ».

Bleu Bleu, de Stéphane Arcas
à voir du 17 au 25 mars au Théâtre Varia (Bruxelles)
Avec Renaud Cagna, Cécile Chèvre, Ugo Dehaes, Chloé De Grom, Julien Jaillot, Nicolas Luçon, Guylène Olivares, Philippe Sangdor, Candy Saulnier, Claude Schmitz, Arnaud Timmermans 
Musique live Michel Cloup 
Scénographie Marie Szersnovicz 
Lumières Margareta Andersen 
Création sonore Aymeric De Tapol
Chargé de production Arnaud Timmermans
Un spectacle de Ad Hominem/Black Flag, avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, service du Théâtre et de Wallonie-Bruxelles Théâtre / Danse.
Bleu Bleu a été créé le 14 janvier 2014 au Théâtre Océan Nord à Bruxelles. Il a été sélectionné dans l’édition 2015 du Festival Impatience à Paris, un festival programmé en commun par Télérama et le Théâtre du Rond-Point, le Théâtre National de la Colline et le 104.
Retrouvez les épisodes précédents du Journal de création de Bleu Bleu : 
- épisode 1 par Stéphane Arcas
- épisode 2 par Stéphane Arcas
- épisode 3 par Manuel Pomar
www.stephanearcas.com

 

Stephane Arcas

Auteur : Stephane Arcas

ARTISTE PROTÉIFORME, TOULOUSAIN ET BRUXELLOIS, STÉPHANE ARCAS SE REVENDIQUE COMME "ICONOCLASTE MULTIMÉDIA". PLASTICIEN, VIDÉASTE, SCÉNOGRAPHE, COMÉDIEN, METTEUR EN SCÈNE ET ÉCRIVAIN, SON TRAVAIL MÊLE L’ART CLASSIQUE À LA CULTURE PUNK.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *