Malgré les mesures et la loi, comme un sentiment d’Handiscrimination. Le milieu théâtral en question.

Avoir un travail rémunéré, être respecté pour sa personne, ses diplômes ou son parcours… Voilà une forme de normalité. Mais dans le domaine du théâtre, ce n’est pas toujours le cas, en particulier quand le handicap entre en jeu.

Pippo Delbono et Bobo dans "Grido". Photo DR.

Ostracisme, diffamation, abus de faiblesse, discrimination… Quelque chose ne tourne pas rond au Royaume du Théâtre et il est temps de le faire savoir. Haccusons…

De la Théorie à la Réalité

L’accessibilité totale au Théâtre passe par un théâtre pour tous, un constat logique. La Création est un acte tourné vers l’autre, la volonté de Fraternité est le cœur du dépassement de l’œuvre égoïste réservée à certains. L’acte créatif se doit de porter des valeurs humanistes indissociables de la Recherche de la Vérité, socle commun et quasi-fondateur de la Philosophie, de l’Art et des Grandes Pensées et d’accepter la différence.

Soit !

Dans les faits, ce n’est pas le cas ou alors en de rares occasions.

La plupart des personnes handicapées n’ont pas accès à des emplois à responsabilité dans le milieu théâtral ou à un rôle même quand ils ont les diplômes, l’expérience et la formation demandée. Le plus surprenant étant que la plupart du temps, les Curricula Vitae de ces personnes ne parviennent même pas aux responsables.

Pire encore, certaines structures, mairies ou associations emploient des personnes handicapées sans les rémunérer ni même leur proposer un statut légal.

Est-il nécessaire d’évoquer la notion de priorité à l’embauche, découlant de la Reconnaissance de la Qualité de Travail Handicapé ? Des personnes handicapées sont discriminées au sein de la grande famille du Théâtre. Et cette « priorité » n’est qu’un mot. Dans les faits, nombreuses sont les structures proposant des cours de théâtre à des personnes handicapées mais, sur les grandes scènes, rares sont les artistes professionnels handicapés. Il y a certes quelques cas, heureusement, mais il y a environ dix millions de personnes en situation de handicap en France, soit une personne sur sept, et cela ne se reflète absolument pas sur la scène. La Loi du 11 février 2005 s’applique à tout le monde alors pourquoi les personnes handicapées semblent-elles exclues de l’espace scénique ?

Il serait temps de parler d’handiscrimination au sein du théâtre français.

A cela, ajoutons l’impossibilité d’accéder à certains lieux, du traitement choquant réservé aux personnes handicapées au sein de certains théâtres par exemple (obligation de se faire connaître par téléphone deux jours à l’avance, installation loin du reste du public, il semblerait même que la moquerie vis à vis du handicap soit devenue une habitude dans certains lieux artistiques…). Est-ce qu’une personne handicapée peut prétendre à l’égalité ? Cette question se pose encore et nous sommes en 2017.

Une personne handicapée peut avoir des responsabilités, peut diriger, peut jouer et peut créer. Une personne handicapée peut… et elle le doit, malgré les obstacles.

Et quand on lui donne l’occasion, elle le fait.

Des exemples à suivre et d’autres non

L’exemple des créations de Pippo Delbono, grand homme de théâtre italien et figure majeure du théâtre contemporain, est frappant. Dans son long-métrage documentaire nommé Grido, il évoque sa rencontre et son chemin artistique avec Bobo, microcéphale, sourd et muet. Pippo Delbono l’a fait sortir de l’hôpital psychiatrique en 1996. Bobo y avait passé 44 ans. Ainsi à 60 ans, sa vie théâtrale commença et depuis les spectacles de Pippo sont illuminés par Bobo, centre d’un théâtre de l’humanité où il peut tout jouer, sans parler, avec le corps comme langage universel.

Autre exemple en France, Madeleine Louarn, directrice du Théâtre de l’Entresort, met en scène des comédiens handicapés tous issus de l’Atelier Catalyse à Morlaix. C’est un choix pour elle de les mettre en scène, choix judicieux car cela lui permet d’explorer les frontières de la mise en jeu et de s’appuyer sur des comédiens possédant une véritable intuition quasi-poétique de jeu. L’atelier Catalyse est un ESAT (Établissement et Service d’Aide par le Travail). Les comédiens handicapés y travaillent chaque jour et sont rémunérés. Madeleine Louarn montre le chemin de la professionnalisation des comédiens handicapés.

Mais la plupart du temps, si des handicapés se retrouvent sur scène, l’argent va à la structure qui propose le spectacle. La tentation est grande de citer des noms, malheureusement la liste serait trop longue.

Laura Hurt en création avec des comédiens. crédit Laura Hurt.
Laura Hurt en création avec des comédiens. crédit Laura Hurt.
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