Les tics du théâtre

Note à propos de « La Mouette » de Tchekhov dans la mise en scène de Thomas Ostermeier.

LA MOUETTE Mise en scène Thomas Ostermeier. Photo © Arno Declair.

Il y a  une part d’auto-critique conçue comme un exutoire dans l’hilarant passage de La Mouette dans la mise en scène de Thomas Ostermeier où Matthieu Sampeur, puissant interprète du jeune dramaturge Treplev, énumère les tics et habitudes du théâtre d’aujourd’hui. Il le dit dans un micro, ce qui est aussi une façon assumée et drôle de dénoncer un tic et une habitude du théâtre d’aujourd’hui. Ce passage, qui n’est pas sans rappeler le texte de Roland Barthes La Maladie du costume de théâtre, nous fait prendre conscience que le théâtre peut à tout instant plonger dans les travers qu’il dénonce : « remonter les vieux classiques » « mettre les acteurs en slip » abuser des scénographies « éclairées au néon… »… Ce qui est significatif chez Ostermeier, c’est d’une part la capacité des acteurs à être à la fois dans une engageante vélocité et le détachement, mais aussi, leur propension à montrer que cette modernité s’use à une vitesse éclaire comme le drame intime qui traverse la vie des personnages de Tchekhov. Au théâtre comme au cinéma les effets spéciaux fascinent d’abord et deviennent très vite dépassés ou, au service du même effet, condamnant le sens aux stigmates de l’innovation. Dans d’autres spectacles, et souvent à l’opéra, on pourrait y ajouter les caméras in situ qui filment in situ un chanteur  nous laissant entrevoir que l’intégralité de sa dentition est en parfait état, l’éclairage subit du public au risque de l’éblouissement ou de la cécité temporaire imposée à tous… Ariane Mnouchkine n’hésite pas à rappeler à ses acteurs avant qu’ils entrent en scène «  n’oubliez pas qu’il y a des spectateurs qui viennent ici pour la première et peut-être pour la dernière fois ».

Sommes-nous les seuls à rire devant cette auto-dérision, sommes-nous les seuls à nous reconnaitre dans une sémantique théâtrale qui se fait écho ou tous les spectateurs ont-ils les moyens de percevoir les signes déjà fatigués de la modernité. J’opterai pour la deuxième hypothèse. La scène reste une mise à l’épreuve visible de ses travers comme de ses qualités, le plateau de théâtre mettant à jour indépendamment de ses innovations l’aveu de ce qui  a déjà été éprouvé.

À propos du même spectacle, retrouvez la critique de Georges Banu.

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