À la confluence de la science, de l’art et du théâtre

Christian Jade s’entretient avec Isabelle Dumont au sujet de ses « Cabinets de curiosités ». 

Le Théâtre La Balsamine a offert récemment (du 13 au 29 octobre) à Isabelle Dumont un espace pour  un « focus curiosus ». Elle a pu y déployer deux « cabinets de curiosités » récents consacrés au règne animal (Animalia) et végétal (Hortus minor). Et un nouveau, dédié aux minéraux (Mineralia). Une aventure commencée, en 2006, au hasard d’une commande du KFDA (Kunstenfestivaldesarts), par un « petit salon baroque ». Et qui s’est poursuivie par une demande du musée de zoologie de l’Université Libre de Bruxelles, puis par la volonté d’Isabelle d’aller jusqu’au bout de sa logique d’exploration de l’univers (outre la diffusion occasionnelle, par un théâtre ou un festival, Isabelle diffuse ses «cabinets» dans des appartements privés, pour publics de 20 à 30 personnes). Continuer la lecture « À la confluence de la science, de l’art et du théâtre »

Éloge de la marge, recherche du rythme scénique

Selma Alaoui adapte Apocalypse Bébé de Virginie Despentes. Entretien réalisé par Christian Jade.

Selma Alaoui, une des têtes chercheuses de la scène belge francophone, poursuit de front l’exploration d’un monde marginal, où les familles explosent, et la quête de formes nouvelles pour accompagner et traduire ces désarrois. Même quand il lui arrive, à ses débuts (2007), de mettre en scène une œuvre « théâtrale », comme Anticlimax de Werner Schwab, sa forme « classique » est déjà menacée et la famille en état de décomposition. Comme si elle menait de front un même combat : explorer une famille et un monde dé-composés et reconstruire le théâtre comme un chantier ouvert, festif et mélancolique à la fois, avec les matériaux les plus variés. Dans I would prefer not to (2011) elle convoquait Bartleby d’Herman Melville et La Mère de Witkiewicz en un savant «collage» qui attaquait et la société et la cellule familiale. Dans L’Amour la guerre (2013), l’ombre de Shakespeare, patron de la relation familiale tordue et des rapports de force sanglants, planait pour décrire un père futile et une fille mélancolique.  Continuer la lecture « Éloge de la marge, recherche du rythme scénique »

À propos de « Chaque jour un peu plus »

Entretien avec Mahin Sadri et Afsaneh Mâhian, réalisé par Sylvie Martin-Lahmani (traduction : Maryam Karroubi)

Dans l’espace confiné d’une cuisine, trois femmes font le récit de leurs vies. Mahraz est veuve de guerre d’un héros national, Shola, la maîtresse (jugée indigne) d’un footballeur connu. Leyla, pourtant élevée dans la tradition, s’est affranchie en découvrant l’alpinisme. En s’intéressant aux parcours intimes de ces trois femmes iraniennes – qui ont vraiment existé – l’auteure Mahin SADRI et la metteuse en scène Afsaneh MÂHIAN balaient environ trente ans d’Histoire persane (1981-2013). Quoiqu’absents du plateau, les hommes, dont ces femmes parlent tant, semblent omniprésents.

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Autrices, compositrices, metteuses en scène, cheffes d’orchestres, où en sont-elles dans la création?

D’après un entretien avec Émilie Delorme réalisé par Leyli Daryoush

Directrice de l’Académie du Festival d’Aix-en-Provence depuis 2009, Émilie Delorme joue un rôle essentiel dans le cadre de la création lyrique contemporaine. Créé en 1998 par Stéphane Lissner, les activités de l’Académie, workshops (ateliers) et concerts, se déroulent en parallèle aux productions lyriques du Festival. Continuer la lecture « Autrices, compositrices, metteuses en scène, cheffes d’orchestres, où en sont-elles dans la création? »

Du théâtre dans une Grèce en crise

Nancy Delhalle invite Athéna Stourna.

Peut-être nous habituons-nous à vivre « dans la crise », peut-être en entendons-nous parler jour après jour, peut-être nous désolons-nous de ses effets, peut-être nous en consolons-nous, peut-être la crise s’est-elle installée au cœur de notre quotidien, peut-être est-elle devenue « normale », peut-être attendons-nous qu’elle passe, peut-être cherchons-nous des thérapies…  Mal ? Accident ? Ou alors, un mode de gestion : « la gestion par la crise comme levier de changement » ? Un témoignage de Grèce, par Athéna Stourna, vient nourrir la question.

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Les confins au centre du monde – Entretien avec Maria Casarès

En 1990, Serge Saada s’entretenait avec Maria Casarès. Dans le cadre du numéro consacré à l’oeuvre de Bernard-Marie Koltès, l’actrice revenait sur son personnage de Cécile dans « Quai Ouest » et sur l’écriture du dramaturge disparu neuf mois plus tôt. Entretien publié dans le numéro 35-36 d’Alternatives théâtrales.

Mon premier choc a été Casarès dans Médée. C’est ça qui m’a fait écrire. Elle m’a inspiré des rôles. Elle a joué dans Quai Ouest et je m’en mords les doigts, parce que, pour quelqu’un comme elle, il faut écrire un grand rôle sur mesure, une pièce où elle est pratiquement seule. Je vais écrire une pièce pour Casarès, quelque chose que je prendrai dans le livre de Job.

Bernard-Marie Koltès

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« Nous ne sommes plus le Teatro Valle Occupato. Qui sommes-nous ? »

Rencontre avec Fausto Paravidino, auteur, acteur et metteur en scène de « La Boucherie de Job », spectacle en tournée, créé pendant l’occupation du Teatro Valle (du 14 juin 2011 au 10 août 2014), théâtre historique de Rome. Entretien réalisé le 19 janvier 2016 à Paris.

Comment l’occupation du Teatro Valle a-t-elle commencé ?

Le théâtre était fermé depuis trois mois. L’ETI (Ente Teatrale Italiano) dont il dépendait n’existant plus, il est devenu propriété de l’État, avec l’option d’être repris par la mairie de Rome. L’occupation devait durer juste trois jours, en signe de protestation contre l’état d’abandon de la culture en Italie, pour réagir à l’absence de mobilisation à la fin de l’ETI et pour éviter la privatisation du théâtre. Comme nous n’avions pas de réponse concrète sur son devenir, nous y sommes restés et avons continué les débats avec de plus en plus de monde impliqué. Cela se passait juste après le non au référendum de 2011 sur la privatisation de l’eau. Il y avait un mouvement très important autour de la notion de biens communs, ces biens qui appartiennent à la nature, qui ne sont ni privés ni publics, comme l’air, l’eau… la culture peut-être.

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