There are alternatives ! (lancement du n°128)

Jeudi 14 avril à La Bellone (Bruxelles) nous avons présenté le numéro 128 de notre revue : « There are alternatives ! »

Notre revue, créée en 1979, s’appelle Alternatives théâtrales. Lancée durant les années Thatcher, son appellation peut se lire comme une réponse au célèbre « TINA » (There is no alternative), axiome économique qui s’est malheureusement imposé depuis.
En 2016, qu’en est-il du théâtre – et plus généralement des arts de la scène – comme « lieu de l’alternative » ?

À l’heure où la revue change de direction et de format, ce numéro se veut une exploration des pratiques artistiques qui cherchent à affirmer que des alternatives à la sinistrose ambiante existent. Il donne la parole à des artistes soucieux de faire le pari de l’intelligence collective et de proposer des espaces généreux de création, d’échanges et de réflexion.

Présentation du n°128 à La Bellone, 14 avril 2016.
Présentation du n°128 à La Bellone, 14 avril 2016.

Dans ce numéro

Mateo Alaluf, Selma Alaoui, L’Amicale de production, Georges Banu, Sarah Calvez, Maria Casarès, Sabine Dacalor, Fabienne Darge, Nancy Delhalle, Pauline d’Ollonne, Isabelle Dumont, Yan Duyvendak, Halory Goerger, Matthieu Goeury, Chantal Hurault, Thomas Jolly, Jens Christian Lauenstein Led, Antoine Laubin, Mylène Lauzon, Linda Lewkowicz, Sylvie Martin-Lahmani, Florence Minder, Gwenaël Morin, David Murgia, Judith de Laubier, Krystian Lupa, Stéphane Olivier, Fausto Paravidino, Jean-Marie Piemme, Le Raoul collectif, Adeline Rosenstein, Armel Roussel, Serge Saada, Claude Schmitz, Coline Struyf, Emmanuel Texeraud, Christophe Triau, Laurence Van Goethem.

Plus d’infos ici.

Le théâtre nouveau et le théâtre ancien

Le voyage est souvent ressenti comme une expérience à même de nourrir la pensée concrète, une occasion de transformer la découverte en concept ou, même, théorie. Une pareille conviction motive l’envie de voyage même lorsque le corps semble être rétif à l’effort qu’il comporte, lorsque le désir faiblit….  « Heureusement que j’ai vu cela » – je me dis souvent, enchanté après les réserves initiales que j’ai pu surmonter grâce à des engagements qui imposent le respect. C’est un pareil sentiment que j’ai éprouvé ce printemps lorsque, successivement, j’ai découvert deux extrêmes du théâtre, deux contrastes qui ont conforté la conviction selon laquelle ce qui nourrit c’est toujours le conflit, la tension et jamais la synthèse des oppositions apaisées. Alors le choix devient indispensable, impératif. « Être ou ne pas être » – option radicale entre deux termes que tout oppose.  Continuer la lecture « Le théâtre nouveau et le théâtre ancien »

Lettre ouverte à Jan Fabre

En février dernier, Jan Fabre a été nommé directeur artistique du Festival d’Athènes pour la période 2016-2019 par le Ministre grec de la Culture, Aristides Baltas (Syriza). Vendredi dernier il en a démissionné. Comment en est-on arrivé à cette situation ubuesque en moins de deux mois ? Matthieu Goeury a eu envie de lui poser quelques questions.

Read the letter in English here

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Mardi passé, Jan Fabre a présenté son plan lors d’une ahurissante conférence de presse à Athènes, où il a annoncé qu’il n’agirait pas en tant que directeur mais plutôt comme curateur, que le nom du Festival deviendrait Athens and Epidaurus International Festival, qu’il ne connaissait rien de la scène artistique grecque, et que, par conséquent, son premier festival serait essentiellement belgo-belge et, surtout, que seul un quota d’artistes grecs aurait accès au programme.

Le monde artistique grec s’est rassemblé le 1er avril au Théâtre Sfendoni et a rédigé une lettre demandant la démission du Ministre de la Culture et déclarant Jan Fabre persona non grata. Le 2 avril, Jan Fabre a quitté ses fonctions par une brève déclaration écrite. Ce qui aurait pu être une mauvaise plaisanterie est devenu un épisode pénible pour la résiliente scène artistique grecque. Jan Fabre lui-même a imputé sa décision de démissionner au « milieu artistique hostile où je suis pourtant arrivé avec un esprit et un coeur ouverts ». La situation est-elle aussi simple que cela ?

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De Paris à Bruxelles

Depuis 1979, comme l’a souhaité Bernard Debroux en fondant notre revue, le comité de rédaction d’Alternatives théâtrales est bi-national. Une partie de notre équipe vit en France, l’autre en Belgique et, concrètement, c’est à Paris et à Bruxelles que la majorité d’entre nous travaillons et habitons.

Le 13 novembre dernier, les Bruxellois de notre rédaction ont tremblé pour les Parisiens. Ce 22 mars, ce fut l’inverse. Comme tant d’autres…

Et, comme tant d’autres, nous sommes meurtris, effrayés, ulcérés.

Comme tant d’autres, à Bruxelles comme à Paris, cela fait longtemps que nous ne prenions plus le métro sans une arrière-pensée, sans une appréhension, mais que nous nous forcions néanmoins à continuer à le prendre.

À notre modeste échelle, en nous rendant dans les salles de spectacles, en tâchant de promouvoir un travail de création lucide, ouvert et généreux, en préparant ce numéro 128 à paraître, consacré aux alternatives théâtrales d’aujourd’hui, nous pensons oeuvrer à la création de liens, à encourager les lieux d’intelligence collective et d’émotions justes, de mixité sociale et d’émancipation.

Et, aujourd’hui, déboussolés, démunis, nous nous demandons comment désormais le faire davantage encore, comment le faire plus fort, comment le faire mieux…

Comme tant d’autres.

Journal d’une dé-génération

Depuis le 17 mars dernier, Stéphane Arcas (plasticien, auteur et metteur en scène) reprend son spectacle « Bleu Bleu » au Théâtre Varia (Bruxelles) et le déclinera bientôt sous forme d’exposition au Printemps de Septembre (Toulouse).
Journal de création, 20 ans après le début de l’écriture du texte. Épisode 4/4.

Ce soir c’est la dernière représentation de Bleu Bleu de cette reprise au Théâtre Varia.

En toile de fond pendant la première semaine de la reprise, il y a eu la fusillade à Forest puis l’arrestation de Salah Abdeslam.

On a même plaisanté et fait une photo comique de Michel Cloup, le musicien du spectacle, le jour de la sortie des deux pages qui lui étaient consacrées dans Libération.

Puis cette dernière semaine a commencé dans le chaos des attentats de l’aéroport de Zaventem et de la station de métro Maelbeek ce 22 Mars.

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« La taille du projet correspond à la taille de mon angoisse »

Entretien avec Yan Duyvendak réalisé par Sylvie Martin-Lahmani, à propos de « Sound of music », du 26 au 28 mars au 104 (Paris).

Après Please, Continue (Hamlet) (création 2011), le performeur suisse Yan Duyvendak présente Sound of Music à Paris. Un cauchemar qui rend heureux, un divertissement qui fait réfléchir, une flamboyante comédie musicale qui parle de chômage et de réchauffement climatique… Phénomène spectaculaire anti-crise, Sound of Music est conçu avec le poète-philosophe Christophe Fiat, les chorégraphes Olivier Dubois et Michael Helland, et le compositeur Andrea Cera. Créé au Festival de la Bâtie à Genève, en 2015, Sound of Music est présenté au CentQuatre-Paris les 26, 27 et 28 mars 2016.  Il y est question de la crise et de ses retentissements, des écarts qui se creusent dans la société. Dans cet entretien, Yan Duyvendak revient sur son processus d’écriture et de création, sur son choix – paradoxal ou au contraire très brechtien – de recourir à un genre considéré comme léger ou « divertissant¹ », pour traiter un sujet grave…

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Jour de l’attentat

« Accents toniques » est un recueil de notes, la plupart inédites, rédigées depuis 1973 par Jean-Marie Piemme. Extrait 10 : note de 2015.

– JOUR DE L’ATTENTAT. J’étais à Albi le jour de l’attentat contre Charlie Hebdo, dans une rencontre avec le public. Alors est venue (forcément) la question : que peut l’écriture contre cela ? À quoi j’ai répondu par une phrase de Brecht extraite de son Journal de Travail. Le 16 septembre 1940, à l’issue de la bataille d’Angleterre, alors qu’il est occupé à écrire sa pièce, il note : « Puntila ne me concerne presque en rien, la guerre en tout ; je peux presque tout écrire sur Puntila, rien sur la guerre. Je ne pense pas seulement au « droit » décrire, je pense réellement aussi à la « capacité » d’écrire. Il est intéressant de voir comment la littérature est reléguée en tant que praxis, à une telle distance du centre des événements dont tout dépend. » Continuer la lecture « Jour de l’attentat »

La vérité cachée sur les personnages de Bleu Bleu

… ou l’exercice casse gueule de l’écriture à la première personne du pluriel !
Du 17 au 25 mars, Stéphane Arcas (plasticien, auteur et metteur en scène) reprend son spectacle « Bleu Bleu » au Théâtre Varia (Bruxelles) et le déclinera bientôt sous forme d’exposition au Printemps de Septembre (Toulouse).
Journal de création, 20 ans après le début de l’écriture du texte. Épisode 3/4 par Manuel Pomar, directeur du Lieu Commun (Toulouse), et qui a inspiré l’un des personnages du spectacle.

Depuis 1990, Stéphane Arcas et moi sommes amis, nous nous sommes rencontrés lors de notre entrée aux Beaux-Arts de Toulouse. C’est dans ce lieu que les personnages de Bleu Bleu se sont reconnus. A suivi une période intense, de travail, de fêtes et d’amitié, pendant ce qui furent nos années de formation. Je ne parle pas d’études, nous n’avons pas du tout abordé cette période sous cet angle.

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Marco Pantani, parole d’honneur

À propos de « Pantani » du Teatro delle Albe 

Marco Pantani. Ce nom vous dit peut-être quelque chose. C’était le nom d’un champion de cyclisme. Moi-même, qui ne suis pas spécialement fan de vélo, j’en avais entendu parler.

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Journal d’une génération (2)

Du 17 au 25 mars prochain, Stéphane Arcas (plasticien, auteur et metteur en scène) reprend son spectacle « Bleu Bleu » au Théâtre Varia (Bruxelles) et le déclinera bientôt sous forme d’exposition au Printemps de Septembre (Toulouse).
Journal de création, 20 ans après le début de l’écriture du texte. Épisode 2/4.

Mars 2016. Ce matin je suis connecté sur Facebook et au milieu de mon fil d’actualité, je vois deux yeux bleus qui me glacent le sang. Deux yeux saillants bleus, très bleus qui surgissent du passé. J’ai, l’espace d’une seconde, du mal à y croire mais, si, ce sont bel et bien eux.

Et c’est pour le coup encore une histoire de générations.

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