Radio Femmes Fatales, quand la radio se met en scène au féminin

Du 2 au 4 juin 2016, le Théâtre Varia s’est métamorphosé en lieu radiophonique et sonore pour le premier festival Variasons, intrigant événement qui mettait les oreilles à l’honneur dans un lieu où d’ordinaire « on regarde » (théâtre) des « choses à voir » (spectacles). Au menu, des séances d’écoute de documentaires et de fictions, des expériences d’immersion sonore et des projets scéniques où l’émission radio constituait un cadre – fictionnel ou réel, avec retransmission en direct sur les ondes – générateur de théâtre… Continuer la lecture « Radio Femmes Fatales, quand la radio se met en scène au féminin »

La communauté des croyants

À propos de « Lehman Trilogy » au Rideau de Bruxelles

Le rideau s’ouvre sur la très belle scéno de Daniel Lesage où des objets hétéroclites s’empilent à l’air libre et forment autant d’histoires intimes que de symboles renvoyant à la grande Histoire, celle de l’Amérique d’avant la guerre civile, un monde sur fond de mississipi blues qui nous emmène (en diligence) à la suite des frères Lehman, traverser ce rêve américain où tout est permis : un immigré juif, débarque, du fin fond de sa Bavière natale, aux USA, ouvre avec ses deux frères à Montgomery (Alabama) un magasin de tissus qui deviendra, en quelques générations, un empire financier planétaire presque immortel.

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Mais qu’est-ce que c’est ?

À propos de « Fruits of labor », Miet Warlop, création kunstenfestivaldesarts 2016

Miet Warlop est une artiste qui travaille à la croisée du théâtre et des arts plastiques. Dans Mystery Magnet, elle construisait une fresque progressive au gré des matières et de ses propres interprètes. Elle nous revient avec une performance qui tient à la fois du concert pop-rock et de l’installation vivante. Un parallélépipède blanc occupe le centre et y reçoit autant les banderilles mortelles du torero qu’il sert de support à un étrange Christ en croix… Pendant ce temps, les percussions développent leur propre concert, les plafonds dégoulinent et les performeurs alternent entre guitares et batteries pour finir en un délirant cover band ! Pulsé, chatoyant, voyage dans un délire pas si fou qu’il n’en a l’air…

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De la positivité du désastre

À propos de « Time’s journey through a room » de Toshiki Okada au Kunstenfestivaldesarts

En 2011 et 2013, j’ai manqué les trois dernières présentations de Toshiki Okada au Kunstenfestivaldesarts (« The Sonic Life of a Giant Tortoise » et « We are the Undamaged Others » en 2011, « Ground and floor » en 2013). En 2010, excellent cru du festival bruxellois, j’avais assisté à une représentation de « Hot Pepper, Air Conditioner, and the Farewell Speech ». À l’époque, peu enthousiaste, j’en avais écrit ceci sur le blog de Bela qui m’hébergeait alors : Continuer la lecture « De la positivité du désastre »

Hommage aux femmes non rééducables 

Mémorandum théâtral sur Anna Politkovskaïa de Stefano Massini.

Alors que Lorent Wanson s’apprête à monter, au Rideau de Bruxelles, le très ambitieux Lehman Trilogy que nous avons évoqué dans le n°126-127 d’Alternatives théâtrales, Michel Bernard vient de terminer les représentations au Centre culturel des Riches claires de Femme non rééducable, un autre opus, plus ancien mais ô combien d’actualité, de Stefano Massini.

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Quelque chose de possible

À propos du spectacle d’Aurélia Guillet et David Sanson (librement inspiré de John Cassavetes), mise en scène d’Aurélia Guillet actuellement à la Comédie de Reims.

C’est une histoire d’amour, toute simple. Donc compliquée. Entre deux personnages que tout sépare.

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There are alternatives ! (lancement du n°128)

Jeudi 14 avril à La Bellone (Bruxelles) nous avons présenté le numéro 128 de notre revue : « There are alternatives ! »

Notre revue, créée en 1979, s’appelle Alternatives théâtrales. Lancée durant les années Thatcher, son appellation peut se lire comme une réponse au célèbre « TINA » (There is no alternative), axiome économique qui s’est malheureusement imposé depuis.
En 2016, qu’en est-il du théâtre – et plus généralement des arts de la scène – comme « lieu de l’alternative » ?

À l’heure où la revue change de direction et de format, ce numéro se veut une exploration des pratiques artistiques qui cherchent à affirmer que des alternatives à la sinistrose ambiante existent. Il donne la parole à des artistes soucieux de faire le pari de l’intelligence collective et de proposer des espaces généreux de création, d’échanges et de réflexion.

Présentation du n°128 à La Bellone, 14 avril 2016.
Présentation du n°128 à La Bellone, 14 avril 2016.

Dans ce numéro

Mateo Alaluf, Selma Alaoui, L’Amicale de production, Georges Banu, Sarah Calvez, Maria Casarès, Sabine Dacalor, Fabienne Darge, Nancy Delhalle, Pauline d’Ollonne, Isabelle Dumont, Yan Duyvendak, Halory Goerger, Matthieu Goeury, Chantal Hurault, Thomas Jolly, Jens Christian Lauenstein Led, Antoine Laubin, Mylène Lauzon, Linda Lewkowicz, Sylvie Martin-Lahmani, Florence Minder, Gwenaël Morin, David Murgia, Judith de Laubier, Krystian Lupa, Stéphane Olivier, Fausto Paravidino, Jean-Marie Piemme, Le Raoul collectif, Adeline Rosenstein, Armel Roussel, Serge Saada, Claude Schmitz, Coline Struyf, Emmanuel Texeraud, Christophe Triau, Laurence Van Goethem.

Plus d’infos ici.

Le théâtre nouveau et le théâtre ancien

Le voyage est souvent ressenti comme une expérience à même de nourrir la pensée concrète, une occasion de transformer la découverte en concept ou, même, théorie. Une pareille conviction motive l’envie de voyage même lorsque le corps semble être rétif à l’effort qu’il comporte, lorsque le désir faiblit….  « Heureusement que j’ai vu cela » – je me dis souvent, enchanté après les réserves initiales que j’ai pu surmonter grâce à des engagements qui imposent le respect. C’est un pareil sentiment que j’ai éprouvé ce printemps lorsque, successivement, j’ai découvert deux extrêmes du théâtre, deux contrastes qui ont conforté la conviction selon laquelle ce qui nourrit c’est toujours le conflit, la tension et jamais la synthèse des oppositions apaisées. Alors le choix devient indispensable, impératif. « Être ou ne pas être » – option radicale entre deux termes que tout oppose.  Continuer la lecture « Le théâtre nouveau et le théâtre ancien »

Lettre ouverte à Jan Fabre

En février dernier, Jan Fabre a été nommé directeur artistique du Festival d’Athènes pour la période 2016-2019 par le Ministre grec de la Culture, Aristides Baltas (Syriza). Vendredi dernier il en a démissionné. Comment en est-on arrivé à cette situation ubuesque en moins de deux mois ? Matthieu Goeury a eu envie de lui poser quelques questions.

Read the letter in English here

Lees hier de brief in het Nederlands

Mardi passé, Jan Fabre a présenté son plan lors d’une ahurissante conférence de presse à Athènes, où il a annoncé qu’il n’agirait pas en tant que directeur mais plutôt comme curateur, que le nom du Festival deviendrait Athens and Epidaurus International Festival, qu’il ne connaissait rien de la scène artistique grecque, et que, par conséquent, son premier festival serait essentiellement belgo-belge et, surtout, que seul un quota d’artistes grecs aurait accès au programme.

Le monde artistique grec s’est rassemblé le 1er avril au Théâtre Sfendoni et a rédigé une lettre demandant la démission du Ministre de la Culture et déclarant Jan Fabre persona non grata. Le 2 avril, Jan Fabre a quitté ses fonctions par une brève déclaration écrite. Ce qui aurait pu être une mauvaise plaisanterie est devenu un épisode pénible pour la résiliente scène artistique grecque. Jan Fabre lui-même a imputé sa décision de démissionner au « milieu artistique hostile où je suis pourtant arrivé avec un esprit et un coeur ouverts ». La situation est-elle aussi simple que cela ?

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De Paris à Bruxelles

Depuis 1979, comme l’a souhaité Bernard Debroux en fondant notre revue, le comité de rédaction d’Alternatives théâtrales est bi-national. Une partie de notre équipe vit en France, l’autre en Belgique et, concrètement, c’est à Paris et à Bruxelles que la majorité d’entre nous travaillons et habitons.

Le 13 novembre dernier, les Bruxellois de notre rédaction ont tremblé pour les Parisiens. Ce 22 mars, ce fut l’inverse. Comme tant d’autres…

Et, comme tant d’autres, nous sommes meurtris, effrayés, ulcérés.

Comme tant d’autres, à Bruxelles comme à Paris, cela fait longtemps que nous ne prenions plus le métro sans une arrière-pensée, sans une appréhension, mais que nous nous forcions néanmoins à continuer à le prendre.

À notre modeste échelle, en nous rendant dans les salles de spectacles, en tâchant de promouvoir un travail de création lucide, ouvert et généreux, en préparant ce numéro 128 à paraître, consacré aux alternatives théâtrales d’aujourd’hui, nous pensons oeuvrer à la création de liens, à encourager les lieux d’intelligence collective et d’émotions justes, de mixité sociale et d’émancipation.

Et, aujourd’hui, déboussolés, démunis, nous nous demandons comment désormais le faire davantage encore, comment le faire plus fort, comment le faire mieux…

Comme tant d’autres.