Nos choix

En mai 2015, à l’occasion des vingt-cinq ans de la compagnie, Transquinquennal lançait un grand plébiscite théâtral : les spectateurs du Théâtre de Liège étaient invités à choisir parmi sept textes lequel serait mis en scène par le collectif en novembre 2015. C’est « Moby Dick (en répétition) » d’Orson Welles (d’après Herman Melville) qui s’est imposé par les suffrages. Journal de création, épisode 2/4 : le processus de sélection du texte, par Miguel Decleire.

Au départ du projet, il y a cette envie de marquer un anniversaire sans faire de commémoration. Marquer le temps, mais autrement qu’en se tournant vers le passé (ce que je fais pourtant maintenant, en remontant dans mes notes à l’occasion de ce billet…) : en saisissant l’occasion d’en faire le cadre d’un nouveau projet. Et pour ne pas nous mettre en position de recevoir le cadeau (ce qui est un peu indélicat quand on décide de rendre son anniversaire public), c’est nous qui allons le faire : ce sera le choix que nous offrons, pour l’occasion, au public.

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« À vous de choisir… »

En mai 2015, à l’occasion des vingt-cinq ans de la compagnie, Transquinquennal lançait un grand plébiscite théâtral : les spectateurs du Théâtre de Liège étaient invités à choisir parmi sept textes lequel serait mis en scène par le collectif en novembre 2015. Devant Michèle Fabien (« Amphitryon »), Konstantin Kostienko (« Diagnostic : Happy Birthday »), Rafael Spregelburd (« La Modestie »), Mac Wellman (« Sept Pipes »), Thorton Wilder (« Notre Petite Ville ») et Stefan Zweig (« Volpone »), c’est le « Moby Dick (en répétition) » d’Orson Welles (d’après Herman Melville) qui s’est imposé par les suffrages. Journal de création, épisode 1/4 : la pré-production, par Bernard Breuse.

25 janvier 2016

Pour être vraiment pertinent, le journal d’une création devrait se dérouler en temps réel, et rendre compte de l’histoire d’un spectacle au moment où il se construit. En tout cas, de mon point de vue, c’est nettement plus passionnant, puisqu’on ne sait encore rien du résultat, on ne sait rien à ce moment-là, du résultat. Connaître la fin de l’histoire change la manière dont on la raconte, dont on l’entend. Ainsi, à peu près tout le monde sait que le capitaine Achab meurt emporté par le cachalot blanc, et cela change le point de vue qu’on a sur eux et sur la manière dont ils se comportent.
Les six représentations de « Moby Dick en répétition » d’Orson Welles ont donc été jouées au Théâtre de Liège du 17 au 23 janvier 2016 et j’avoue, je n’ai tenu aucun journal pendant les répétitions. Et je me rends compte que mes notes sont très parcellaires. En fait, tout a déjà disparu, et il ne me reste plus que des souvenirs pour documenter la chose. Mais peut-on s’y fier ?

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Chéreau à Bruxelles / Casarès dans la salle

« Accents toniques » est un recueil de notes, la plupart inédites, rédigées depuis 1973 par Jean-Marie Piemme. Extrait 5 : notes non datées (années 80-90).

– PATRICE CHÉREAU À BRUXELLES. Il cherche un lieu pour représenter Dans la solitude des champs de coton de Koltès. Il a fixé son choix sur les Halles de Schaerbeek. Avant lui, Mnouchkine, pour Sihanouk, avait fait le même choix. Ça et là, on entend des critiques contre Mortier qui programme le spectacle : il investirait des sommes trop importantes pour équiper provisoirement les Halles. Personne ne songe à voir le scandale là où il est : que dans une ville comme Bruxelles, il n’y a actuellement aucune salle équipée pour recevoir des créateurs comme Mnouchkine et Chéreau.

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Voyage initiatique

Durant l’automne 2015, Judith de Laubier a suivi, en tant que stagiaire à la mise en scène, les répétitions de « Darius, Stan et Gabriel contre le monde méchant » de Claude Schmitz, créé aux Halles de Schaerbeek. Journal de création, dernier épisode (4/4) : lecture dramaturgique de la traversée des héros.

Au milieu de l’été, Darius, Stan et Gabriel décident de s’évader de leur appartement bruxellois – cocon précaire qu’ils quittent pour le continent africain. Leur parcours prend l’allure d’un voyage initiatique vers un ailleurs fantasmé. Et pourtant, la fuite du « monde méchant » occidental annonce une dégringolade de désenchantement en désenchantement.

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Écrire un théâtre qui donne figure à l’incertitude (et autres notes)

« Accents toniques » est un recueil de notes, la plupart inédites, rédigées depuis 1973 par Jean-Marie Piemme. Extrait 4 : notes non datées (fin des années 90).

– ÉCRIRE UN THÉÂTRE QUI DONNE FIGURE À L’INCERTITUDE dont nous sommes constitués, par nature et par société, qui s’installe dans la zone obscure où une chose peut basculer dans son contraire.

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« Les solutions viennent des autres. »

Durant l’automne 2015, Judith de Laubier a suivi, en tant que stagiaire à la mise en scène, les répétitions de « Darius, Stan et Gabriel contre le monde méchant » de Claude Schmitz, créé aux Halles de Schaerbeek. Journal de création, épisode 3/4 : acteurs et scénographie.

« La scénographie est une question qui m’intéresse vraiment, donc je ne peux pas imaginer une histoire sans penser à l’espace. J’ai toujours su qu’il y avait une première partie dans l’appartement, qu’il y aurait une voiture et qu’on terminerait dans une grotte. J’arrive avec un projet dont les lignes directrices sont relativement claires et après ça, c’est un travail d’échange très ludique avec Boris Dambly, Fred Op de Beek¹ et les acteurs. »²

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« Nous répétons dans l’ancien garage de la rue Borrens. » (et autres notes)

« Accents toniques » est un recueil de notes, la plupart inédites, rédigées depuis 1973 par Jean-Marie Piemme. Extrait 3 : notes rédigées durant les répétitions de « Katia Kabanova », créé en 1983 à La Monnaie (direction musicale Sylvain Cambreling, mise en scène Philippe Sireuil, dramaturgie Jean-Marie Piemme et Michel Vittoz).

– NOUS TRAVAILLONS BEAUCOUP SUR KATIA KABANOVA et nous sentons assez rapidement s’imposer l’idée d’un grand miroir qu’on traverse, idéal, propice, nous semble-t-il, à matérialiser un peu de ces regards que toujours Katia sent peser sur elle, propre aussi à susciter les connotations imaginaires de « l’autre scène», celle du désir, lorsque, comme il se doit dans la tradition, on en vient à le franchir. Bientôt Katia enfant, ce refuge souvent évoqué par Katia adulte, fera son apparition dans l’espace scénique amenant avec elle le rapport privilégié que le personnage entretient avec la musique. Après avoir renoncé à une première esquisse de décor faite d’un sol vallonné, d’un cyclo et d’une toile peinte en guise de rideau, nous avançons à grands pas vers les encadrements et les grandes photographies qui vont donner sa figure singulière à notre espace scénique et à notre point de vue dramaturgique : entre deux photographies de Katia enfant, le fil d’une vie et de sa mort. Entre deux instants du regard, le temps du tragique.

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« Moi j’ai pas envie de faire une italienne, je suis belge »

Durant l’automne 2015, Judith de Laubier a suivi, en tant que stagiaire à la mise en scène, les répétitions de « Darius, Stan et Gabriel contre le monde méchant » de Claude Schmitz, créé aux Halles de Schaerbeek. Journal de création, épisode 2/4 : le travail avec des acteurs non professionnels.

« Comment faire en sorte que des personnes qui ne sont jamais montées sur un plateau ne se fassent pas écraser par l’idée qu’ils se font du théâtre ? Je n’ai pas de méthode, mais je crois que c’est avant tout un travail de générosité et de réelle écoute des deux côtés, de ma part et de la leur. J’essaye d’être exigeant et de travailler avec eux comme je travaillerais avec n’importe quel acteur. Ça serait terrible de travailler différemment ou de les mettre à part. »¹

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Écrire ? et autres notes

« Accents toniques » est un recueil de notes, la plupart inédites, rédigées depuis 1973 par Jean-Marie Piemme.
Extrait 2 : notes non datées (années 90).

– ÉCRIRE ? Oui, écrire. Restituer le roulis qu’on a dans la tête. À l’origine, il y a quelque chose qui roule dans la tête, pas très identifiable, et on essaie d’entrer dans le roulis pour voir ce que c’est. Et on découvre un château hanté. On ouvre des portes qui donnent sur d’autres portes, on dérive lentement, on est soi loin de soi. Ce n’est pas une descente dans les profondeurs, une aventure intérieure, l’autre nom de la vieille introspection. Quand on entre dans le roulis, paradoxalement, on retrouve l’extérieur. Sophocle est là et aussi Shakespeare, et papa et maman, et le grand tamtam du monde. Il faut alors décortiquer, recomposer, coller, disjoindre, bâtir, détruire : écrire. Je crois à des élans de positivité sur fond de terreur, je refuse de dissocier les deux plans, la dissociation est un mensonge.

– LA VÉRITE D’UNE PAROLE n’est pas seulement dans ce qu’elle dit, elle est également dans la façon dont elle le dit. La forme est une conviction.

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Who’s Afraid of the Big Bad Wolf ?

Durant l’automne 2015, Judith de Laubier a suivi, en tant que stagiaire à la mise en scène, les répétitions de « Darius, Stan et Gabriel contre le monde méchant » de Claude Schmitz, créé aux Halles de Schaerbeek. Journal de création, épisode 1/4 : les origines.

Trois petits cochons vivent modestement dans un appartement bruxellois délabré. « Darius, Stan et Gabriel ». Darius c’est le plus âgé, hard rockeur au chômage ; ensuite il y a Stan, trentenaire nerveux et Gabriel, jeune étudiant aux Beaux-Arts. Leur situation précaire ne s’arrange pas avec l’arrivée du parasite-Benoît, un vieil ami de Darius, devenu SDF qui s’installe progressivement dans l’appartement jusqu’à se construire une petite cabane au milieu du salon.

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