Nos Trois soeurs d’aujourd’hui

au théâtre des Martyrs

Ouvrir sa saison théâtrale à Bruxelles par un texte contemporain en ces temps de frilosité du public pour la découverte est un acte courageux.
C’est la voie que Philippe Sireuil a choisie en nous proposant de découvrir Villa Dolorosa de Rebekka Kricheldorf , mise en scène par Georges Lini.
Depuis plusieurs années le metteur en scène et sa compagnie « Belle de nuit » travaillent sur l’interaction entre le contemporain et le classique : c’est tout naturellement qu’il s’est emparé de l’adaptation et la réécriture que l’auteure de théâtre allemande Rebekka Kricheldorff a réalisée à partir des Trois Sœurs. Continuer la lecture « Nos Trois soeurs d’aujourd’hui »

Les voies sauvages

au Rideau de Bruxelles

La réouverture d’un théâtre est toujours un moment d’émotion… et d’espoir! Le Rideau qui a à Bruxelles une longue histoire et des années d’errance a fait peau neuve dans ce quartier particulier d’Ixelles à la croisée des cultures urbaines métissées.
Grâce à la ténacité de Michaël Delaunay et de son équipe, ce lieu destiné principalement à la découverte de nouvelles écritures va pouvoir poursuivre une aventure longue de 75 années !

Une heureuse reprise a ouvert cette saison 2019/2020.

Ecrit et mise scène par Régis Duqué sur base de conversations avec Dominique de Staercke et interprété par Cédric Juliens, Les voies sauvages est une belle leçon de vie et de théâtre.
On sent que le texte est écrit à partir d’un dialogue au plus près du réel exaltant que procure les courses en montagne et en même temps on est au théâtre grâce à l’étrange fusion réussie de trois « personnages » : celui qui raconte son expérience, celui qui la transcrit et la réécrit et celui qui l’interprète. Continuer la lecture « Les voies sauvages »

La mémoire des arbres au théâtre National, Bruxelles

Fasciné par les villes fantômes (celles de la fameuse route 66 pour le premier volet de Ghost Road en 2012, puis celle de Chacabuco dans le désert d’Atacama pour children of Nowhere,en 2015), Fabrice Murgia poursuit son trajet d’artiste/voyageur pour nous faire découvrir Oziorsk en Russie, près du complexe nucléaire de Maïak qui en 1957 a vécu la troisième plus importante catastrophe nucléaire au monde. Il en a tiré un monologue puissant inspiré par la rencontre d’un habitant qui vit dans cette ville secrète où vivent toujours des milliers de personnes. Continuer la lecture « La mémoire des arbres au théâtre National, Bruxelles »

Des adaptations d’opéras au théâtre musical, Naissance d’un nouveau genre

En écho à la programmation de TARQUIN, drame lyrique créé par JEANNE CANDEL, FLORENT HUBERT, ARAM KEBABDJIAN, présenté au Centre dramatique de Montreuil du 20 septembre au 06 octobre 2019, nous vous invitons à lire ou relire un extrait d’un texte de Leyli Daryoush publié dans le numéro 136 d’Alternatives théâtrales : Théâtre Musique, Variations contemporaines.

(…)
Paris/
La partition d’Orfeo démembrée par les Bacchantes

En 2017, Orfeo/Je suis mort en Arcadie est créée par le collectif exubérant La vie brève, compagnie cofondée par Jeanne Candel et Samuel Achache. Basée sur l’Orfeo de Monteverdi et d’autres matériaux aussi divers que les improvisations des chanteurs-acteurs ou les Géorgiaques de Virgile – adaptation décalée pour ne pas dire déjantée de l’oeuvre lyrique. Continuer la lecture « Des adaptations d’opéras au théâtre musical, Naissance d’un nouveau genre »

Des chemins dans l’inconnu

À propos de 2666 de Roberto Bolaño mis en scène par Julien Gosselin.

À l’occasion de l’exposition AMBERES – L’ANVERS DE ROBERTO BOLAÑO, inspirée d’un roman, d’une ville et d’une scène, du 7 juin au 15 septembre 2019, à Anvers, nous vous proposons de lire ou relire cet extrait d’un texte d’Emmanuelle Favier, publié dans le n° 131 d’Alternatives théâtrales,  « Écrire, comment ? », mars 2017.
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Avignon 2019 « Pelléas et Mélisande » de M. Maeterlinck : un tragique quotidien appuyé sur la poésie de l’image.

L’opéra de Claude Debussy a pratiquement éclipsé le texte original, plus nuancé, de Maeterlinck, plein de failles mystérieuses. Magnifié par une musique bénéficiant d’une aura universelle, porté par des mises en scène souvent exceptionnelles (comme celle de Katy Mitchell à Aix en 2016) l’opéra a mis à l’arrière-plan la pièce de théâtre. A Avignon Julie Duclos a relevé le défi avec panache et pertinence.

Avec son équipe très soudée (Emilie Noblet pour le film initial, Hélène Jourdan pour la scénographie) Julie Duclos donne une sensibilité contemporaine à ce drame symboliste, sans en trahir le sens. La sensation d’effondrement d’un monde inspire son intro filmée dans la forêt et les très beaux inserts qui rythment le récit d’une symphonie de couleurs sombres et de saisons menaçantes. Une allusion discrète, oblique, jamais littérale aux menaces actuelles sur la nature. Et le mélange du film et du théâtre multiplie les angles visuels qui soutiennent le texte et le jeu des acteurs, tous excellents.  La partie si ambigüe des amours furtives de Pelléas (fragile Mathieu Sampeur) et Mélisande (Alix Riemer, habile meneuse de jeu) est traitée en nuances.. Vincent Diesez en Golaud n’est pas un jaloux caricatural mais un animal blessé, parfaitement odieux dans la scène où il oblige le petit Yniold à jouer les voyeurs. Ce visage d’enfant manipulé par un adulte, projeté sur grand écran, est inoubliable et d’une terrible actualité. Continuer la lecture « Avignon 2019 « Pelléas et Mélisande » de M. Maeterlinck : un tragique quotidien appuyé sur la poésie de l’image. »

Hasard et moments magiques

A l’occasion de la programmation de GARDEN OF CHANCE, dans le cadre du Festival d’Avignon (édition 2019), nous publions un extrait d’un texte du mentaliste Kurt Demey.
Version complète à lire dans Poétiques de l’illusion, Dialogues contemporains entre marionnette et magie, Alternatives théâtrales, juin 2018.

En tant que mentaliste, j’entretiens une relation étrange avec le hasard.

J’ai toujours un oeil dessus, j’y suis sensible, je le vois partout mais je n’arrive pas à l’atteindre, je finis par le trahir et m’en éloigne. Je suis fasciné par les moments où nos repères et nos certitudes vacillent, les moments où il arrive quelque chose d’inexplicable, les moments dits « magiques ».

Ce qu’on ressent devant des coïncidences troublantes est vital pour nous. Aussi vital que le bonheur, puisque ces sentiments produisent chez nous les mêmes hormones… Continuer la lecture « Hasard et moments magiques »

Crâne d’après Patrick Declerck

Mise en scène d’Antoine Laubin.

Quand j’aurai du vent dans mon crâne
Quand j’aurai du vert sur mes osses
P’têt qu’on croira que je ricane
mais ça s’ra une impression fosse

Boris Vian

S’emparant une fois encore de l’oeuvre de Patrick Declerck dont il avait adapté avec brio « Démons me turlupinant », Antoine Laubin s’affronte dans « Crâne » au récit autobiographique dans lequel l’auteur et psychanalyste raconte l’opération qu’il a subi pour extraire la tumeur au cerveau qui le menaçait depuis plusieurs années.
Pour un écrivain, et pour nous tous, humains, le bien auquel nous sommes le plus attaché est sans doute la conscience de la vie et son expression, le langage, qui nous permet de communiquer, d’exprimer notre pensée et nos émotions.

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La Quadriennale de Prague : Empreintes.

Printemps 2019

Le souvenir dispose d’une résistance moindre à l’oubli que l’empreinte qui, elle, finit par se constituer en monade de la mémoire, en trace ancrée en soi avec une consistance supérieure. L’empreinte fixe plutôt un événement fort, trié et isolé, tandis que les souvenirs s’inscrivent plus ou moins dans un flot qui les emporte et entraîne, ensuite, vers un effacement accéléré. A propos de la Quadriennale de Prague, panorama planétaire de la scénographie actuelle, je préfère cette fois –ci évoquer les empreintes plutôt que les souvenirs…en essayant de restituer l’expérience vécue et conserver son impact.

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Ambassadrice du compositeur. Portrait de Susanna Mälkki

Alors que Susanna Mälkki était à l’Opéra de Paris pour diriger Rusalka, Leyli Dayroush s’est entretenue avec elle et nous livre un portrait qui revient sur son parcours et la vision de son métier. En partenariat avec le magazine de l’Opéra de Paris.

De la musique avant toute chose ?

« Enfant, j’ai débuté la musique avec le violon. Cet instrument était le choix de mes parents et il ne me correspondait pas vraiment. Vers l’âge de neuf ans, j’ai découvert le violoncelle lors d’un concert scolaire. En Finlande, à l’époque, afin d’initier les enfants à la musique, des instruments étaient mis à leur disposition à l’école, alors un jour, je suis rentrée à la maison avec un violoncelle…
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