Mais qu’est-ce que c’est ?

À propos de « Fruits of labor », Miet Warlop, création kunstenfestivaldesarts 2016

Miet Warlop est une artiste qui travaille à la croisée du théâtre et des arts plastiques. Dans Mystery Magnet, elle construisait une fresque progressive au gré des matières et de ses propres interprètes. Elle nous revient avec une performance qui tient à la fois du concert pop-rock et de l’installation vivante. Un parallélépipède blanc occupe le centre et y reçoit autant les banderilles mortelles du torero qu’il sert de support à un étrange Christ en croix… Pendant ce temps, les percussions développent leur propre concert, les plafonds dégoulinent et les performeurs alternent entre guitares et batteries pour finir en un délirant cover band ! Pulsé, chatoyant, voyage dans un délire pas si fou qu’il n’en a l’air…

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De la positivité du désastre

À propos de « Time’s journey through a room » de Toshiki Okada au Kunstenfestivaldesarts

En 2011 et 2013, j’ai manqué les trois dernières présentations de Toshiki Okada au Kunstenfestivaldesarts (« The Sonic Life of a Giant Tortoise » et « We are the Undamaged Others » en 2011, « Ground and floor » en 2013). En 2010, excellent cru du festival bruxellois, j’avais assisté à une représentation de « Hot Pepper, Air Conditioner, and the Farewell Speech ». À l’époque, peu enthousiaste, j’en avais écrit ceci sur le blog de Bela qui m’hébergeait alors : Continuer la lecture « De la positivité du désastre »

Hommage aux femmes non rééducables 

Mémorandum théâtral sur Anna Politkovskaïa de Stefano Massini.

Alors que Lorent Wanson s’apprête à monter, au Rideau de Bruxelles, le très ambitieux Lehman Trilogy que nous avons évoqué dans le n°126-127 d’Alternatives théâtrales, Michel Bernard vient de terminer les représentations au Centre culturel des Riches claires de Femme non rééducable, un autre opus, plus ancien mais ô combien d’actualité, de Stefano Massini.

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Quelque chose de possible

À propos du spectacle d’Aurélia Guillet et David Sanson (librement inspiré de John Cassavetes), mise en scène d’Aurélia Guillet actuellement à la Comédie de Reims.

C’est une histoire d’amour, toute simple. Donc compliquée. Entre deux personnages que tout sépare.

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Le théâtre nouveau et le théâtre ancien

Le voyage est souvent ressenti comme une expérience à même de nourrir la pensée concrète, une occasion de transformer la découverte en concept ou, même, théorie. Une pareille conviction motive l’envie de voyage même lorsque le corps semble être rétif à l’effort qu’il comporte, lorsque le désir faiblit….  « Heureusement que j’ai vu cela » – je me dis souvent, enchanté après les réserves initiales que j’ai pu surmonter grâce à des engagements qui imposent le respect. C’est un pareil sentiment que j’ai éprouvé ce printemps lorsque, successivement, j’ai découvert deux extrêmes du théâtre, deux contrastes qui ont conforté la conviction selon laquelle ce qui nourrit c’est toujours le conflit, la tension et jamais la synthèse des oppositions apaisées. Alors le choix devient indispensable, impératif. « Être ou ne pas être » – option radicale entre deux termes que tout oppose.  Continuer la lecture « Le théâtre nouveau et le théâtre ancien »

Marco Pantani, parole d’honneur

À propos de « Pantani » du Teatro delle Albe 

Marco Pantani. Ce nom vous dit peut-être quelque chose. C’était le nom d’un champion de cyclisme. Moi-même, qui ne suis pas spécialement fan de vélo, j’en avais entendu parler.

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Entre greffes et réécritures tchekhoviennes

Thomas Ostermeier s’est imposé comme l’artiste à même de ramener à la modernité les pièces d’Ibsen auxquelles il a fait subir un traitement particulier, aussi bien au niveau du traitement scénique que textuel. Pour La Mouette dont il vient d’y avoir la première au Théâtre Vidy – Lausanne, il opte pour un procédé similaire sans qu’il trouve, à mon avis, une même pertinence. Il intègre les références les plus immédiates de notre actualité –  la Syrie, les migrants – en opérant des insertions qui visent, évidemment, à rapprocher l’oeuvre du contexte contemporain. Continuer la lecture « Entre greffes et réécritures tchekhoviennes »

L’art de surtitrer : voyages en langues étrangères

Jadis, il y a bien longtemps, on prenait le temps de lire la pièce dans sa traduction avant de se rendre au théâtre ou à l’opéra pour assister à sa mise en scène en langue originale.

Aujourd’hui, les surtitres sont là pour nous donner la « substantifique moëlle » d’un texte, en direct et en synchrone avec les acteurs sur scène. Quelle magnifique invention ! Quel luxe pour le spectateur, assis confortablement, qui n’a plus qu’à lever les yeux pour comprendre la signification d’une tirade en langue inconnue.
Les premiers surtitres ont été lancés à la Canadian Opera Company de Toronto pour Elektra de Richard Strauss, le 21 janvier 1983. Ils étaient alors affichés au moyen d’un projecteur à diapositives.

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Du théâtre dans une Grèce en crise

Nancy Delhalle invite Athéna Stourna.

Peut-être nous habituons-nous à vivre « dans la crise », peut-être en entendons-nous parler jour après jour, peut-être nous désolons-nous de ses effets, peut-être nous en consolons-nous, peut-être la crise s’est-elle installée au cœur de notre quotidien, peut-être est-elle devenue « normale », peut-être attendons-nous qu’elle passe, peut-être cherchons-nous des thérapies…  Mal ? Accident ? Ou alors, un mode de gestion : « la gestion par la crise comme levier de changement » ? Un témoignage de Grèce, par Athéna Stourna, vient nourrir la question.

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L’Intruse

« L’Intruse » de Maurice Maeterlinck, mis en scène par Emmanuel Texeraud

Monter une pièce de Maurice Maeterlinck constitue toujours un défi dramaturgique. Comment la réforme théâtrale « symboliste » qu’il entreprend à la fin du 19e siècle, inspirée entres autres par la théorie de la surmarionnette de Kleist, se décline-t-elle au début du 21e ? On se rappelle la proposition géniale de Denis Marleau avec Les Aveugles en 2002¹, « fantasmagorie technologique » projetant le visage des acteurs sur le moulage de leurs traits, suspendus dans l’espace, ou plus récemment, en 2014, l’émouvante version japonaise d’Intérieur par Claude Régy, toute en lenteur et recueillement…

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