À propos des Mooc,  proposés par l’école Charles-Dullin

Entretien avec Claire David, directrice éditoriale et artistique d’Actes Sud.

Claire David. Photo DR.

Claire David est à la direction des éditions Actes Sud-Papiers depuis trente ans. Elle côtoie et accompagne, en tant qu’éditrice, le théâtre d’aujourd’hui tant du point de vue des auteurs dramatiques, des metteurs en scène – en publiant leurs essais – que des artistes plus singuliers, avec des beaux livres. Le catalogue de plus de 1 000 titres témoigne d’une histoire contemporaine du théâtre. Ancienne élève de l’école Charles-Dullin, elle est en partie à l’origine de son nouveau projet et en dirige la ligne éditoriale et artistique.

Sylvie Martin-Lahmani : Ce projet est créé au sein de l’école Charles-Dullin, dans le sillon d’un homme de théâtre qui avait créé en 1921 L’Atelier comme un « laboratoire d’essais dramatiques ».

Claire David : Ce projet est effectivement né au sein de l’association Charles-Dullin, cette structure imaginée par Charles Dullin (1885-1949) pour fonder une formation d’acteurs, et qui a vécu depuis une histoire fort longue et mouvementée. Pour en savoir plus sur cette histoire, vous pouvez visionner sur notre site plusieurs enregistrements audio-visuels, portant à la fois sur la genèse de l’école et sur le projet de cet homme qui a toujours cherché un nouveau théâtre. Ayant moi-même suivi cet enseignement il y a environ vingt-cinq ans, on m’a recontactée en 2005-2006, à un moment où l’école traversait de grosses difficultés notamment financières. Après une interruption douloureuse en 2011 (fermeture, licenciements de professeurs et vente de locaux…), on s’est retrouvés avec une association qui sera vieille d’un siècle en 2021, et l’envie de poursuivre l’aventure autrement. A force de réunions de développement et de réflexion, avec Isabelle Censier (aujourd’hui présidente, après avoir été élève puis professeure à l’école Charles-Dullin), nous avons pu répertorier les manques en termes de formation théâtrale en France. Nous avons d’abord observé les écoles d’acteurs qui sont très nombreuses et souvent très incarnées et individualisées. C’est après deux ans de réflexion, en 2013, que nous avons eu l’idée d’une association de type privé, qui proposerait des formations à la mise en scène à tous ceux qui la pratiquent de façon intuitive, puisqu’il n’existe pas vraiment de formation à la mise en scène. Il existe bien sûr des formations supérieures, avec un nombre limité de places pour le parcours de metteur en scène, six places au Théâtre National de Strasbourg (TNS), cinq à l’École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT)… Il y avait encore l’Institut Nomade de la mise en scène qui était intégré au Conservatoire d’Art Dramatique, et aussi quelques masters dans des universités d’études théâtrales, mais ces formations sont finalement réservées aux circuits de l’excellence, aux élèves qui réussissent des parcours d’études, et pas à l’ensemble des praticiens. Je pense au théâtre amateur. Quinze mille troupes ont été recensées ! Il faut bien à un moment donné qu’ils aient affaire à un metteur en scène. Je songe aux circuits de l’éducation artistique, aux professeurs qui font des spectacles dans leur classe, aux artistes étrangers… On s’est dit que toutes ces personnes n’avaient pas d’outils pour réfléchir à leur propre pratique. D’où l’idée de faire une formation sans frontières, en utilisant des moyens numériques. D’où l’idée des Mooc, mis en œuvre en janvier 2018. Cet acronyme signifie « Massive Open Online Course » que l’on peut traduire par « cours en ligne ouvert et massif ». Il s’agit d’un format qui permet, sur inscription, d’obtenir un certain nombre de modules gratuits, puis de modules payants qui donnent accès à des laboratoires, un ensemble d’activités pédagogiques pour aller plus loin sur différents éléments de savoir abordés lors des premiers cours. Les modules gratuits correspondent plutôt à la partie théorique, et les autres à des laboratoires.

D’une durée de six semaines, chaque Mooc est suivi de deux semaines d’évaluation par les pairs. Chacun des metteurs en scène inscrits commente les trois productions de ses confrères, eux aussi des metteurs en scène apprenants, qui auront à leur tour trois retours sur leur travail. Avec cette formation, il nous importe d’offrir un cadre pour réfléchir, tout en sachant qu’il n’y a pas de vérité définitive en matière de mise en scène… Chaque semaine, les participants reçoivent un module composé de quatre épisodes de cours théoriques, complété en formule payante par une interview de metteur en scène spécifique et une activité pédagogique. La sixième semaine est consacrée à un rendu en ligne suivi de deux semaines d’évaluation entre pairs. Le Mooc est ensuite fermé et une autre cession démarre un mois et demi plus tard.

SML : D’un point de vue matériel, quels sont les besoins techniques ?

CD : Chacun a besoin d’une connexion internet, d’un ordinateur et d’un téléphone portable, pour filmer parfois des répétitions, ou lire une pièce fournie en PDF. C’est tout, il n’y a pas d’autres prérequis. À la fin du parcours, nous remettons une attestation de réussite aux participants qui ont suivi l’ensemble du Mooc. Ce qui leur permet, grâce à l’école Charles-Dullin, d’obtenir par la suite différentes propositions de stages (assistanat à la mise en scène, possibilité de faire partie d’un jury…), en fonction des partenaires en cours. Nous proposons une véritable école du regard, et considérons que questionner sa pratique, c’est affirmer son style et ses propres choix. Six points fondamentaux sont ainsi abordés: la question de la direction d’acteurs, de l’espace, du métier de mettre en scène (finalement arrivé tardivement, à la fin du XIXe, début XXe siècle)…

SML : À ce sujet, vous abordez le métier de metteur en scène dans le domaine du théâtre de texte exclusivement ?

CD : Non, on s’intéresse globalement à toutes les créations scéniques d’aujourd’hui, mais on n’écrit pas nécessairement de Mooc propre à chaque forme. Nous évoquerons des pratiques spécifiques (la création radiophonique, le théâtre jeune public ou le théâtre de marionnettes, par exemple) sur notre site, sous forme de conférences ou de master class d’ici peu (c’est en cours de production).

SML : On s’est arrêtées au troisième point, peux-tu nous présenter les autres ?

CD : Oui, il s’agit de l’atelier du spectateur, une réflexion théorique et historique sur les publics, qui interroge la mise en scène. Leurs rôles et leurs places ont considérablement évolué au fil du temps : parfois silencieux et mobiles, parfois bavards et participatifs, inclus ou non dans des dispositifs immersifs… On s’intéresse aussi, évidemment, à la question de la lecture du théâtre, des textes dramatiques, allant jusqu’aux nouvelles dramaturgies. Et enfin, le sixième Mooc est consacré à la conception et à la direction de projets, c’est-à-dire aux aspects pratiques du métier (droits d’auteurs, statut des intermittents, création d’une association…).

En plus des Mooc, nous offrons un grand nombre de ressources à consulter en ligne (sur notre site et sur celui du Conservatoire), conférences sur les pratiques contemporaines de la mise en scène  (en collaboration avec le Conservatoire national d’art dramatique de Paris), des rencontres avec des metteurs en scène (en collaboration avec la Comédie de Saint-Étienne/à venir début 2019), des publications en lien avec les thèmes des Mooc.

Pour en savoir plus, consulter, notamment:

- le site de l’Ecole Charles-Dullin

- l’émission d’Aude Lavigne sur France Culture
Présentation des six Mooc:

LA DIRECTION D’ACTEURS

Dans la mise en scène, la direction d’acteurs est l’un des premiers aspects auxquels vous êtes confronté. 
Ce cours, porté par Valérie Dréville et écrit par Sophie Proust, interroge et analyse la question de la direction d’acteurs dans le travail de mise en scène. 
Il y est question des différentes méthodes qui permettent de guider les acteurs vers la création de votre spectacle.

SESSION DU 23 OCTOBRE AU 24 DÉCEMBRE 2018

L’ESPACE SCÉNIQUE

Qu’importe l’espace, le théâtre peut avoir lieu. 
Aujourd’hui, de nombreux spectacles nous font redécouvrir le rapport scène/salle et réorientent le regard du spectateur. Alors au fond, qu’est-ce qu’un théâtre ? 
Yves-Noël Genod revient sur l’histoire de la scénographie et présente différentes formes de mises en scène d’après les textes d’Alexandre de Dardel et d’Edgard Darrobers.

SESSION DU 23 OCTOBRE AU 24 DÉCEMBRE 2018

METTRE EN SCÈNE EST UN MÉTIER

La mise en scène existe depuis l’Antiquité, et pourtant, le métier de metteur en scène n’est apparu qu’au tout début du XXe siècle. 
À partir des textes d'Anne Buxerolle et Quentin Rioual, Robin Renucci revient sur l’émergence de ce métier et donne à voir les révolutions qui ont façonné le rôle central du metteur en scène dans la création d’un spectacle.

SESSION DU 23 OCTOBRE AU 24 DÉCEMBRE 2018

LIRE LE THÉÂTRE

Tout le monde croit savoir ce qu'est un texte de théâtre. 
 Pourtant sa définition n'est pas aussi claire que nous pourrions l'imaginer. Avant même de mettre en scène une pièce, il faut savoir en identifier les enjeux et traduire la parole d'un auteur pour l'adapter ou la transformer. 
 Écrit par Pauline Bouchet et Jean-Pierre Ryngaert, et porté par Stanislas Nordey, ce cours retrace les évolutions du texte de théâtre et interroge toutes les lectures possibles. Pendant six semaines, vous révèlera les enjeux de la dramaturgie.

SESSION DU 23 OCTOBRE AU 24 DÉCEMBRE 2018

L’ATELIER DU SPECTATEUR

Du spectateur bruyant et bavard à celui caché dans sa loge en passant par celui qui participe au spectacle, le public a changé au fil des époques. 
Quel regard, quelles attentes ont les spectateurs ? 
Que leur imposer ou pas ? Comment les disposer pour regarder la scène ? Que penser d’un spectacle ? 
Ce Mooc vous fait asseoir parmi les spectateurs et revisiter une sortie au spectacle, depuis l’arrivée au théâtre jusqu’à l’analyse de la création…

SESSION EN JANVIER 2019

CONCEVOIR ET DIRIGER UN PROJET

Un cours plus opérationnel est en cours de production. 
Vous avez suivi l’ensemble de nos Mooc ou vous êtes déjà engagé dans une pratique artistique ? Que faire pour démarrer ? Comment parler d’un projet ou établir un dossier ? Quels sont les organismes d’aide à la création ou les règles juridiques à connaître ? Faut-il créer une association ? Comment diffuser un spectacle ? Quels coûts prévoir ? Il s’agira de mieux connaître les aspects pratiques qui composent la création d’un spectacle vivant…

- Données chiffrées en 2018

4 sessions de formation par an

2 217 inscrits

50 certifiés

des inscrits 15 à 75 ans

17 nationalités représentées

6 stages professionnels réalisés
 16 partenaires culturels

28 interviews de metteurs en scène européens et contemporains
Sylvie Martin-Lahmani

Auteur : Sylvie Martin-Lahmani

Professeure associée à la Sorbonne Nouvelle, Sylvie Martin-Lahmani s’intéresse à toutes les formes scéniques contemporaines. Particulièrement attentive aux formes d’arts dits mineurs (marionnette, cirque, rue), intéressée par les artistes qui ont « le souci du monde », elle est codirectrice de publication de la revue Alternatives théâtrales depuis janvier 2016.

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