Départ

Un changement au sein de l’équipe de direction de notre revue

C’est une décision antérieure à celles prises récemment par la Ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui n’y est donc pas liée et dont les conséquences sont bien moindres : je quitterai à la fin de ce mois de décembre le poste de co-direction de publication d’Alternatives théâtrales.

C’est au printemps 2014 que Bernard Debroux, fondateur de la revue en 1979, m’a proposé, conjointement à Sylvie Martin-Lahmani, de succéder au duo que lui-même formait avec Georges Banu. Cet été-là, avec Laurence Van Goethem, déjà secrétaire de rédaction et qui allait reprendre rapidement la direction de l’association, nous avons alors conçu tous les cinq (Bernard, Georges, Sylvie, Laurence et moi) un nouveau projet éditorial pour la revue et la maison d’édition, projet porté devant le comité de rédaction ainsi que devant l’assemblée générale et le conseil d’administration de l’association. Ce projet, ambitieux, prenait appui sur certains des fondamentaux historiques de notre revue pour la faire évoluer vers un titre bi-media davantage en phase avec les enjeux contemporains des arts de la scène. En 2015, année de transition, c’est à cinq également que nous avons assuré la co-direction de la revue, Bernard et Georges se retirant progressivement. Depuis le 1er janvier 2016, Sylvie, Laurence et moi sommes officiellement aux commandes, changement matérialisé pour le lecteur par le nouveau format (depuis le #128) et par l’ouverture du blog, pour ne citer que le plus visible. Nous tentons tant bien que mal, depuis lors, de financer le projet rédigé et approuvé en 2014…

Le travail durant ces trois ans et demi fut riche et intense. Les tâches multiples et les échanges nombreux. L’animation de notre comité de rédaction, transgénérationnel, binational et paritaire, lieu du foisonnement intellectuel de la revue, où les regards pointus se croisent et s’enrichissent mutuellement, fut probablement l’activité la plus exaltante de cette expérience (pour moi qui en étais l’un des benjamins).

Je l’avais dit à Bernard et à mes nouvelles collègues dès que la proposition me fut faite : je tâcherai de concilier les plannings autant que possible mais mon travail de recherche artistique, mon métier de metteur en scène, garderait la priorité quoi qu’il arrive. Après plus de trois ans de tentative, je dois me rendre à l’évidence : ces deux activités demandent une implication trop grande pour être conciliées sereinement avec si peu de moyens. La co-direction suppose une égalité d’implication et je ne suis pas en mesure de m’engager à part égale avec mes deux collègues sans renoncer à mon travail artistique, ce que je ne souhaite pas.

Je reste néanmoins plus convaincu que jamais de la nécessité de l’outil Alternatives théâtrales, convaincu que, face à la crise de la presse et au détricotage de la culture conçue comme service public, des espaces d’analyse et de légitimation de la création contemporaine doivent exister, des espaces où la connaissance et la transmission de l’histoire sont valorisées et où les grands enjeux du présents sont identifiés et disséqués. Des espaces où la pleine mesure des gestes artistiques puissants d’aujourd’hui est prise. Où leur nécessité et leur force sont démontrées avec exigence et les artistes qui les portent défendus avec conviction. Alternatives théâtrales est de ces espaces-là, si rares, et il est important qu’il le demeure.

Je resterai donc, et avec grand plaisir, membre du comité de rédaction d’Alternatives théâtrales. Il m’arrivera peut-être aussi de continuer à coordonner l’un ou l’autre numéro à l’occasion. À commencer par le #134, co-coordonné avec Laurence Van Goethem, à paraître en mars prochain et dont le titre résonne avec l’actualité de ces temps incertains, « Institutions / Insurrections ».

Mes remerciements chaleureux vont d’abord aujourd’hui à chaque membre du comité de rédaction, chaque autrice et chaque auteur ainsi qu’à Aline Baudet, la graphiste de la revue, pour la confiance accordée durant ces années et pour la qualité de nos échanges. Merci aussi à Geneviève François et aux membres du Conseil d’administration pour leur soutien précieux. Merci amical enfin à Laurence et Sylvie pour leur engagement sans faille au service d’Alternatives. Bonne route à elles deux !

Il y a dix ans j’entrais au comité de rédaction suite à la publication des Voyages dans ma cuisine de Jean-Marie Piemme. En cette fin d’année, je quitte la co-direction après avoir oeuvré au travail d’édition de ses Accents toniques. Une boucle est bouclée.

L’engagement que j’aime commence là où je suis,
 par moi en train de faire, dans mes façons. Comment pourrais-je m’engager pour une autre humanité, si je néglige de m’engager là où je suis, dans ce que je fais, dans la façon de faire ce que je fais et dans le rapport que j’entretiens
 aux autres pour le faire ?

Jean-Marie Piemme, in « Accents toniques »

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Sunday – Pierre Droulers, un homme qui danse

À propos du livre « Sunday. Pierre Droulers, Chorégraphie », récemment paru.

J’ai tendu des cordes de clocher à clocher;

des guirlandes de fenêtre à fenêtre;

des chaînes d’or d’étoile à étoile,

et je danse.

Arthur Rimbaud, Illuminations

Voici un livre poème, un livre-danse, un livre-art, un livre-vie ;
qui raconte l’histoire d’un homme et l’Histoire d’une époque vécue les yeux grands ouverts,
construit et mis en scène comme un spectacle, une chorégraphie, une performance, un travail de peintre ;
où tout ce qui est écrit (textes) et présenté (images), l’est  au plus près du réel, sans travestissement,
puisé dans un amoncellement de traces, récits, photographies, carnets,
exposés sur 24 tables un jour de 2017 dans les espaces de La Raffinerie à Bruxelles. Continuer la lecture « Sunday – Pierre Droulers, un homme qui danse »

Et le corps, alors ?

À propos des « Particules Élémentaires », de Michel Houellebecq, par Julien Gosselin, récemment repris au Théâtre National (Bruxelles).

En 2014, Les Particules élémentaires, adaptation de Houellebecq, révélaient Julien Gosselin, alors âgé de 27 ans, au festival d’Avignon dont il était le benjamin. Continuer la lecture « Et le corps, alors ? »

Un second souffle plein d’espoir 

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle dans le cadre du #133 : entretien avec Serge Kakudji réalisé par Laurence Van Goethem 

LVG : Que revêtent selon toi ces termes de « diversité culturelle » devenus usage courant au sein des institutions culturelles et comment définirais-tu ton travail de création artistique envisagé à l’aune de la « diversité culturelle » ?

SK : C’est mon cheval de bataille. Je souhaite amener l’émotion à l’endroit de universel. En ce moment, je reprends la tournée du Stabat Mater de Vivaldi ; j’ai voulu que cette œuvre soit réarrangée pour violoncelle et accordéon. Pour moi, l’accordéon est un instrument populaire, que tout le monde connaît. J’aime ces genres hybrides. La diversité commence là : un opéra avec un accordéon ! Je travaille pour que le public ressente une bulle d’émotion. Je le dis avec humilité. J’essaie d’être le plus vrai possible. Tout cela demande beaucoup de technique, ce n’est pas simple. Continuer la lecture « Un second souffle plein d’espoir « 

La musique et l’espace

Le fantasme des origines
– la Trilogie des éléments d’Enrico Bagnoli et Marianne Pousseur et le théâtre Olimpico –

La vie produit parfois du sens, un sens imprévu, étonnant parce que non programmé, conséquence du hasard heureux qui vient exalter une pensée, un acte, un spectacle. Cette conviction ancienne s’est imposée de nouveau à moi dans toute sa pertinence grâce à la rencontre inattendue, d’une justesse poétique absolue, entre le Teatro Olimpico de Vicenza et la Trilogie des éléments signée par Enrico Bagnoli – Phèdre, Ismène, Agamemnon – et en ayant Marianne Pousseur comme inouïe protagoniste. Continuer la lecture « La musique et l’espace »