Devoir d’Histoire

À l’occasion de la reprise du spectacle « Ceux qui restent » de David Lescot, nous publions en accès libre un extrait du texte signé par Sylvie Martin-Lahmani à l’occasion de la création du spectacle (2015).

Antoine Mathieu et Marie Desgranges dans "Ceux qui restent", mise en scène David Lescot. Photo Vincent Pontet.
Antoine Mathieu et Marie Desgranges dans "Ceux qui restent", mise en scène David Lescot. Photo Vincent Pontet.

Aujourd’hui en France, il reste seulement une dizaine de personnes qui ont survécu au Ghetto de Varsovie, dont on connaît mal ou peu l’histoire individuelle. À l’approche de la commémoration du soixante-dixième anniversaire du soulèvement du Ghetto, Paul Felenbok et Vlodka Blit-robertson ont consenti à témoigner. Ils étaient de jeunes enfants à cette époque-là mais leur mémoire reste imprégnée de la tragédie.

Après avoir recueilli la parole de ces rescapés miraculés, David Lescot en a fait un spectacle – le mot étonne mais le metteur en scène l’assume –, important, bouleversant, pour l’Histoire et pour le théâtre.

Né en 1936 et fils d’artisan (son père était joaillier), Paul Felenbok égrène calmement ses souvenirs de gosse au cœur du ghetto de Varsovie : son frère plus âgé, la place de la culture à la maison (lecture et musique), son père socialiste admirateur de Spinoza et son oncle qui était alors dirigeant du Bund¹…, les rafles en continu et les déplacements permanents dans des caches souterraines, les chevaux tués dans la cour et la fuite interminable par les égouts de la ville. Vlodka était sa cousine germaine. À peine plus âgée que Paul quand les persécutions antijuives ont commencé en 1939, elle a vécu comme lui cette période de terreur. Officiellement déclaré par les Allemands «Zone d’épidémie» en mai 1940, le quartier juif de Varsovie est devenu un ghetto en novembre 40, cerné d’un mur d’enceinte où cohabitaient 400 000 personnes en 1942. Famine et maladies, humiliations, violences et exécutions sommaires furent le lot quotidien des familles entassées ici. Vlodka, comme son cousin, se souvient avec une grande acuité des détails de l’Histoire collective aussi bien que des événements internes à leur famille : l’érection du mur du ghetto, la séparation de sa sœur jumelle et le départ de son père pour Londres… sa mère qui réparait des casques allemands en pensant à ces jeunes soldats tués.

(…)

La suite de ce texte, publié initialement dans le n°126-127 d’Alternatives théâtrales (2015), est disponible en accès libre sur notre sitecouv AT126
Ceux qui restent
conception et mise en scène David Lescot
paroles Paul Felenbok et Wlodka Blit-Robertson recueillies par David Lescot
avec Marie Desgranges, Antoine Mathieu
Théâtre Déjazet, Paris
18 > 28 octobre // 07 novembre > 09 décembre
Sylvie Martin-Lahmani

Auteur : Sylvie Martin-Lahmani

Professeure associée à la Sorbonne Nouvelle, Sylvie Martin-Lahmani s’intéresse à toutes les formes scéniques contemporaines. Particulièrement attentive aux formes d’arts dits mineurs (marionnette, cirque, rue), intéressée par les artistes qui ont « le souci du monde », elle est codirectrice de publication de la revue Alternatives théâtrales depuis janvier 2016.

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