Journal d’une génération (2)

Du 17 au 25 mars prochain, Stéphane Arcas (plasticien, auteur et metteur en scène) reprend son spectacle « Bleu Bleu » au Théâtre Varia (Bruxelles) et le déclinera bientôt sous forme d’exposition au Printemps de Septembre (Toulouse).
Journal de création, 20 ans après le début de l’écriture du texte. Épisode 2/4.

Mars 2016. Ce matin je suis connecté sur Facebook et au milieu de mon fil d’actualité, je vois deux yeux bleus qui me glacent le sang. Deux yeux saillants bleus, très bleus qui surgissent du passé. J’ai, l’espace d’une seconde, du mal à y croire mais, si, ce sont bel et bien eux.

Et c’est pour le coup encore une histoire de générations.

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Trois notes sur Tchekhov

« Accents toniques » est un recueil de notes, la plupart inédites, rédigées depuis 1973 par Jean-Marie Piemme. Extrait 9 : notes non datées autour de Tchekhov (plusieurs périodes).

LA MOUETTE N’EST PAS UNE PIÈCE DE L’AMOUR CONTRARIÉ, comme on l’avance parfois un peu simplement. Ce n’est pas une tragédie de la passion amoureuse. Treplev ne se suicide pas parce qu’il a perdu Nina et celle-ci ne trouve pas le bonheur avec Trigorine. Ces échecs les marquent au fer rouge, mais le moteur de leurs actes est à chercher dans la nécessité où la vie les place d’avoir à franchir la distance qui sépare l’illusion de la réalité. Continuer la lecture « Trois notes sur Tchekhov »

Journal d’une génération

Du 17 au 25 mars prochain, Stéphane Arcas (plasticien, auteur et metteur en scène) reprend son spectacle « Bleu Bleu » au Théâtre Varia (Bruxelles) et le déclinera bientôt sous forme d’exposition au Printemps de Septembre (Toulouse).
Journal (rétrospectif) de création, 20 ans après le début de l’écriture du texte. Episode 1/4 : Génération(s).

Grosso modo : à Toulouse en 1992 trois artistes décident de vendre de la drogue pour financer leur production artistique et de faire de ce commerce de stupéfiants une œuvre en soi.

Bleu Bleu est une histoire de générations.

Mais pas d’une génération. C’est pas si simple.

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Cachalot viral

En mai 2015, à l’occasion des vingt-cinq ans de la compagnie, Transquinquennal lançait un grand plébiscite théâtral : les spectateurs du Théâtre de Liège étaient invités à choisir parmi sept textes lequel serait mis en scène par le collectif en novembre 2015. C’est « Moby Dick (en répétition) » d’Orson Welles (d’après Herman Melville) qui s’est imposé par les suffrages. Journal de création, épisode 4/4 : notes de travail, par Marie Szersnovicz, scénographe du spectacle.

16 novembre.

Résultat du vote d’ « À vous de choisir » : Moby Dick a gagné.

Je n’ai pas voté pour cette pièce. Je n’ai jamais lu le livre d’Herman Melville. A priori je ne suis pas très « romans d’aventure du 19e siècle ». Mais j’aime beaucoup Orson Welles, ses plans hypergraphiques, son noir et blanc parfait, son rapport à la fiction. Et j’aime les défis.

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Le texte ne doit pas trop ressentir.

« Accents toniques » est un recueil de notes, la plupart inédites, rédigées depuis 1973 par Jean-Marie Piemme. Extrait 8 : note non datée (fin des années 1990).

– LE TEXTE NE DOIT PAS TROP RESSENTIR. Il doit dire. Il est en cela proche parent du comédien. Le comédien en effet ne doit pas trop ressentir, il doit dire. Trop émotionné par ce qu’il joue, il ne nous communique plus l’émotion, il nous constitue seulement en voyeur de son hypersensibilité. Rien ne passe de lui à nous sinon son désir de faire apprécier le formidable investissement du personnage auquel il se livre. Je sue, je pleure, je suffoque, regardez dans quels états je me mets, semble-t-il dire, c’est la preuve que je suis un bon acteur, non ? Là où il devrait remplir sa fonction de passeur entre la pièce et le spectateur, là où il avait le devoir d’organiser un dire qui suscite intelligence et sensibilité dans le public, il s’interpose indûment, provoquant l’attention sur le narcissisme de son jeu.
 
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« Je ne suis pas sûr de vouloir encore être ironique. »

En mai 2015, à l’occasion des vingt-cinq ans de la compagnie, Transquinquennal lançait un grand plébiscite théâtral : les spectateurs du Théâtre de Liège étaient invités à choisir parmi sept textes lequel serait mis en scène par le collectif en novembre 2015. C’est « Moby Dick (en répétition) » d’Orson Welles (d’après Herman Melville) qui s’est imposé par les suffrages. Journal de création, épisode 3/4 : notes de travail, par Stéphane Olivier.

Lundi 4 janvier 2016. Théâtre de Liège. Salle de la Grande Main. Moby Dick, répétitions. Noël est passé, et avec l’an neuf nous entamons les deux dernières semaines de travail avant les représentations. La baleine est dans le ventre du théâtre, comme Jonas. Samuel French Inc. nous interdit de changer le titre, nous aurions préféré « Moby Dick »; la fiction de répétition, que Welles a écrite pour introduire sa tentative de théâtraliser le roman de Melville, s’épuise rapidement et à l’usage, nous semble datée. La transposition du roman de Melville est magistrale, la traduction de Daniel joue toute seule ; mais… Nous ne voulons pas jouer à la répétition, même si ce que nous ferons sera nommé comme tel.

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La petite maison sans grâce entraîne l’adhésion des spectateurs.

« Accents toniques » est un recueil de notes, la plupart inédites, rédigées depuis 1973 par Jean-Marie Piemme. Extrait 7 : note à propos du spectacle « J’habitais une petite maison sans grâce, j’aimais le boudin », d’après son recueil autobiographique « Spoutnik » (Éd. Aden, 2008), adapté par Virginie Thirion et Philippe Jeusette, actuellement au Théâtre Varia.

Lorsque Philippe Jeusette m’a proposé de jouer des moments de Spoutnik, un texte autobiographique, j’ai dit oui immédiatement, c’est un acteur puissant qui sait allier force et finesse, violence et fantaisie, et trouver le contact avec le spectateur. Continuer la lecture « La petite maison sans grâce entraîne l’adhésion des spectateurs. »

Avant la première

« Accents toniques » est un recueil de notes, la plupart inédites, rédigées depuis 1973 par Jean-Marie Piemme. Extrait 6 : note d’octobre 1998 (première publication dans le numéro 58-59 d’Alternatives théâtrales).

– AVANT LA PREMIÈRE. Je suis assis. La salle est dans la pénombre, le plateau est faiblement allumé. Je ne sais pourquoi, je me souviens tout à coup qu’un jour, après avoir regardé un match de foot, je m’étais demandé si les joueurs – comme souvent les acteurs de théâtre – pissent avant d’entrer en jeu. C’était une question assez triviale, j’en conviens. Mais pourquoi faudrait-il se l’interdire dès l’instant où le théâtre, le sport, mettent en branle des corps humains ? Et cette interrogation n’était pas sitôt venue qu’elle fit remonter de ma mémoire un souvenir, celui d’une émission de radio que j’avais entendue il y a longtemps, où Mary Marquet, une grande actrice, celle-là, un de ces monstres sacrés à l’ancienne, déclarait avec un aplomb inimaginable (je cite approximativement): « on n’est pas vraiment actrice si on n’a jamais pissé dans l’évier de sa loge ». Ha ! J’imagine d’ici la scène ! La grande Marquet un pied sur une chaise, l’autre sur le lavabo, relevant la robe d’Hermione, et s’efforçant de pisser trois ultimes gouttes pendant que le régisseur de plateau frappe à la porte de la loge en disant : « madame Marquet en scène dans une minute ! »

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Nos choix

En mai 2015, à l’occasion des vingt-cinq ans de la compagnie, Transquinquennal lançait un grand plébiscite théâtral : les spectateurs du Théâtre de Liège étaient invités à choisir parmi sept textes lequel serait mis en scène par le collectif en novembre 2015. C’est « Moby Dick (en répétition) » d’Orson Welles (d’après Herman Melville) qui s’est imposé par les suffrages. Journal de création, épisode 2/4 : le processus de sélection du texte, par Miguel Decleire.

Au départ du projet, il y a cette envie de marquer un anniversaire sans faire de commémoration. Marquer le temps, mais autrement qu’en se tournant vers le passé (ce que je fais pourtant maintenant, en remontant dans mes notes à l’occasion de ce billet…) : en saisissant l’occasion d’en faire le cadre d’un nouveau projet. Et pour ne pas nous mettre en position de recevoir le cadeau (ce qui est un peu indélicat quand on décide de rendre son anniversaire public), c’est nous qui allons le faire : ce sera le choix que nous offrons, pour l’occasion, au public.

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« À vous de choisir… »

En mai 2015, à l’occasion des vingt-cinq ans de la compagnie, Transquinquennal lançait un grand plébiscite théâtral : les spectateurs du Théâtre de Liège étaient invités à choisir parmi sept textes lequel serait mis en scène par le collectif en novembre 2015. Devant Michèle Fabien (« Amphitryon »), Konstantin Kostienko (« Diagnostic : Happy Birthday »), Rafael Spregelburd (« La Modestie »), Mac Wellman (« Sept Pipes »), Thorton Wilder (« Notre Petite Ville ») et Stefan Zweig (« Volpone »), c’est le « Moby Dick (en répétition) » d’Orson Welles (d’après Herman Melville) qui s’est imposé par les suffrages. Journal de création, épisode 1/4 : la pré-production, par Bernard Breuse.

25 janvier 2016

Pour être vraiment pertinent, le journal d’une création devrait se dérouler en temps réel, et rendre compte de l’histoire d’un spectacle au moment où il se construit. En tout cas, de mon point de vue, c’est nettement plus passionnant, puisqu’on ne sait encore rien du résultat, on ne sait rien à ce moment-là, du résultat. Connaître la fin de l’histoire change la manière dont on la raconte, dont on l’entend. Ainsi, à peu près tout le monde sait que le capitaine Achab meurt emporté par le cachalot blanc, et cela change le point de vue qu’on a sur eux et sur la manière dont ils se comportent.
Les six représentations de « Moby Dick en répétition » d’Orson Welles ont donc été jouées au Théâtre de Liège du 17 au 23 janvier 2016 et j’avoue, je n’ai tenu aucun journal pendant les répétitions. Et je me rends compte que mes notes sont très parcellaires. En fait, tout a déjà disparu, et il ne me reste plus que des souvenirs pour documenter la chose. Mais peut-on s’y fier ?

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