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Deux des spectacles abordés dans notre n°131 « Écrire, comment ? » seront très prochainement à l’affiche à Paris. Extraits.

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À propos de La Chose commune, entretien avec David Lescot, réalisé par Sylvie Martin-Lahmani 

S. M.-L. : La Commune est une période de l’Histoire, plus connue symboliquement que de manière factuelle. Pourquoi s’en être emparé aujourd’hui ?
D. L. : Emmanuel (Bex) et moi avions envie de travailler ensemble depuis longtemps et le choix de la Commune s’est rapidement imposé. Comme tu le dis, c’est une période de l’Histoire faussement connue et pourtant passionnante, hautement symbolique ! La Commune, c’est un extraordinaire événement révolutionnaire qui fait écho aux combats et à la situation politique et sociale contemporaine, mais c’est aussi une grande improvisation sociale et politique… Pour tenter de retrouver quelque chose de la folle énergie de cet événement, de la force de ce rassemblement hétéroclite, il nous a semblé que le mélange des genres sur scène serait idéal : mélange de théâtre et de musique, équipe d’interprètes et de musiciens aux talents multiples…

S. M. –L. : Quelle forme avez-vous choisi ?
D. L. : A dire vrai, c’est la première chose à laquelle j’ai songé. Je ne souhaitais pas aller du côté de l’illusion théâtrale, de la fiction, de la forme dramatique. J’ai rapidement proposé à Emmanuel la forme très frontale du concert. Le spectacle est composé d’une succession de morceaux comme dans une Revue ou un concert justement, mais un concert un peu inclassable : un concert historique ou un concept-album live.

S. M.-L. : Comment cette Chose Commune s’est-elle écrite ? A partir de documents d’archives ? En mots et en musique simultanément ?
D. L. : J’ai bien sûr commencé par me documenter et m’entourer des conseils précieux de l’historien Quentin Deluermoz, un spécialiste des mouvements sociaux au XIXeme siècle. On a fait le choix de couvrir la période complète de La Commune. L’ordre chronologique des choses nous permet de raconter (ou de traverser) la totalité d’un événement passionnant du début à la fin : la manière dont commence, presque par hasard, cette Révolution involontaire est assez incroyable ; la fin tragique, terrible et sanglante de la Commune est d’une violence inouïe ! Il nous importait donc d’en faire le récit dans son entièreté sans pour autant basculer dans une tentative de reconstitution historique. Une fois ces recherches historiques effectuées, nous avons tout composé à quatre mains avec Emmanuel Bex. (…)

La Chose commune du 19 au 29 avril au Théâtre de la Ville (Paris).

 

Un cirque qui parle de soi – à propos de GRANDE—, de Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel, par Julie Bordenave

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Révélés en 2012 avec De nos jours au sein du collectif Ivan Mosjoukine, Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel poursuivent leurs explorations avec GRANDE— : un condensé haletant de dix ans de recherche autour du cirque et de la parole, assaisonné d’un goût pour le spectacle à compléter.

Ils sont nombreux, ces jeunes trentenaires qui portent un méta discours sur l’art dramatique. Antoine Defoort et ses comparses, au sein de l’Amicale de Production, ont à cœur de détricoter les codes du théâtre et de jouer avec leurs représentations. Dans le cirque, s’affirme depuis plusieurs années un courant minimaliste, réduisant l’acte circassien à sa plus simple expression : Sébastien Wodjan enchaîne les performances pour perdre près de 2 kilos de sueur en un spectacle ; Alexander Vanthournout pose une création sous contraintes qui questionne les fondamentaux de l’acrobatie… Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel, cérébraux et joueurs, croisent le fer entre pratiques circassienne et théâtrale.

Formation symétrique pour les deux : la première, issue du Conservatoire supérieure d’art dramatique de Paris, passée par le cinéma et le théâtre (on l’a vue notamment sur les planches de Jacques Rebotier ou Jean-Michel Rabeux, et au cinéma chez Christophe Honoré, Philippe Garel ou encore Antonin Peretjatko aux côtés de Vincent Macaigne), s’initie aux arts du cirque en 2005. Le deuxième a démarré par le cirque, à Rosny-sous-Bois puis au Centre National des Arts du Cirque (CNAC) de Châlons-en-Champagne, puis joue sous la direction de Christophe Huysman ou Mathurin Bolze après un passage par le Conservatoire de Paris. Dès leur rencontre en 2005 au CNAC, ils montent un laboratoire sur la prise de parole au cirque, un écueil sur lequel se sont échoués nombre de propositions, en tentant de théâtraliser artificiellement des actes qui regimbent naturellement à parler d’autre chose que d’eux-mêmes.

Ecriture fragmentée
En 2012, le collectif Ivan Mosjoukine posait une petite déflagration avec De nos Jours [notes on the circus]. Aux côtés de Maroussia Diaz Verbèke et Erwan Ha Kyoon Larcher, Vimala et Tsirihaka s’y attelaient de front à relire l’histoire du cirque, jouer avec ses fondamentaux et détourner ses interdits. Suivant le déroulé de notes dûment chiffrées sur la feuille de salle, les saynètes s’y égrainaient, jouant sur une écriture sérielle et ludique. Une manière de rafraîchir le cirque, tout en se fiant à la joyeuse incohérence dramaturgique qui émerge naturellement de son essence : une succession de propositions hétéroclites, où la peur côtoie le rire, dans une mise en jeu de pulsions archaïques, insolites ou dérisoires. « Nous avions listé plusieurs principes d’écriture : une même scène pouvait être rejouée sous plusieurs angles différents, ou revenir à l’identique tout en progressant ; d’autres étaient annonciatrices, et ne prenaient sens qu’à la fin… C’est le choc entre ces fragments qui les faisait parler. Si le spectateur lisait la feuille de salle, ces fragments se reliaient ; sinon, c’était des actes isolés absurdes », commente Vimala Pons.
(…)

GRANDE— est programmé du 18 avril au 6 mai au Monfort (Paris)
Ces deux textes figurent en intégralité dans le #131 d'Alternatives théâtrales, Écrire, comment ? (mars 2017).

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