Héritière de l’histoire coloniale et de l’histoire ouvrière – Entretien avec Eva Doumbia

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie du #133 à l’automne prochain) : entretien avec Eva Doumbia, metteuse en scène afropéenne.

Comment définiriez-vous votre travail de création artistique, envisagé à l’aune de la « diversité culturelle » ? Et que revêt selon vous ce terme devenu d’usage courant au sein des institutions culturelles ? 

C’est un terme qui me semble hypocrite, car, normalement, la « diversité », c’est le rassemblement ce qui est divers. Mais, aujourd’hui, on appelle « diversité » ceux qui ne sont pas issus du groupe dominant d’origine européenne  et « blancs», si tant est que le « blanc » cela existe. Mais, « diversité », c’est un terme que moi-même je peux utiliser, selon les contextes, parce que cela va plus vite et aussi parce que le terme « racisé » qu’on emploie dans le collectif « décoloniser les arts » dont je fais partie est souvent mal compris. Je pense que si je devais me définir, je dirais plutôt « issue de l’immigration coloniale ». Moi, je suis héritière de l’histoire coloniale et de l’histoire ouvrière.  Continuer la lecture « Héritière de l’histoire coloniale et de l’histoire ouvrière – Entretien avec Eva Doumbia »

L’éclaireur élégant

Hommage à Jo Dekmine

J’ai longtemps pratiqué le métier de programmateur artistique que Jo Dekmine portait à son degré d’excellence.

Lorsque je devais définir cette occupation en répondant à des gens qui me demandaient, sans rire, « vous faites ça à temps plein ? », j’aimais dire qu’il s’agissait d’une passation de passion, une expression que Jo ne reniait pas.

Durant sa longue vie de programmateur, il a eu l’art de proposer des spectacles qui conjuguent l’originalité d’une démarche artistique et la résonance avec cette étrange époque qui est la nôtre où la création peut à la fois bousculer et émouvoir. Continuer la lecture « L’éclaireur élégant »

Babetida Sadjo dans « Les murs murmurent » : Masculin/féminin, père/fille, théâtre/cinéma

 Dialogue avec Christian Jade

Babetida Sadjo, née en Guinée Bissau, passée par le Vietnam, a atterri en Belgique… au Conservatoire de Bruxelles, il y a dix-sept ans. Depuis lors elle s’est fait remarquer au théâtre et au cinéma. Nominée dès 2009 « jeune espoir » par les Prix de la Critique pour sa prestation dans Le masque du dragon de Philippe Blasband, elle inspire à Pietro Pizzuti un très beau spectacle sur l’excision en Afrique (L’Initiatrice), lauréat du meilleur texte (2012). En France, elle a joué cette saison aux côtés de Romane Bohringer et Hippolyte Girardot dans Terre noire de Stefano Massini, mise en scène d’Irina Brook, passée par le Théâtre de Namur (janvier 2017). Continuer la lecture « Babetida Sadjo dans « Les murs murmurent » : Masculin/féminin, père/fille, théâtre/cinéma »

Nos anciens numéros à prix (très) réduits

1ère foire du livre d’occasion des arts de la scène, le samedi 16 septembre de 12h à 17h à La Bellone (Bruxelles)

 

Dans le cadre de la brocante de la rue de Flandre,
le Centre SIBMAS de la Fédération Wallonie-Bruxelles invite tous les passionnés de théâtre, de danse, de marionnettes,… à venir chiner dans la cour de la Bellone.

Vous y trouverez livres, revues, vidéos : livres rares
ou de poche provenant des fonds de la Bibliothèque
du Centre d’études théâtrales,
de Contredanse,
des Archives du musée de la littérature,
de la Bellone,
du Musée des arts de la marionnette ,…

Alternatives théâtrales sera présent et les anciens numéros de notre catalogue seront disponibles à prix réduits.

Entrée libre
La Bellone – 46 rue de Flandre – 1000 Bruxelles

« Les temporalités ne sont pas figées » (entretien avec Serge Rangoni)

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie du #133 à l’automne prochain) : entretien avec Serge Rangoni, directeur du Théâtre de Liège.

A. T. : Existe-t-il un problème spécifique d’accès des artistes issus de l’immigration aux scènes européennes ?

S. R. : Oui, il existe un problème spécifique lié en grande partie à la formation. S’il y a énormément d’étudiants français dans nos écoles artistiques, c’est parce que l’enseignement secondaire est plus faible que celui dispensé en France. À ce niveau d’enseignement plus faible en Belgique il faut ajouter que, bien souvent, les personnes issues de l’immigration viennent d’école de niveau moins bon et ont donc de grandes difficultés à entrer dans les écoles artistiques. C’est donc avant tout une question de niveau social et culturel. Continuer la lecture « « Les temporalités ne sont pas figées » (entretien avec Serge Rangoni) »

« Entre art contestataire et art sclérosé, le théâtre est multiple » (Jean Bellorini)

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie du #133 à l’automne prochain) : le témoignage de Jean Bellorini, directeur du Théâtre Gérard Philippe (Centre Dramatique National de Saint-Denis).

(…)

La Troupe éphémère, qui est composée de jeunes amateurs de 15 à 20 ans vivant à Saint-Denis et issus de cultures et origines diverses, propose la traversée d’une œuvre littéraire, poétique ou théâtrale, et la conception d’un spectacle de théâtre, dans la grande salle du TGP. C’est un temps fort de la programmation du théâtre, car son processus de fabrication, sa qualité et sa proximité avec le territoire en facilitent grandement l’appropriation. Continuer la lecture « « Entre art contestataire et art sclérosé, le théâtre est multiple » (Jean Bellorini) »

« Des espaces partagés » (entretien avec Jan Goossens )

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie du #133 à l’automne prochain) : entretien avec Jan Goossens, directeur artistique du Festival de Marseille (après l’avoir été de 2001 à 2016 au KVS – Théâtre Royal Flamand de Bruxelles).

Christian Jade : Existe-t-il, selon vous, un problème spécifique d’accès des artistes issus de l’immigration aux scènes européennes ?

Jan Goossens : Oui. L’offre culturelle officielle dans nos grandes villes ne reflète pas la réalité métissée de ces territoires. Toutes sortes de prétextes sont bons pour éviter de parler du problème et de trouver des solutions : les acteurs de la diversité n’auraient pas la formation, donc pas la qualité qu’il faut ; il y aurait un obstacle linguistique ; il y aurait des divergences esthétiques qui rendent impossible des collaborations artistiques, etc. En même temps, on ne peut pas attendre du monde culturel de résoudre à lui tout seul un problème qui se pose aussi dans le monde de l’enseignement, ou des médias. Notre société est divisée et fragmentée, et malheureusement il n’y a pas d’exception culturelle. Continuer la lecture « « Des espaces partagés » (entretien avec Jan Goossens ) »

Marcel Bozonnet – prix du meilleur acteur européen

À l’occasion du prix international remis récemment à Marcel Bozonnet, Georges Banu retrace ici le parcours de l’acteur.

Macédoine, le 2 juillet 2017

Un prix comme celui-ci accordé à un acteur d’exception ne peut saluer seulement sa présence dans le théâtre mais également ce qu’il a fait pour le théâtre, au-delà de ses apparitions sur la scène. C’est le cas de Marcel Bozonnet qui a été élu parce que acteur et plus qu’acteur : il incarne pour la scène française et européenne une attitude responsable à l’égard de cet art fugitif où l’instant est essentiel, où le présent fait loi.  Continuer la lecture « Marcel Bozonnet – prix du meilleur acteur européen »

La culture, miroir de notre société multiple ?

Quatrième rencontre annuelle culture et RTBF ce vendredi 8 septembre

Invités dans l’atelier intitulé « Mixité culturelle: diversité – créativité – qualité » animé par Safia Kessas et Marco Martiniello, dans le Panel « Les perspectives pour demain », Laurence Van Goethem (pour Alternatives théâtrales), Gerty Dambury (poétesse, dramaturge et metteuse en scène) et Dirk Deblieck (Maison des cultures de Molenbeek) tenteront de dégager des principes généraux pour une charte de la diversité culturelle. Continuer la lecture « La culture, miroir de notre société multiple ? »