« Les uns » derrière « Les autres »

Dans le cadre de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie du #133 à l’automne prochain), un photo-montage de Sophie Sénécaut, actrice.

Les Uns ont été élevés depuis leur naissance dans la croyance, qui fait partie intégrante d’eux puisqu’elle découle de leur position dominante, que rien d’humain ne leur est étranger et ne doit leur être étranger. Ils ont la conviction fortement ancrée qu’ils incarnent toute la condition humaine ; plus, qu’ils sont les seuls à pouvoir l’incarner. Et plus encore, qu’ils peuvent le faire seuls –

Tiré de Christine Delphy, Classer, dominer – qui sont les « autres », La Fabrique éditions, 2008. Continuer la lecture « « Les uns » derrière « Les autres » »

«Prendre la parole, c’est prendre sa place dans la société» (entretien avec Sylvain Bélanger)

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie du #133 à l’automne prochain) : entretien avec Sylvain Bélanger, directeur artistique du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, à Montréal.

Philippe Couture : Il semble que le théâtre soit à la traine d’une tendance à la diversification des artistes sensible en particulier dans la danse ou la musique, et à plus forte raison dans l’audiovisuel, depuis des années. Pourquoi une telle résistance ou réticence ? 

Sylvain Bélanger : Cette question est intéressante et embarrassante pour qui veut démocratiser le théâtre. Il peine historiquement à le faire, quand on est bien honnête, malgré tout ce qu’on dit et met de l’avant (souvent dans les discours)… Est-ce parce que le théâtre occidental a des racines plus élitistes ? Que c’est un art moins populaire ? Et de ce fait, est-ce que ça le rend plus laborieux et long à faire bouger ? Je crois que oui. Continuer la lecture « «Prendre la parole, c’est prendre sa place dans la société» (entretien avec Sylvain Bélanger) »

«Nous avons l’air d’une bande d’intellectuels occidentaux barricadés dans nos châteaux forts» (entretien avec Matthieu Goeury)

Suite de notre série consacrée aux défis de la diversité culturelle (en préambule à la sortie du #133 à l’automne prochain) : entretien avec Matthieu Goeury, coordinateur artistique et programmateur des arts vivants au Vooruit de Gand.

Laurence Van Goethem : Existe-t-il, selon vous, un problème spécifique d’accès des artistes issus de l’immigration aux scènes européennes ?

Matthieu Goeury : Il existe un problème général dans nos sociétés occidentales d’accès des communautés issues de l’immigration à des postes de représentation. Il n’y a pas, par exemple, d’entraîneur de football noir de peau dans un club majeur en Europe, alors qu’une large partie des joueurs l’est. C’est le même mécanisme qui se reproduit dans les arts de la scène. Un homme blanc aura tendance à choisir un autre homme blanc comme représentant. Tant que nous ne parviendrons pas à diversifier nos conseils d’administration, directions de théâtre, directions d’école, enseignants en arts de la scène, nous ne pourrons pas imaginer un accès aux scènes des artistes issus de l’immigration plus en lien avec la démographie de nos villes ou communautés. Continuer la lecture « «Nous avons l’air d’une bande d’intellectuels occidentaux barricadés dans nos châteaux forts» (entretien avec Matthieu Goeury) »

« Le non-dit d’une hiérarchisation des valeurs » (entretien avec Alain Foix)

Notre série d’entretiens consacrée aux défis de la diversité reprend son rythme hebdomadaire. Rencontre avec Alain Foix, écrivain, dramaturge, directeur artistique, réalisateur et philosophe.

Alternatives théâtrales : Il semble que le théâtre soit à la traine d’une tendance à la diversification des artistes sensible en particulier dans la danse ou la musique, et à plus forte raison dans l’audiovisuel, depuis des années. Pourquoi une telle résistance ou réticence ?

Alain Foix : La distinction est nécessaire pour faire apparaître la vraie problématique. Le problème du théâtre est à la fois spécifique et à la fois lié à celui des autres arts. Cela est dû à plusieurs facteurs. Si l’on prend la danse par exemple, il faut noter que dans le ballet classique, il n’y a pas moins de difficulté à faire apparaître la différence. L’image de la danse classique française est blanche pour des raisons idéologiques évidentes. La sélection des petits rats de l’opéra pour ne parler que d’eux, se fait autant sur la morphologie que sur la couleur de la peau. Le corps classique n’est pas seulement blanc mais répond à des critères de forme, de poids, de taille très précis. Continuer la lecture « « Le non-dit d’une hiérarchisation des valeurs » (entretien avec Alain Foix) »

« Protéger la liberté artistique » (entretien avec Lorraine Pintal)

Notre série d’entretiens consacrée aux défis de la diversité reprend son rythme hebdomadaire. Rencontre avec Lorraine Pintal, directrice artistique du Théâtre du Nouveau Monde à Montréal (TNM).

Philippe Couture : Il est d’usage aujourd’hui de critiquer les théâtres établis au motif de leur incapacité à intégrer la diversité culturelle de nos sociétés multiculturelles. Existe-t-il, selon vous, un problème spécifique d’accès des artistes issus de l’immigration aux scènes québecoises ? 

Lorraine Pintal : Un des principaux obstacles réside dans le fait que l’accès aux écoles professionnelles de théâtre a été pendant longtemps difficile pour les artistes de la diversité culturelle. Il est récent que ces derniers se retrouvent sur le marché du travail après avoir complété une formation adéquate qui leur ouvre les portes des institutions et compagnies théâtrales. La barrière de la langue constitue également un frein quant à l’intégration des artistes immigrants aux productions professionnelles, du moins en ce qui concerne le Théâtre du Nouveau Monde qui présente exclusivement des productions en français. Continuer la lecture « « Protéger la liberté artistique » (entretien avec Lorraine Pintal) »

Éthique de la sollicitude #2

À propos de « Is there life on mars » d’Héloise Meire et « Est-ce que vous pouvez laisser la porte ouverte en sortant » d’Antoine Lemaire et Sophie Rousseau

De quelle réalité doit-on rendre compte sur scène et comment ?

Deux pièces du Festival d’Avignon « Off » s’emparent d’un sujet délicat – la maladie mentale, respectivement l’autisme et l’Alzheimer – pour explorer les potentialités d’un théâtre du réel à mille lieues d’un réalisme artificiel et trompeur. Continuer la lecture « Éthique de la sollicitude #2 »