Des valses données dans un avion

En juillet 2005, à l’occasion du Festival d’Avignon dont Jan Fabre était l’artiste associé, Alternatives théâtrales publiait dans son numéro 85-86 (épuisé depuis) un entretien avec Krzysztof Warlikowski.

Piotr Gruszczynski : Lors de la première de KROUM, tu as donné une interview au cours de laquelle tu as dit : « Je ne sais pas si avec KROUM, je ne me détourne pas de ces feux sacrés dont je brûlais durant ces cinq, six dernières années.» C’est une phrase très forte. Signifie-t-elle la fin de la révolte dans ton théâtre ?

Krzysztof Warlikowski : Le théâtre appartient aux jeunes metteurs en scène, à ceux qui l’abordent pleins d’impétuosité et dont l’énergie emmagasinée s’exprime dans les premières réalisations. L’homme mûr commence un peu plus à calculer, à aller dans le sens de la réflexion, à mettre de l’ordre dans ses pensées. Continuer la lecture « Des valses données dans un avion »

« Les Français » de Krysztof Warlikowski, une installation proustienne intime et politique 

Retour sur le spectacle présenté actuellement au Théâtre National de Chaillot.

« Proust est immontable¹ » affirmait il y a peu Warlikowski. Nombreux en effet furent les artistes (Visconti d’abord, puis Losey et Pinter, par exemple) qui se passionnèrent pour un projet d’adaptation de la Recherche du temps perdu avant d’y renoncer. Le metteur en scène réalise ici non pas une adaptation de la Recherche du temps perdu mais une installation proustienne. Il insiste sur un point sensible : il s’agit de sa perception de l’œuvre de Marcel Proust, d’où le titre retenu et la langue choisie pour le spectacle. Une expérience personnelle et subjective de lecteur qui rencontre une volonté politique et esthétique audacieuse, se servir d’un texte majeur de la littérature, le circulaire roman du temps dans lequel « Marcel devient écrivain », pour reprendre la formule de Genette, en s’éloignant du thème de l’écriture.

Continuer la lecture « « Les Français » de Krysztof Warlikowski, une installation proustienne intime et politique « 

Voyages théâtraux à l’Est

Lodz, Varsovie, Belgrade, Sarajevo, Bucarest, Prague, Budapest : Georges Banu revient sur ses récents voyages à l’Est.

Le « Mur » ou le « rideau de fer » ne se sont pas effacés suite au vent de l’histoire qui les a emportés en 89 , presqu’en hommage au bicentenaire de la Révolution française qui avait posé les bases de la démocratie européenne. Cette coïncidence symbolique fascine car il est difficile de croire à l’exercice d’un simple hasard : qui a décidé que deux cents ans plus tard, la Prise de la Bastille allait être fêtée par la Chute du communisme ? La question reste ouverte, trouvera-t-elle réponse un jour ? Faible espoir !

Continuer la lecture « Voyages théâtraux à l’Est »

Éthique de la sollicitude

À propos de « Take Care » de Noémie Carcaud au Théâtre de la Vie

Le théâtre de la Vie est le seul théâtre à Bruxelles où l’on ne se sent pas (trop) gênés d’arriver trempés de bruine automnale, de s’asseoir dans les gradins l’imperméable roulé en boule aux pieds, élastiques de vélo fluo aux chevilles et, pourquoi pas, bébé sous le coude, comme, ce soir-là, un couple à côté de moi. Continuer la lecture « Éthique de la sollicitude »

À la confluence de la science, de l’art et du théâtre

Christian Jade s’entretient avec Isabelle Dumont au sujet de ses « Cabinets de curiosités ». 

Le Théâtre La Balsamine a offert récemment (du 13 au 29 octobre) à Isabelle Dumont un espace pour  un « focus curiosus ». Elle a pu y déployer deux « cabinets de curiosités » récents consacrés au règne animal (Animalia) et végétal (Hortus minor). Et un nouveau, dédié aux minéraux (Mineralia). Une aventure commencée, en 2006, au hasard d’une commande du KFDA (Kunstenfestivaldesarts), par un « petit salon baroque ». Et qui s’est poursuivie par une demande du musée de zoologie de l’Université Libre de Bruxelles, puis par la volonté d’Isabelle d’aller jusqu’au bout de sa logique d’exploration de l’univers (outre la diffusion occasionnelle, par un théâtre ou un festival, Isabelle diffuse ses «cabinets» dans des appartements privés, pour publics de 20 à 30 personnes). Continuer la lecture « À la confluence de la science, de l’art et du théâtre »